"Accused #2", film en VR, est un témoignage exceptionnel autour de Walter Sisulu, personnage central de la lutte contre l'apartheid auprès de Nelson Mandela. Le film est basé sur les archives sonores du procès lors duquel les deux hommes ont défendu les droits des Africains en Afrique-du-sud dans les années 60.

Dessin de Oerd pour le film "Accused #2" de Gilles Porte et Nicolas Champeaux (Générale de Production)
Dessin de Oerd pour le film "Accused #2" de Gilles Porte et Nicolas Champeaux (Générale de Production) © Oerd

> Ecoutez la Vie connectée du 5 octobre 2019

3 min

Accused #2

Par Christine Siméone

Rappelons d'abord quelques éléments de l'histoire de l'apartheid en Afrique du Sud. En 1948, le Parti national sud-africain instaure l'apartheid. L'ANC (African National Congress, Congrès national africain) réagit par des grèves et boycotts. Il acquiert une véritable base populaire en lançant une grande "campagne de défiance" en 1952. 

En 1960, l'ANC est interdit et rompt avec la politique de non-violence. Nelson Mandela lance une vague d'attentats. Le 11 juillet 1963, lors d’une réunion dans une ferme à Rivonia, au nord de Johannesburg, d’éminents membres de  la branche armée de l’ANC sont arrêtés. 

Parmi eux, se trouvent donc Mandela et Walter Sisulu, le stratège de l'ANC, celui qui murmure à l'oreille de Mandela. Dix ans avant ce dernier, Sisulu avait mené une tournée mondiale pour promouvoir le mouvement anti-apartheid. Pour les autorités sud-africaines, l'agitateur le plus dangereux du pays, c'est bien Sisulu. Lors du procès de Rivonia, c'est lui que le procureur interroge en premier. 

Plongée dans le huis-clos d'un procès historique

Avec un casque Occulus Rift pour la réalité virtuelle, le spectateur est plongé dans la salle d'audience. Et sous ses yeux, reconstitué avec les dessins de l'artiste d'Oerd, se déroule la vie de Sisulu et le procès. Les personnages sont dessinés, mais les voix, elles, sont réelles, issues des enregistrements sonores de l'époque. C'est un duel auquel le spectateur assiste, entre le procureur et Sisulu. Alors qu'il risque sa vie, Sisulu ne lâche rien, c'est lui qui accuse son pays de persécuter une partie de sa population. Le procureur : Comment savez-vous qu'on arrête des innocents ? Sisulu : Je le sais. Ils ont arrêté ma femme et mon fils, et c'est arbitraire. Ils ont arrêté d'autres gens. Le procureur : Avez-vous des preuves ? Sisulu : Si quelqu'un a été persécuté ici c'est moi. J'ai été arrêté six fois en 1962 (...) J'aimerais vous voir à la place d'un Africain, vous pourriez vous rendre compte de la situation dans le pays.Le 12 juin 1964, Sisulu, et les autres sont condamnés à la prison à vie. Sisulu a été libéré en 1989, et a pu retrouver son épouse, Albertina, activiste adulée. Il est mort en mai 2003. 

Traitement sonore particulier

Les archives sonores du procès de Rivonia ont été confiées par l’Afrique du Sud pour numérisation à l’INA (institut national de l'audiovisuel) en octobre 2014.  L’Archéophone, la machine qui permet de lire les cylindres phonographiques sans les détériorer, a été inventée par l’ingénieur français Henri Chamoux, spécialement pour entendre ces enregistrements. C'est lui qui a contacté Nicolas Champeaux, pour qu'il les exploite et que le grand public puisse en avoir connaissance. 

Pour ce projet en réalité virtuelle, le spectateur est baigné dans le son spatialisé. Radio France, partenaire du projet, a permis d'habiller le film d'un son traqué. Lorsque le spectateur, muni de son casque en réalité virtuelle, entend du bruit ou une voix derrière lui, naturellement il se retourne pour voir ce qu'il se passe, et le son est alors positionné devant lui, comme dans la vraie vie. Ce travail de grande qualité réalisé dans le studio 112 dédié aux innovations de la Maison de la radio, est mis en valeur par la sobriété du film. Tout conduit à laisser place à la force des faits, des mots, et des actes historiques qui se sont joués dans ce procès Rivonia. Les dessins de Oerd jouent sur la force du noir. Il n'y a pas eu de photos ou de films faits lors des interrogatoires et dépositions des accusés ou des témoins. C'est sur le crayon noir de l'artiste que l'on doit appuyer son imagination. Le voyage dans le temps est total. 

► Retrouvez Accused #2 lors du festival Médias en Seine

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