Près de 14 000 espèces évaluées, 2 430 menacées, 187 disparues ou éteintes : l’Union internationale de conservation de la nature publie avec le Muséum d'histoire naturelle la nouvelle liste rouge des espèces qui risquent de disparaître en France, d'ici deux ou trois décennies. Une liste issue de 13 ans de recherches.

Squelette de phoque moine de Méditerranée, au Musée d'histoire naturelle de Marseille. Encore présent dans les années 70 sur les côtes de Provence et en Corse, il a complètement disparu
Squelette de phoque moine de Méditerranée, au Musée d'histoire naturelle de Marseille. Encore présent dans les années 70 sur les côtes de Provence et en Corse, il a complètement disparu © AFP / Leemage

La France n’est pas une exception. Cette liste rouge des espèces menacées est un bilan destiné à connaître l’état de santé des espèces en France. "Elle nous permet de prendre le pouls des espèces qui nous entourent", détaille Florian Kirchner, chargé de programmes "espèces" à l’Union internationale pour la conservation de la nature. Or les chiffres sont très préoccupants. Depuis 2008, 13 842 espèces ont été évaluées et parmi elles, 17%, c’est-à-dire 2 430 sont menacées d’extinction d’ici 20, 30, ou 40 ans. "On a entre 6 et 10% des espèces végétales et des espèces d’insectes qui risquent de disparaître, 20% des poissons d’eau douce et des amphibiens, et plus de 30% des espèces d’oiseaux qui sont menacées", détaille-t-il. Or cette crise de la biodiversité est profonde car elle concerne tous les groupes d’espèces.

Le lynx, le papillon azuré, ou la tortue verte risquent de disparaître

"Il y a par exemple le lynx, un grand félin, qui est en danger, ajoute-t-il, des insectes comme les papillons azurés menacés par l’artificialisation du territoire et l’intensification agricole, ou, en outre-mer, les tortues marines comme la tortue verte". En outre, cette situation déjà préoccupante s’aggrave dans le temps. "Les mammifères, les oiseaux, les amphibiens voient leur situation se détériorer en à peine 10 ans car les pressions restent fortes", ajoute-t-il. Et certaines proportions sont très alarmantes : à Mayotte, un reptile sur deux est menacé, tandis qu’à La Réunion, une espèce de fleurs sur trois est vouée à disparaître. 

Et en effet, ces espèces sauvages dépendent de leurs habitats naturels. Si les espaces naturels se dégradent, ils sont chassés. L’agriculture intensive, la bétonisation, les épandages de pesticides sont les ennemis de la biodiversité. Les cinq pressions principales qui nuisent à ces espèces sont la dégradation ou la perte d’habitats, la pollution, le prélèvement d’espèces, le changement climatique ou l’arrivée d’espèces exotiques envahissantes. En Outre-mer notamment, "des lézards ou des serpents disparaissent car ils sont menacés par les rats, les mangoustes ou par des iguanes communs, introduits aux Antilles et qui concurrencent l’iguane endémique", détaille Julien Touroult, co-directeur de l'unité Patrimoine naturel au Muséum national d’histoire naturelle.

Pas de science-fiction, déjà 187 espèces disparues

Or cette liste rouge permet également d’avoir une idée assez précise des espèces déjà éteintes. Il n’est pas question que de menaces. "En Outre-mer, _des espèces d’oiseaux de la Réunion ou de la Polynésie ont déjà disparu_, et comme elles étaient endémiques de ces îles, elles ont totalement disparu de la planète", regrette Florian Kirchner. 

Parmi les dernières extinctions en métropole, le phoque moine de Méditerranée, encore présent dans les années 70 sur les côtes de Provence et en Corse, a complètement disparu, à cause de l’urbanisation des côtes et du tourisme de masse. Cet animal est encore présent au large de la Grèce et de la Mauritanie, mais "c’est une espèce qui est en danger critique au niveau mondial", ajoute Florian Kirchner. En revanche, le phoque gris et le phoque veau marin sont encore présents, en Baie de Somme notamment.

Pas 36 solutions

Cette liste rouge vise à faire connaître l’étendue du problème et à donner des pistes de solutions. Pour Julien Touroult, du Muséum national d’histoire "_il faut arrêter de détruire des espaces naturels_, avant même de songer à en restaurer ou à compenser, et il faut diminuer les produits phytosanitaires qui tuent les insectes !". 

Lutter contre l’artificialisation du territoire, la surpêche, la pollution liée aux pesticides, le changement climatique semblent être des pistes incontournables. "Par exemple, les papillons sont dépendants de prairies, détaille-t-il, et elles régressent très fortement, notamment à cause de cultures intensives, et à l’inverse, des milieux se referment à cause de la déprise agricole, des forêts se créent et on n’a plus les mêmes espèces". Pour lui, ce "constat généralisé fait écho à ce qu’on voit à l’échelle mondiale : 30 à 40% des espèces sont menacées de disparition".

D’ailleurs, pour Julien Touroult, "le réchauffement climatique est la dernière cause d’extinction, c’est la pression qui monte pour demain mais aujourd’hui c’est surtout la perte et la dégradation des habitats le problème". Or "le danger est de voir disparaître la vie sauvage en France, conclut-il, on ne doit pas laisser à nos enfants une nature moins belle que celle qui nous a été transmise".

Un enjeu majeur de connaissance

Or pour établir cette liste rouge, qui est un état des lieux scientifique, les chercheurs agrègent des données, et en fonction de certains critères, comme la surface occupée par l’espèce ou son évolution et ils évaluent la menace. Problème, "les données sont insuffisantes pour 5 à 10% des espèces", explique Laurent Poncet, également co-directeur de l'unité Patrimoine naturel du Muséum national d’histoire naturelle. Et souvent, ajoute-t-il, "cela cache une réalité d’espèces menacées, comme les crustacés d’eau douce, pour lesquels il y a moins de suivi, les requins, ou les raies, car ils vivent dans de très grandes zones de répartition". Ces chercheurs manquent également de données sur les insectes en France. Ils en ont besoin pour des suivis plus précis. 

D’ailleurs, Laurent Poncet invite les curieux à se rendre sur le site de l’Inventaire national du patrimoine naturel, cliquer sur la carte, et voir si des espèces sont menacées autour de chez eux, en indiquant la commune. Car tout le territoire est concerné.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.