La pétition circule depuis vendredi dernier. L'épreuve orale du bac de français est la seule et unique épreuve du bac maintenue par Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Éducation nationale. Toutes les autres épreuves seront validées par le contrôle continu. Pour les professeurs de français, c'est incompréhensible.

Jean-Michel Blanquer a annoncé que le BAC se ferait cette année en contrôle continu, sauf pour l'oral de français
Jean-Michel Blanquer a annoncé que le BAC se ferait cette année en contrôle continu, sauf pour l'oral de français © AFP / NurPhoto / Adnan Farzat

Les enseignants à l'origine de la pétition considèrent que l'oral de français risque de se transformer "en chambre d'enregistrement des inégalités sociales". Pour eux, le maintien de l'épreuve "paraît incohérent, inéquitable et dangereux". 

La pétition est soutenue par le collectif Lettres vives, qui regroupe des professeurs de français, et par l'Afef, l'Association française pour l'enseignement du français. "L'annonce du maintien d'un oral de français nous a beaucoup surpris, alors que le ministre dit que l'ensemble des examens se passera en contrôle continu", explique Viviane Youx, présidente de l'Afef, "donc nous ne comprenons pas très bien pourquoi ce maintien." 

Trois raisons sont invoquées pour demander l'annulation de l'oral de français. 

"S'entraîner comme quand on fait du vélo"

Trois raisons sont invoquées pour demander l'annulation de l'oral de français. 

Tout d'abord, des raisons d'équité entre les élèves. Ils ne seront pas tous suffisamment préparés. "L'année scolaire réelle aura duré jusqu'au 15 mars. Nous ne savons pas du tout à quelle date l'école va reprendre. Dans d'autres pays, en Belgique ou en Espagne, on n'envisage de reprendre l'école qu'en septembre. Organiser un oral prend du temps. Donc matériellement, c'est compliqué.", analyse Viviane Youx. 

Hélène Paumier, professeur de français dans un lycée près de Poitiers et membre du collectif Lettres Vives, redoute elle aussi de voir se renforcer les inégalités entre les candidats : "Vous imaginez bien qu'entre un élève préparé avec un père ou une mère prof de français chez lui et un élève qui n'a même pas de connexion internet, évidemment, il n'y a pas photo"

L'oral de français dure environ 20 minutes. La première partie est consacrée à l'étude d'un texte parmi une liste étudiée en classe et à une question de grammaire. La deuxième partie est un entretien sur une œuvre librement choisie par l'élève. 

Le ministre de l'Éducation nationale a fait un geste vendredi dernier et a réduit le nombre de textes à étudier : 15 pour les filières générales, 12 pour les filières technologiques. 

Mais cet allègement ne règle pas tout. Selon Viviane Youx, même 15 textes, "c'est très difficile à réaliser car avant le 15 mars, les classes en général n'ont vu que 7 à 10 textes"

De son côté, Hélène Paumier était plutôt en avance sur les textes avec ses élèves mais n'avait pas encore travaillé suffisamment l'écrit. D'autres professeurs à l'inverse ont commencé par travailler davantage l'écrit, le commentaire et la dissertation, et gardaient la préparation de l'oral pour la fin de l'année. "Cela crée des disparités suivant le déroulement de l'année conçu par chaque enseignant", estime Hélène Paumier. Même pour ceux qui avaient bien avancé comme elle, le temps manquera. Pour l'oral, "il faut s'entraîner comme quand on fait du vélo", dit-elle. "Donc même si quelques-uns de mes élèves avaient acquis ces compétences, ceux pour qui j'avais pu enlever les deux petites roues arrières, il y en avait qui n'étaient pas du tout prêts. Normalement on travaille cet exercice sur deux ans." 

C'est précisément le deuxième argument des pétitionnaires. 

Une nouvelle épreuve du bac

Cette année, les 543 000 élèves de première étrennent de nouveaux programmes, en raison de la réforme du lycée et du bac. En français, "C'est un programme très, très lourd, et c'est une difficulté supplémentaire. Ils n'ont eu qu'une moitié d'année pour se préparer", juge Viviane Youx, la présidente de l'Afef. "Cette génération-là, entre les E3C, les blocus, et cette nouvelle épreuve du bac, essuie pas mal de problèmes", s'agace Hélène Paumier. "Cette nouvelle épreuve de lecture linéaire à l'oral, a été annoncée en juin 2019 donc nous n'avons pas pu préparer les élèves en seconde à ce nouvel exercice et c'est le seul qui est maintenu alors que bon nombre d'entre nous comptaient sur les semaines et les mois qui restaient pour peaufiner cette préparation".  

Enfin, les professeurs dénoncent un risque sanitaire "puisque nous ne savons pas où nous en serons du stade de l'épidémie, met en garde Viviane Youx. C'est faire courir des risques à tous les enseignants qui vont faire passer l'examen ainsi qu'aux élèves". Hélène Paumier ajoute : "C'est un oral, cela veut dire qu'il faut vérifier les pièces d'identité, les convocations, tendre des brouillons, on est en contact direct avec les élèves ou alors il faudrait les interroger à plus d'un mètre et demi avec des masques"

L'enseignante conclut : maintenir cet oral de français "me semble inenvisageable tant d'un point de vue éthique et pédagogique que d'un point de vue organisationnel"

Les auteurs de la pétition demandent au ministre "de renoncer à ces épreuves et de l'annoncer dès maintenant". Pour l'instant, le ministère maintient l'oral de français mais précise que "cela peut encore évoluer". L'épreuve aura lieu "si le confinement est levé et si des mesures de distanciation peuvent être mises en place". 

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