Comment concilier le boom du commerce en ligne avec les impératifs de réduction des déchets ou de consommation plus durable ? Face aux géants tels Amazon, certains acteurs comme la Camif tentent de proposer un autre mode de consommation, avec des produits locaux et recyclés. Un pari qui commence à porter ses fruits.

Désormais une partie des fibres qui constituent le matelas proviennent de bouteilles plastiques. Ici, dans l'usine Ebac de Niort.
Désormais une partie des fibres qui constituent le matelas proviennent de bouteilles plastiques. Ici, dans l'usine Ebac de Niort. © Radio France / Célia Quilleret

Autrefois bien connue des enseignants, la Camif, enseigne créée à Niort peu après la fin de la deuxième guerre mondiale, vendait ses meubles par correspondance jusqu’à sa liquidation judiciaire en 2008. Lorsqu’il a décidé de la reprendre, son nouveau patron, Emery Jacquillat, déjà à la tête d’une entreprise de vente en ligne de matelas et de sommiers, a tout de suite mis le paquet sur une production locale, durable et sur une certaine conception du "consommer autrement", dans la cour assez désordonnée du commerce en ligne. Pas étonnant donc qu’il ait décidé de boycotter le "Black Friday" pour la première fois en 2017. Et c’est toujours le cas cette année. "Cela nous semblait incohérent de prôner une consommation responsable, et en même temps de nous mettre dans cette seringue du 'Black Friday' où il faut acheter à tout prix sans savoir d’où viennent les produits et comment ils ont été fabriqués", explique-t-il.

Un matelas fabriqué à partir de bouteilles plastiques trouvées sur les plages et ensuite recyclées…

Désormais, ce chef d’entreprise, en colère contre Amazon notamment, veut encourager la production de meubles locaux issus de matières recyclées. Les trois quarts de son chiffre d'affaire sont réalisés avec une centaine de fabricants français.  C’est le cas d’un nouveau matelas dont les fibres sont issues de bouteilles de plastique collectées sur les plages. Il voulait d’ailleurs à ce propos lancer un "Blue Friday" en référence au bleu de l’océan.

Plus de 120.000 matelas sortent chaque année de cette usine Ebac à Niort. Ici, la machine tisse le coutil qui recouvre le matelas.
Plus de 120.000 matelas sortent chaque année de cette usine Ebac à Niort. Ici, la machine tisse le coutil qui recouvre le matelas. © Radio France / Célia Quilleret

Ce matelas est donc produit par l’entreprise de literie Ebac située tout près. Dans cette usine qui fabrique chaque année un peu plus de 100.000 lits, les machines tournent à plein régime car les matelas et les sommiers à lattes se portent très bien depuis le confinement. Lamine Oukrid, l’un des responsables, explique comment ces bouteilles de plastique sont transformées pour devenir des fibres synthétiques très légères. Il faut par exemple soixante-dix bouteilles pour le matelas en question. Il détaille également l’origine de ses plastiques : "des bouteilles ont d’abord été ramassées sur les plages pour avoir cette fibre, et pour concevoir ces fils de polyester, c’est une entreprise espagnole qui collabore avec des pêcheurs de Méditerranée. Lorsqu’ils récupèrent des déchets plastiques en mer, ils les rapportent et l’entreprise les collecte pour les recycler".

... Ou des tables produites avec du sable récupéré dans les fonderies 

Pour le patron de la Camif, voilà un exemple d’économie circulaire vertueuse, même si le plastique n’est pas recyclable à l’infini. "Pour 1 kilo de matelas, vous avez 1 kilo de déchets plastiques en moins dans les océans", se félicite-t-il et "ces fibres se substituent à des composants issus de pétrole, cela réduit donc l’impact carbone de notre production". Cette fois, Emery Jacquillat en est certain, la vente de meubles éco-conçus devient attractive. Son activité est en augmentation de plus de 60% depuis le mois d’avril. L’essai est en train d’être transformé. D’ailleurs il crée également en ce moment une table à base de sable récupéré dans les fonderies. Le plateau aura une apparence de marbre. Cette matière devait être jetée.

Le "e-commerce" cartonne, mais le zéro déchet est encore loin" 

Pour expédier ses produits, cette entreprise de vente en ligne passe ensuite par une plate-forme logistique située à Chauray, une commune voisine. En cette fin novembre, c’est la ruée. Julien Hugaud, le responsable de Stock AZ, est sous pression : "depuis début novembre, on a multiplié notre activité par trois, hier (lundi 23 novembre, NDLR), on a battu notre record de vente depuis l’année dernière", dit-il avec le sourire. Mais il a également le souci de remplacer progressivement le plastique par du carton et du papier kraft. "Aujourd’hui, c’est plus cher, complète-t-il, mais certains clients le demandent et plus ils seront nombreux, plus les prix baisseront" espère-t-il. 

Avec le boom du commerce en ligne, certains fournisseurs cherchent des alternatives au plastique omniprésent pour emballer les paquets. Ici chez Stock AZ, à Chauray.
Avec le boom du commerce en ligne, certains fournisseurs cherchent des alternatives au plastique omniprésent pour emballer les paquets. Ici chez Stock AZ, à Chauray. © Radio France / Célia Quilleret

En attendant, à la Camif, on teste un nouvel emballage réutilisable 100 fois, une pochette que le consommateur sera invité à renvoyer par courrier. Une nouvelle idée pour réduire les déchets. Mais le chemin est encore long pour parvenir à une économie totalement circulaire dans ce secteur, en France notamment, moins de 50% des meubles des particuliers sont recyclés. Par exemple, lorsque certaines étagères bien connues de la grande consommation sont collées ou vissées, elles ne pourront jamais être réutilisées.

Sans attendre le "Black Friday", cette plate-forme de logistique a déjà battu son record de ventes de l'hiver dernier.
Sans attendre le "Black Friday", cette plate-forme de logistique a déjà battu son record de ventes de l'hiver dernier. © Radio France / Célia Quilleret