Plusieurs événements sportifs ont fait le choix d'abandonner les "podium girls", tradition jugée sexiste par certains. La Grande Boucle doit-elle faire de même ? C'est ce que réclament des élus parisien et une pétition lancée en Allemagne, et qui a recueilli plus de 30 000 signatures.

Le Français Julian Alaphilippe en maillot jaune, à l'issue de la 16e étape du Tour de France, le 23 juillet 2019.
Le Français Julian Alaphilippe en maillot jaune, à l'issue de la 16e étape du Tour de France, le 23 juillet 2019. © AFP / Jeff Pachoud

C’est un rituel incontournable, à la fin de chaque étape de la Grande Boucle : tour à tour, les gagnants du jour grimpent sur le podium, accueillis par deux élégantes jeunes femmes qui les aident à enfiler leur maillot avant de conclure par une bise sur la joue. Tradition sexiste ? Une pétition relance le débat. 

"Le vent a tourné"

"Les femmes ne sont pas des objets, pas des récompenses", s’indignent une douzaine d'Allemandes à l’origine d’une pétition qui a déjà recueilli plus de 28 000 signatures. Elles qui promeuvent davantage d’égalité dans le cyclisme, fustigent ces images relayées dans le monde entier, cantonnant les femmes dans un rôle décoratif, loin d’athlètes capables d’arracher des records. "Des hôtesses ont été engagées pendant des décennies. Le vent a tourné et nous devrions rompre avec cette tradition sexiste", peut-on lire dans la pétition.

Dans l’espoir d’être entendues, deux des Allemandes à l’origine de cette pétition se sont mobilisées ce mardi à Boulogne Billancourt, devant le siège d’Amaury Sport Organisation, organisateur du Tour. Avec elles, la militante féministe française Fatima Benomar. Sans grand succès, ASO n’ayant pas accepté de les recevoir.

Une vision "surannée" et une répartition "stéréotypée" des rôles, pour Marlène Schiappa

Interrogée par RMC, la secrétaire d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes a déclaré ce vendredi qu'elle "comprenait tout à fait cette pétition". Aux yeux de Marlène Schiappa, les hôtesses du Tour de France véhiculent "des choses assez stéréotypées sur la répartition des rôles, entre l'homme champion et la femme qui fait une bise et qui est là parce qu'elle est sexy".

La secrétaire d'État déclare néanmoins que le sujet ne figure pas dans ses combats du moment, au premier rangs desquels se trouvent la lutte contre les violences conjugales et les inégalités salariales.

ASO aurait déjà réfléchi à abandonner... avant de se raviser

Les critiques ne sont pas nouvelles. En mars 2018, le quotidien britannique Times croyait d’ailleurs savoir qu’ASO envisageait sérieusement de se séparer de ses hôtesses. Deux mois plus tard, la Ville de Paris avait fait savoir qu'elle ne voulait plus de jeunes femmes "potiches" embrassant le vainqueur du Tour sur les Champs-Élysées. 

Mais finalement, les organisateurs de la Grande Boucle ont décidé… de ne rien changer. "Pour nos courses féminines, ce sont des hommes qui remettent les fleurs aux sportives, sur le podium. Je ne vois là aucune misogynie", s’était alors justifié Christian Prudhomme, affirmant avoir été contacté par des hôtesses qui s’inquiétaient de perdre leur emploi.

L’ex-ministre des Sports Laura Flessel avait également pris la défense des podium girls. "Les jeunes filles qui accueillent les coureurs du Tour de France ne sont pas des potiches, elles ne sont pas mal utilisées. Il ne faut pas voir du sexisme partout", avait-elle déclaré sur France Inter.

Un mouvement inéluctable ?

La Grande Boucle pourra-t-elle continuer à pédaler dans le même sens ? Plusieurs compétitions ont d'ores et déjà renoncé aux hôtesses. À commencer par la Formule 1 : aux oubliettes, les grid girls, ces jeunes femmes chargées de tenir le drapeau des pilotes, vêtues de façon minimaliste et choisies pour leur plastique. Le nouveau patron de la F1, Chase Carey, a décidé de mettre son sport en accord "avec les normes sociétales modernes". Les grid girls ont donc été remplacées par des grid kids, des enfants sélectionnés au sein des clubs locaux de sport automobile.

Les vieilles habitudes évoluent aussi à l’intérieur du petit monde du cyclisme. Le Tour de Californie a décidé de se passer des hôtesses à la fin de chaque étape. En Espagne, sur la Vuelta, les hôtesses sont désormais accompagnées d’hommes et n’ont plus le droit de faire la bise aux vainqueurs. En Australie, sur le Tour Down Under, ce sont des ados, eux-mêmes cyclistes, qui remettent les bouquets aux gagnants. 

"Je trouve ça scandaleux de pouvoir imaginer supprimer les miss", déclarait pourtant l’an dernier le coureur Julian Alaphilippe sur Eurosport. Cela fait partie de l'histoire du cyclisme, du Tour de France et même de toutes les courses. C'est bien pour elles, pour l'image du cyclisme et des femmes."

Voilà qui n'est pas sans rappeler une citation de Pierre de Coubertin, créateur des Jeux olympiques modernes au début du XXe siècle, et selon qui "le rôle des femmes devrait être avant tout de couronner les vainqueurs". CQFD.

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