Alors que les plans de relance post-Covid vont être mis en place dans plusieurs pays, l'ONG Oxfam publie un nouveau rapport sur les inégalités de la crise sanitaire. Elle dénonce "une économie au service des 1%" les plus riches et appelle les gouvernements à agir en taxant les grandes entreprises.

32 entreprises, qui comptent parmi les plus grandes multinationales de la planète, devraient enregistrer cette année une hausse spectaculaire de leurs bénéfices
32 entreprises, qui comptent parmi les plus grandes multinationales de la planète, devraient enregistrer cette année une hausse spectaculaire de leurs bénéfices © Getty / OsakaWayne Studios

"Ce n’est certes pas la pandémie qui a créé les injustices économiques, raciales et sexistes, mais elle a eu pour effet de les révéler et de les amplifier". C'est ce que pointe Oxfam dans un nouveau rapport publié ce jeudi. "400 millions de personnes, dont une majorité de femmes, ont perdu leur emploi" explique-t-elle. "D’ici la fin de la pandémie, un demi-milliard de personnes pourraient sombrer dans la pauvreté". Selon l'ONG, ce n'est pas le fruit du hasard : ce serait la faute de quelques grandes entreprises, notamment américaines. Et cela de trois façons.

Les grandes entreprises ont privilégié leurs actionnaires plutôt que leurs travailleurs 

Selon Oxfam, les plus grandes entreprises mondiales ont, les années précédant la crise du coronavirus, fait le choix d’augmenter la part de leurs bénéfices versés aux actionnaires, au lieu de les réinvestir "dans des emplois de qualité ou dans des technologies vertes". Entre 2010 et 2019, "les sociétés qui figurent à l’indice S&P 500 ont versé 9 100 milliards de dollars de dividendes à leurs riches actionnaires, soit plus de 90 % de leurs bénéfices réalisés au cours de cette période" peut-on lire dans le rapport. La pire d'entre toutes, d'après l'ONG, c'est Apple : l'entreprise aurait distribué 81 milliards de dollars à ses actionnaires rien qu'en 2019. 

Et même pendant la pandémie, ces multinationales auraient continué à privilégier les actionnaires. "Depuis janvier, selon les rapports d’activités des entreprises, Microsoft a versé plus de 21 milliards de dollars à ses actionnaires et Google 15 milliards de dollars" cite par exemple le rapport. Pourtant, certaines d'entre elles n'étaient même plus rentables. "Les six plus grandes compagnies pétrolières mondiales, à savoir Exxon Mobil, Total, Shell, Petrobras, Chevron et BP, ont enregistré une perte nette combinée de 61,7 milliards de dollars entre janvier et juillet 2020, ce qui ne les a pas empêché de verser 31 milliards de dollars aux actionnaires au cours de la même période" se désole Oxfam. Ce phénomène concerne aussi les entreprises françaises : "23 entreprises du CAC 40 ont décidé de verser coûte que coûte des dividendes cette année" ajoute-t-elle.

Et la conséquence est flagrante pour l'ONG : pendant la pandémie, les entreprises, les travailleurs et les pouvoirs publics mais aussi les femmes, ont été beaucoup plus vulnérables face aux actionnaires (qui sont majoritairement des PDG et des hommes). 

Elles ont gagné de l’argent, mais ne l'ont pas dépensé pour lutter contre la pandémie

Oxfam constate que le chiffre d’affaires des 32 entreprises les plus rentables du monde pendant la pandémie devrait être, pour 2020, largement supérieur à celui des années précédentes. "Elles devraient engranger à elles seules 109 milliards de dollars de plus pendant la pandémie que ce qu’elles avaient engrangé en moyenne comme bénéfices pendant les quatre années précédentes" peut-on lire dans le rapport. 

Or, Oxfam révèle que les dons des plus grandes entreprises du monde au cours de la crise de la Covid "équivalaient en moyenne à 0,32 % de leur résultat opérationnel pour 2019". Au vu des inégalités aggravées par la pandémie, "un sursaut de solidarité s'impose" préconise donc l'ONG. Elle appelle les gouvernements à taxer ces entreprises. Si l'on se concentre sur ces 32 entreprises seulement, "il serait possible de lever 104 milliards de dollars de fonds en 2020 pour lutter contre la pandémie" estime Oxfam.

Elles ont fait passer leurs bénéfices avant les populations (et leur santé)

"Pour gagner de l’argent, il faut que les travailleurs travaillent mais on ne se soucie pas de leurs conditions de vie. (...) Pour mon mari, si on s’était soucié de sa santé, si on l’avait informé au sujet de sa fièvre, c’est sûr qu’il serait encore en vie aujourd’hui" cite Oxfam, reprenant les mots de la veuve d'un travailleur d'une usine avicole dans le Maryland, aux États-Unis. Ce que veut montrer l'ONG ici, c'est le manque de changements mis en oeuvre dans les grandes entreprises pendant et après la crise de la Covid-19. La plupart continuerait à verser des dividendes à leurs actionnaires, n'assurerait pas (assez) la sécurité des employés ou profiterait des aides publiques. 

"À moins que nous ne changions de cap, les inégalités économiques ne feront que se creuser" assure Oxfam à la fin de son rapport. Et aux yeux de l'ONG, ce changement de cap est entre les mains des décideurs politiques et des chefs d'entreprise. 

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