La ministre Agnès Buzyn dévoile ce lundi de nouvelles mesures pour désengorger les services d'urgences en France. Certains, comme celui de l'hôpital Bichat à Paris, ont déjà aménagé leur fonctionnement pour fluidifier leur activité et limiter l'attente des patients.

280 à 340 patients arrivent chaque jour aux Urgences de l'hôpital Bichat, à Paris
280 à 340 patients arrivent chaque jour aux Urgences de l'hôpital Bichat, à Paris © Radio France / Véronique Julia

Agnès Buzyn devrait détailler ce lundi les mesures qu'elle prévoit pour désengorger les urgences et tenter d'apaiser le mouvement qui dure depuis maintenant six mois. Une partie des mesures envisagées ont déjà été évoquées le 2 septembre dernier par la ministre de la Santé : création d'une filière d'admission directe pour les personnes âgées, recours à la vidéo-assistance pour du diagnostic à distance, transfert de certains patients par les Samu vers des Maisons de Santé plutôt qu'aux urgences, notamment.

Ces mesures ont toutes été piochées ici ou là dans des services d'urgences qui ont innové ces dernières années pour tenter de fluidifier leur activité. Parmi ces services "exemplaires", les urgences de Poitiers, de Clermont-Ferrand, de Nîmes, mais aussi les urgences de l'hôpital Bichat, à Paris.

Peu d'attente et une ambiance sereine  :  "une question d'organisation"

Dans ce grand hôpital du 18e arrondissement de Paris, on reçoit jusqu'à 340 patients par jour. Et pourtant ici, on entend peu de bruit, les couloirs sont déserts, aucun patient allongé durant des heures sur un brancard abandonné et, semble-t-il, peu d'attente. "Ici, c'est fluide, et ça reste vrai même lors des épidémies de grippe !", précise fièrement le chef du service, le professeur Enrique Casalino.

Son secret ? Une organisation qui ne laisse rien au hasard. Et ça fait plusieurs années qu'il y travaille. "Tout ça, c'est une question de management", résume-t-il. "Respecter le patient, c'est se débrouiller pour qu'il passe le moins de temps possible ici. C'est aussi avoir des process rapides pour les petites urgences, qui permettent de se donner du temps pour les cas plus difficiles, comme les personnes âgées ou les mauvaises nouvelles à annoncer."

"Laisser un patient attendre des heures sur un brancard, c'est de la maltraitance, j'ai fait en sorte que personne n'admette ça dans mon service."

Les infirmières peuvent donner des antalgiques et prescrire elles-mêmes des radios

Parmi les mesures mises en œuvre ici depuis quelques années et qui fonctionnent, il y a les délégations de tâches : des protocoles ont été établis pour certaines pathologies, qui permettent aux infirmières de prendre plus d'initiatives. "On a écrit des protocoles et elles ont été formées pour cela : quand un patient arrive par exemple avec une entorse, elles peuvent lui donner tout de suite des antalgiques et les envoyer passer la radio, sans avoir à le demander à un médecin, ça fait gagner un temps fou. Quand le médecin arrive, le patient a déjà fait sa radio, il n'a plus qu'à poser le diagnostic, on va beaucoup plus vite", explique Enrique Casalino.

Ici, on évite toujours d'allonger des patients sur des brancards. Le plus possible, on les maintient assis: "C'est plus dynamique et plus sain", insiste le médecin, pour qui la fluidité de l'activité passe finalement par une multitude de petites solutions. "On est comme tout le monde, on gère nous aussi des problèmes d'effectifs et des problèmes de lits en aval, mais nous on se débrouille... et on trouve ! ", explique le chef des urgences. 

"Quand on ne trouve pas de lit dans l'hôpital pour un patient des urgences, on appelle s'il le faut tous les établissements autour pour en trouver un au plus vite. La direction de l'hôpital met tout en œuvre aussi pour faciliter la recherche de lit dans ses services."

Collaborer avec les Ehpad et la médecine de ville

Autre piste de travail : une collaboration très soutenue avec les Ehpad et la médecine de ville (généralistes, gériatres, infirmières libérales...) En effet, une bonne coordination de médecine générale en amont permet de limiter les arrivées aux urgences, pour les personnes âgées en particulier. Par ailleurs, un retour rapide du patient à domicile, organisé avec les professionnels de santé qui gravitent autour de lui,  permet de libérer un lit plus rapidement dans un service. 

Une maison de santé installée tout récemment au sein même de l'hôpital va permettre aussi d'éviter des recours aux urgences. "Les patients y trouveront une première solution en cas de petit problème, ça limitera les arrivées dans notre service", résume le médecin, qui ajoute aussi que cette organisation vertueuse a permis de limiter la tension et la violence de certains patients aux urgences. "Un patient mieux traité est un patient moins agressif."

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