Pour la première fois depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche, le secrétaire d’État Antony Blinken rencontre son homologue chinois jeudi à Anchorage, en Alaska. Les entretiens promettent d’être francs sur les sujets qui fâchent.

Avant la rencontre avec ses homologues chinois, Antony Blinken, secrétaire d'Etat américain, a fait une tournée de deux jours en Asie, ici en Corée du Sud
Avant la rencontre avec ses homologues chinois, Antony Blinken, secrétaire d'Etat américain, a fait une tournée de deux jours en Asie, ici en Corée du Sud © AFP / Chung Sung-Jun / POOL

En Alaska, la ville d’Anchorage - 300 000 habitants - dans le golfe de Cook, ouvert sur le Pacifique nord, sert de décor ce jeudi à la prise de contact entre dirigeants des diplomaties américaine et chinoise. D'un côté, Antony Blinken accompagné du conseiller à la sécurité nationale des États-Unis Jake Sullivan, et de l’autre le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi et le responsable des relations internationales du parti communiste Yang Jiechi.  

Le contexte entre les deux puissances est tendu. Antony Blinken accuse Pékin de se montrer répressif sur le territoire chinois et "de plus en plus agressif à l’étranger". Pour autant, rien ne prouve encore que l’administration Biden soient prête à une épreuve de force avec la Chine.

Washington déconcerté par l’expansionnisme chinois

L’administration Biden est confrontée à un formidable défi laissé en quasi-jachère par Donald Trump au cours de ses quatre années de mandat : les revendications territoriales chinoises. Un sujet brûlant longtemps mis de côté par les États-Unis au profit des seuls contentieux économiques.  

La semaine dernière l’amiral Davidson, chef des forces américaines dans la région indo-pacifique, affirmait devant le Congrès que la Chine pourrait envahir Taïwan au cours des six prochaines années. Pékin considère depuis des décennies que l’ancienne île de Formose fait partie intégrante de son territoire et multiplie les signaux à l’encontre de ceux qui pourraient s’opposer à son projet d’annexer Taïwan pour l’intégrer dans la République populaire. Des avions militaires chinois survolent l’île presque chaque jour.  

Officiellement, Washington s’est engagé à défendre Taïwan mais craint de tomber dans le piège des provocations. Pékin revendique aussi des zones maritimes en Mer de Chine méridionale. Face à cette pression croissante, la diplomatie américaine tente de rassurer ses alliés dans la région, en particulier le Japon et la Corée du Sud, deux pays où Antony Blinken s’est rendu en début de semaine avant cette rencontre avec les Chinois.

Que pèseront les droits de l’Homme face au business ?

Avant ce rendez-vous d’Anchorage, Antony Blinken avait prévu de parler sans détour des sujets litigieux. Il reprend à son compte la position de son prédécesseur Mike Pompeo, accusant la Chine de perpétrer un "génocide" contre les Ouighours

Washington dénonce également les atteintes à l’autonomie de Hong Kong et à la démocratie. Ces questions fixeront-elles une ligne rouge dans les discussions commerciales, douanières et technologiques entre les États-Unis et la Chine ? Sauf revirement spectaculaire, c’est très peu probable. Face à Pékin, l’administration Biden pourrait maintenir sur les droits de l’Homme et les valeurs démocratiques une pression diplomatique forte, mais sans remettre en cause les intérêts croisés des deux grandes puissances.  

À quelques jours de cette rencontre, Antony Blinken avait promis que les relations avec Pékin seraient un mélange de "compétition quand ce sera sain" de "collaboration quand ce sera possible" et d’antagonisme "quand ce sera nécessaire".  

Dans cette relation tendue, les États-Unis disposent d’atouts sérieux. Les mesures initiées par Donald Trump - par exemple celles interdisant aux Américains d’investir dans des entreprises chinoises liées à l’armée populaire- et qui n’ont pas été abolies par l’administration Biden pénalisent la Chine. Les limitations de transfert de technologie handicapent également l’industrie chinoise. L’actuel président américain n’a pas définitivement tranché sur les dossiers Huawei ou TikTok. Mais le moment venu, les négociations commerciales pourraient être dissociées des questions purement politiques.

Un malentendu sur le rendez-vous

La dernière réunion entre chefs de la diplomatie américaine et chinoise remonte à juin 2020. Neuf mois plus tard, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères voit dans les discussions de ce jeudi "un dialogue stratégique à haut niveau". 

Un point de vue que ne semble pas partager la Maison Blanche, considérant au contraire que cette rencontre ne constitue pas le point de départ d’échanges réguliers. Une manière de refroidir les exigences de Pékin, Washington attendant des "actions, pas des paroles" si la Chine veut voir changer le ton des relations sino-américaines.