On a beaucoup parlé des événements sportifs de l’été, reportés ou annulés à cause de l’épidémie de Covid. Mais qu’en est-il de ceux organisés à l’automne comme le Vendée Globe, le tour du monde à la voile en solitaire et sans escales ? Le départ est prévu le 8 novembre des Sables-d'Olonne mais aura-t-il bien lieu ?

La navigatrice Isabelle Joschke
La navigatrice Isabelle Joschke © Thierry Martinez

Plus d’un million de personnes sont attendues au Sables-d'Olonne le 8 novembre prochain, pour le départ du tour du monde à la voile en solitaire et sans escales. Sauf que pour l’instant, les bateaux sont à terre, les courses de préparation ont été annulées et partir pour un tour de la planète trois mois, seul sur un bateau, ne se fait pas à la légère. Faut-il s’inquiéter pour ce qui est le grand rendez-vous de la course au large ? 

On a frôlé l’avis de tempête il y a quelques jours 

À la mi-avril, les organisateurs annonçaient un maintien du Vendée Globe à la date prévue. Le lendemain, dans une interview à Tip & Shaft, une lettre spécialisée dans la course au large, un important sponsor demandait le report de la course à 2021 à cause des conditions sanitaires. Pour Sébastien Petithuguenin, directeur général de Paprec Group, "les conditions actuelles de l’organisation d’un Vendée Globe sur l’année 2020 ne me paraissent vraiment pas réunies. Il me semble qu’il faudrait que la possibilité d’un report à 2021 soit étudiée, parce qu'en 2020, quelle que soit l’évolution de la pandémie, et même si elle est très favorable, je crois que la fête sera forcément un peu gâchée". Depuis, c’est silence radio de part et d’autre, plus personne ne veut s’exprimer

Les skippers de leur côté - ils sont 35 à vouloir prendre le départ - sont confinés chez eux. Ils en profitent pour travailler la météo, suivre le chantier de leur bateau, à distance pour certains. 

Isabelle Joschke (MACSF) a aussi mis à profit ces semaines chez elle pour se reposer et emmagasiner du sommeil. "J’en ai profité pour ralentir le rythme, raconte-t-elle. Quand on fait de la course au large au fil des années, ce sont des saisons entières où l’on dort peu. Si on ne récupère pas bien d’une année sur l’autre, on ne fait que transporter de la fatigue. On n’est qu’au mois d’avril mais en novembre, je serai très contente d’avoir pris ce temps pour me reposer." 

On se prépare comme si la course avait bien lieu

Malgré tout, la préparation n’est pas optimale pour ce tour du monde, reconnait la navigatrice franco-allemande de 43 ans. Les marins auraient tous dû être à Brest la semaine prochaine pour le départ de The Transat, une course entre la France et les États-Unis qui a été annulée. "Bien sûr qu’il y a de la frustration. J’ai besoin de naviguer en course, j’ai besoin de naviguer en solitaire sur mon bateau. On commence à se dire que la saison ne va pas être comme on le voudrait, c’est certain. Mais comme on a avancé certains chantiers de l’été sur le bateau, je trouverai du temps pour m’entraîner. Si on commence à avoir de l’inquiétude parce que je ne me suis pas assez entraînée et parce qu’il y a beaucoup d’incertitude avec ce virus, c’est un piège dans lequel je n’ai pas envie de tomber. 

J’apprends à faire avec. Je ne sais pas si j’aurais le niveau sportif mais je suis sereine.

À un peu plus de 6 mois du départ de la course et alors que les incertitudes sont toujours aussi pesantes sur sa tenue, il reste beaucoup de questions. Antoine Mermod est le président de la classe Imoca qui représente les monocoques du Vendée Globe. Il se veut plutôt rassurant : "Ce n’est pas idéal, mais ce n’est pas critique. Le rôle des skippers, c’est de s’adapter à tout et sur cette préparation un peu tronquée, ils sont tous à la même enseigne." 

Le Vendée Globe, c’est le poumon économique de la voile, comme le sont les Jeux Olympiques ou le Tour de France. Difficile de s’en passer, surtout que cette course n’a lieu que tous les 4 ans. "La bonne tenue du Vendée Globe, sa réussite, est importante, détaille Antoine Mermod. C’est cette course qui va donner envie aux sponsors de s’élancer dans le cycle des 4 prochaines années. La qualité d’un Vendée Globe, c’est important pour le moyen terme pour nos compétitions." 

Les bateaux pour l’instant au repos forcé dans les hangars pourront être remis à l’eau à la mi-mai. Les entraînements pourraient débuter en juin. Et pour ne pas trop partir dans l’inconnu, une course de préparation devrait être organisée au début de l’été.            

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