Une semaine après le passage de la tempête Alex dans les Alpes-Maritimes, le monde agricole évalue ses pertes à au moins 2 millions d’euros.

Dans les jours qui viennent, va se poser pour les exploitants agricoles le problème de l’approvisionnement.
Dans les jours qui viennent, va se poser pour les exploitants agricoles le problème de l’approvisionnement. © Maxppp / Jean-François Ottonello

La tempête Alex a frappé violemment les trois vallées des Alpes-Maritimes : celles de la Tinée, de la Roya et de la Vésubie. Dans ces espaces où l’élevage prédomine, la cellule de crise de la Chambre d’Agriculture départementale a déjà une vision assez précise des dégâts matériels : autour de 2 millions d’euros. Mais elle est encore en train d’évaluer la valeur des terrains emportés ou ravinés, des animaux noyés ou égarés, ou encore des besoins notamment en fourrage.

Xavier Worbe, directeur général de la Chambre d’Agriculture des Alpes-Maritimes, aux premières loges depuis la cellule de crise, raconte avec émotion l’histoire d'un berger en pleine tempête : "Le berger a voulu faire sortir ses brebis, il a été emporté avec son frère. Et tout le reste, le troupeau et le bâtiment, sont partis avec la rivière." L’histoire se finit très mal. Le berger a survécu, mais son frère compte parmi les disparus.

Une zone qui représente 40% de l’économie agricole du département

Heureusement, ce cas est l’un des pires. Sur environ 250 éleveurs dans ces vallées, une centaine d’exploitations a signalé des dégâts. Pour les plus graves, il s'agit de destructions de bâtiments, de hangars, de murs de soutènement ou autres constructions emportés par les flots. Pour d’autres, c’est tout aussi grave mais plus compliqué à évaluer. Il s’agit de terrains entiers emportés "et ça, ça ne se remplace pas", souligne Xavier Worbe : "Il faudra déplacer l’exploitation, au moins dans l’urgence pour l’hiver, puis trouver des solutions pour la suite". Difficile encore à évaluer aussi le nombre de bêtes mortes ou égarées. Il y a aussi, dans la comptabilité de la Chambre d’Agriculture, une vingtaine de maraîchers touchés, dont les terrains ont été ravinés et qui ont perdu toutes leurs cultures.

Des situations de détresse multiples

Jacques Courron est président de la Fédération Départementale Ovine. Depuis une semaine, il est collé à son téléphone : "il y a une grosse détresse à gérer". Et il détaille les cas : "Ceux qui n’ont pas de dégâts mais plus de chemin d’accès, ceux qui ont des dégâts en alpage mais pas dans l’exploitation en bas, ceux qui sont bien en alpage mais qui ont tout perdu en bas. Et puis tous ceux qui ont besoin de nourriture pour eux, pour leurs chiens, pour leur troupeau."

Il faut dire qu’on est en début de transhumance, il fait déjà froid en montagne, les troupeaux devraient rejoindre leurs exploitations mais beaucoup sont bloqués. "Pour la vallée de la Tinée, décrit Xavier Worbe, on arrive à emprunter certains cols. Pour la vallée de la Roya, certains passent par l’Italie. Mais pour l’ouest de la Roya et pour la vallée de la Vésubie on ne sait pas comment faire."

3 000 tonnes de fourrage

Et dans les jours qui viennent va se poser le problème de l’approvisionnement. Des hommes bien sûr, mais aussi des animaux. Pour l’instant, bovins, ovins, caprins peuvent encore rester dans les près tant qu’il y a de l’herbe. Il va pourtant déjà falloir dans l’urgence acheminer quelques centaines de tonnes de fourrage pour le mois qui vient. "Mais pour l’hiver, ce sont 2 000 à 3 000 tonnes de fourrage dont nous aurons besoin", estime Xavier Worbe : "Ceux qui avait du stock l’ont perdu, ceux qui ont commandé ne pourront pas être livré parce ce qu’il n’y a plus de route ni de chemin". "Pour l’instant le seul moyen c’est l’hélicoptère, reconnait Jacques Courron de la Fédération Départementale Ovine, mais bien entendu c’est inimaginable pour des milliers de tonnes de foin."