Les candidats à l'investiture démocrate continuent leur campagne à travers les États-Unis. Ils s'opposent sur plusieurs dossiers dont celui d'une assurance médicale pour tous. À Bethlehem en Pennsylvanie, l'idée d'une couverture santé universelle est lancée. Reportage.

L’accès à la santé, l'un des sujets des primaires démocrates aux Etats-Unis en vue de la présidentielle
L’accès à la santé, l'un des sujets des primaires démocrates aux Etats-Unis en vue de la présidentielle © Getty / Gregory Smith

Après l’Iowa et le New Hampshire, le Nevada est le troisième État à voter pour désigner l'adversaire démocrate de Donald Trump pour la présidentielle de novembre prochain. Parmi les sujets sur lesquels débattent et s'opposent les candidats démocrates, il y a celui de la santé

Les États-Unis sont l'un des rares pays industrialisés à avoir fait le choix des assurances santé privées, sans avoir la moindre régulation des tarifs. 

Le plan de couverture santé lancé par Barack Obama en mars 2010 (Patient Protection And Affordable Care Act), plus connu sous le nom d’Obamacare, est entré en vigueur le 1er janvier 2014. Cette réforme de santé obligeait toutes les personnes payant des impôts sur le revenu aux États-Unis à souscrire une assurance santé remplissant certains critères. Mais l’administration Trump a considérablement modifié Obamacare. 8,5 millions d'Américains seulement sont couverts par Obamacare aujourd'hui.

Les candidats démocrates veulent réformer l'assurance santé

De leur coté, plusieurs candidats démocrates, comme Bernie Sanders et Elisabeth Warren, proposent une couverture santé universelle. Ils en ont fait l'un des leitmotivs de leur campagne. 

Joe Biden et Pete Buttigieg envisagent des mesures moins radicales, tout en proposant tout de même une extension d'Obamacare :  

Bethlehem, ville-test

Au niveau local, Bethlehem, sixième ville de l'État de Pennsylvanie avec ses 75 000 habitants, a lancé le débat d'une couverture santé pour tous. Ancien berceau industriel des États-Unis (Bethlehem abritait le deuxième producteur d’acier du pays, Bethlehem Steel) la ville est devenue le symbole de la transition industrielle. 

Ce conseiller municipal de Bethlehem est à l'initiative d'une résolution en faveur d'une assurance santé universelle
Ce conseiller municipal de Bethlehem est à l'initiative d'une résolution en faveur d'une assurance santé universelle © Radio France / Isabelle raymond

William J. Reynolds, conseiller municipal de Bethlehem, a fait adopter une résolution en faveur d’une assurance santé universelle, pour évoquer le sujet au niveau local. Il ne s'agit que d'un geste symbolique destiné à lancer le débat. "Regardons ce que la ville dépense pour la santé de ses employés municipaux : en 2005, nous avions 670 employés, aujourd’hui nous n'en n'avons plus que 600" explique William J. Reynolds.

Pourtant, ce que nous dépensons pour la santé de nos employés a plus que doublé et a atteint 11,5 millions de dollars.

"Cet argent ne va donc pas à la sécurité, à la rénovation des rues et des quartiers, tout ça parce que les frais de santé de nos employés municipaux augmentent" dénonce ce conseiller municipal.

Louis (93 ans) et Johanna (83 ans) habitent à Bethlehem en Pennsylvanie (USA)
Louis (93 ans) et Johanna (83 ans) habitent à Bethlehem en Pennsylvanie (USA) © Radio France / Isabelle raymond

Les Lombardi, Johanna, 83 ans, et Louis 93 ans, ont droit au plan public pour les seniors Medicare. Ils paient tout de même 500 dollars par mois en plus. Pourtant, ils ne veulent pas passer à un système universel "socialiste". "Nous sommes très contents de notre assurance de santé. Johanna a fait une attaque. Et ça ne nous a pas coûté un centime. Mes médicaments sont pris en charge la plupart du temps par l’assurance. Parfois je dois débourser juste 8 ou 14 dollars. C’est un excellent système" affirme Louis Lombardi. 

Pour rien au monde, je n’entrerais dans un système socialiste, comme en France, en Angleterre. Je voterais contre. Ça n’existe pas 'un pour tous et tous pour un', ça ne fonctionne pas !

Myriam est prof de sociologie à la fac de Bethleem, en Pennsylvanie
Myriam est prof de sociologie à la fac de Bethleem, en Pennsylvanie © Radio France / Isabelle raymond

Myriam enseigne la sociologie à l’université. Elle est très bien assurée via son employeur. Elle se dit "privilégiée" et souhaite que tous les Américains aient une assurance santé universelle. "La plupart de mes analyses médicales sont prises en charge par mon assurance santé. Il y a des franchises. C’est comme ça que fonctionne l’industrie de la santé aux États-Unis. Par exemple, si votre franchise est de 1 000 dollars, vous devez sortir de votre poche 1 000 dollars de traitements puis ensuite les soins sont gratuits. C’est un des mécanismes utilisés par les compagnies d’assurance pour gagner de l’argent", explique l'enseignante.

C’est une mascarade. Le reste du monde occidental a un système de santé universel. Pas nous. Je pense que c’est immoral de faire du profit sur la santé.

Michael Gusmano est professeur de sciences politiques à l’université de santé publique Rutgers du New Jersey. Selon lui, la majorité des Américains pense que le système a besoin de changements majeurs, mais a peur de le voir évoluer. "Aujourd'hui, les Américains ayant une couverture santé craignent qu’un nouveau système leur soit défavorable. Quand vous êtes dans le système, tout va bien, ça coûte de l'argent mais on est bien soigné."

Il considère que les États-Unis se dirigent lentement vers un système plus social où les riches payent pour les plus pauvres, et ceux en bonne santé payent pour les malades.

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