Les vendanges approchent à grands pas, et les viticulteurs sont déjà inquiets : la crise du Covid-19 a profondément bouleversé l'organisation de ce moment essentiel de leur année de travail. Près d'un demi-million de personnes sont mobilisées une année normale, dont un quart viennent de l'étranger.

Vendanges en Gironde en juillet 2020
Vendanges en Gironde en juillet 2020 © AFP / Philippe Roy / Aurimages

Elles s’annoncent précoces, encore cette année, les vendanges. Et devraient débuter dès la semaine prochaine pour les parcelles les plus au sud, pour ensuite remonter vers le nord et s’achever début octobre. Une récolte sans doute moyenne en quantité à cause de différents épisodes de grêles, de gel, et de la sécheresse, mais qui en qualité s’annonce très prometteuse. Un bon millésime 2020, à condition bien sûr de trouver suffisamment de main-d’œuvre pour cueillir le raisin en cette période d’incertitude sanitaire.

380.000 à 420.000 saisonniers pour les vendanges

Et l’affaire n’est pas simple. Chaque année, ce sont en moyenne 400.000 travailleurs occasionnels qui participent à ces vendanges. Pour un quart, ces travailleurs viennent de l’étranger. "En Champagne, nous employons pendant cette période entre 100.000 et 120.000 personnes", décrit Christophe Pernet, vigneron lui-même (mais aussi président de la délégation des employeurs au sein du Syndicat Général des Vignerons de la Champagne). "Imaginez qu’il en manque un quart : ça ferait vite un trou difficile à combler." Heureusement pour l’instant, il n’y a pas de restriction de circulation entre États et ces saisonniers devraient être au rendez-vous, dans un cadre réglementaire précis. Mais la menace plane toujours.

La crainte de la contamination

Autre crainte et pas des moindres, les volontaires pour ces travaux de vendanges peuvent avoir peur des rassemblements et de la promiscuité, et donc des risques de transmission de la Covid-19. "Depuis le 16 mars déjà, nous avons mis en place dans nos exploitations des protocoles sanitaires stricts", argumente Jérôme Volle, vigneron en Ardèche, en charge de l’Emploi et de la Formation à la FNSEA, "C’est une organisation contraignante et coûteuse pour nous, mais indispensable pour éviter les risques d’épidémie. D’ailleurs, nous nous sommes aperçus que tout fonctionnait bien pendant les travaux. C’est au moment des pauses qu’il ne faut pas de relâchement".

"Ces protocoles sanitaires sont déclinés pour chaque étape", détaille en Champagne Christophe Pernet : "La cueillette, le transport, la réception des raisins, au pressoir, au niveau des cuves, mais aussi en cuisine et pour l’hébergement".

Engouement pour les travaux de plein air

Alors les vendanges 2020, dont le millésime promet d’être exceptionnel, se passeront-elles bien ? "Chaque année, nous avons peur que du raisin reste sur la vigne", reconnait Jérôme Volle. "Mais ce n’est encore jamais arrivé. Cette année, avec un taux de chômage aussi élevé, des vendanges précoces qui devraient permettre aux étudiants de répondre présents, et une envie des gens de goûter à cette vie en plein air, on trouvera bien des solutions", espère-t-il.

Il ne faudrait d’ailleurs surtout pas les rater, ces vendanges. Entre la surtaxe américaine sur les importations de vins français, le marché chinois qui s’est refermé, la pandémie et le confinement qui ont fait chuter la consommation d’un tiers, le chiffre d’affaires de la viticulture française est aujourd’hui en baisse d’environ 20%.

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