Le ministre israélien de l'Enseignement supérieur a proposé un homme très controversé pour diriger le mémorial de la Shoah Yad Vashem, à Jérusalem. Effi Eitam est un colon d'extrême-droite, ancien député national-religieux violemment anti-arabes. La contestation est forte.

Au mémorial de Yad Vashem, un puits de lumière est tapissé de photos et de noms de déportés
Au mémorial de Yad Vashem, un puits de lumière est tapissé de photos et de noms de déportés © Radio France / Frédéric Métézeau

Effi Eitam, 68 ans, n'est pas un inconnu des Israéliens. Ancien officier supérieur, tour à tour ministre et député issu du mouvement national-religieux, ce père de huit enfants habite une colonie sur le plateau du Golan, annexé par Israël en 1981 mais considéré par le droit international comme occupé depuis 1967. C'est lui que le ministre israélien de l'Enseignement supérieur (membre du parti de droite Likoud, comme le Premier ministre Benyamin Netanyahou) a proposé pour diriger Yad Vashem, le mémorial de la Shoah situé à Jérusalem.

Le directeur sortant, Avner Shalev, fut aussi militaire de haut-rang avant de devenir directeur général du secteur Culture au ministère de l'Éducation et de la Culture puis responsable de Yad Vashen en 1993. Mais si Shalev s'est illustré dans les négociations avec les militaires égyptiens après la guerre du Kippour de 1973 ou bien encore par une politique audacieuse à la tête de la radio de l'Armée, Effi Eitam a souvent défrayé la chronique par ces actes et ses propos violents et xénophobes.

Violences et propos racistes

Voilà pourquoi des centaines d'Israéliens anonymes et des Juifs du monde entier, des universitaires, des rabbins, des chercheurs ou bien encore des rescapés de la Shoah ont signé une pétition contre celui qui a prôné en 2006 "l'expulsion de l'immense majorité des Arabes de Cisjordanie" et qualifié les citoyens israéliens arabes de "cinquième colonne et groupe de traitres". Colette Avital, ancienne ministre et députée travailliste née en Roumanie en 1940, préside le Centre des organisations des survivants de la Shoah en Israël (58 associations) à la pointe de la mobilisation. Elle estime au micro de France Inter que le candidat de la droite "ne représente pas un point de vue tolérant. Et malheureusement il peut être considéré comme raciste". Des rescapés de la Shoah ont manifesté devant le ministère de l'Enseignement supérieur mardi comme Eva Morris, 92 ans, originaire de Tchécoslovaquie. Celle dont la grand-mère et les cousins sont morts à Auschwitz explique au Jerusalem Post que "le but de Yad Vashem est de montrer ce qui peut arriver si un peuple en vient à adopter des idées diaboliques. La façon dont Eitam parle de nos concitoyens et de nos voisins me rappelle ce que l'on disait de nous quand j'étais une enfant." 

Yad Vashem abrite les noms de toutes les victimes connues de la Shoah (le mot hashem signifiant "nom" en hébreu)
Yad Vashem abrite les noms de toutes les victimes connues de la Shoah (le mot hashem signifiant "nom" en hébreu) © Radio France / Frédéric Métézeau

En 1988, durant la première intifada, l'officier Effi Eitam avait aussi donné l'ordre à ses soldats de battre à mort un Palestinien. Puis, quelques années plus tard, il avait défendu l'utilisation de boucliers humains palestiniens par l'Armée israélienne, finalement interdite par la Cour suprême. Mais au-delà de ces exactions, Colette Avital estime qu'il ne correspond pas aux critères requis pour diriger un mémorial devenu un centre de recherches d'archives mondialement respecté : "Yad Vashem est devenu une source, il a gagné sa crédibilité académique. 

"Il n'a simplement pas le profil"

D'autant plus que nous devons faire face à une tendance - surtout dans les pays de l'Est comme la Pologne et autres - à réécrire l'Histoire. On ne peut pas nommer quelqu'un à qui certains de ces gens qui nient l'Histoire pourront dire : mais qui êtes vous ? Comment savez-vous ? Quelles sont vos compétences ?"

Politisation de la Shoah 

Le journal de droite gratuit Israel Hayom, le plus lu du pays, a volé au secours d'Effi Eitam en dénonçant "la politisation de la Shoah par la gauche radicale". Mais depuis plusieurs mois, la gauche, une partie du monde universitaire, de la société civile et des associations de rescapés intentent le même procès à Benyamin Netanyahou. Ainsi, lors des cérémonies organisées sur place le 23 janvier dernier pour le 75e anniversaire de la libération d'Auschwitz, le Premier ministre israélien avait-il transformé l'événement en tribune politique contemporaine. Il avait prononcé un discours axé sur la dénonciation de l'Iran et des "tyrans de Téhéran". Quelques jours après cet événement mondial, Yad Vashem s'était même fendu d'une lettre d'excuses. Une vidéo introduisant la cérémonie avait en effet largement repris le narratif poutinien sur la seconde guerre mondiale, omettant le dépeçage de la Pologne consécutif au pacte germano-soviétique. 

Nouvelle querelle politicienne

Pour le moment, le processus de nomination du prochain directeur de Yad Vashem est bloqué par la crise politique gravissime qui déchire la coalition gouvernementale, le mouvement centriste Bleu Blanc se disant opposé à la nomination d'Effi Eitam.