Selon une enquête IFOP, un jeune sur deux a déjà vu des images pornographiques. Gratuites, facilement accessibles et disponibles de façons illimitées sur les smartphones, les vidéos pornos sont consommées de plus en plus tôt par les enfants. Que se passe-t-il lorsqu’un enfant est confronté à de telles images ?

Que dire lorsqu'un enfant a vu des contenus à caractères pornographiques ?
Que dire lorsqu'un enfant a vu des contenus à caractères pornographiques ? © Getty / Reg Charity

Comment aborder la question du porno avec lui ? Et comment le protéger ? Dans l’émission Grand bien vous fasse, Ali Rebeihi, entouré de spécialistes des adolescents a fait le tour du phénomène et délivré quelques pistes pour protéger les ados. 

Porno : où est le problème ? 

Isabelle Filliozat : "Le cinéma porno interdit au moins de 18 ans existe depuis longtemps. Mais aujourd’hui, exit le porno « à la papa ». Il a fait place à des films de plus en plus choquants. Hébergés sur des plateformes dont le but n’est plus de susciter l’excitation et de permettre de passer un bon moment, mais de choquer. 

Ces plateformes pornographiques, auxquelles on accède sans limite d’âge, vendent des nombres de vues : plus elles en ont, plus elles gagnent de l’argent. Cette compétition pour attirer les vues pousse à aller vers des contenus de plus en plus « trash » : zoophilie, violences etc.. 

Par ailleurs, l’être humain est victime de ce qu’on appelle « l’habituation hédonique ». Face à film pornographique il peut éprouver du plaisir jusqu’à un certain point… Mais à un moment donné, il s’épuise. Le cerveau a alors besoin de « shoots » de plus en plus durs. Et les plateformes utilisent ces caractéristiques neurologiques pour attirer le spectateur : d’où le besoin d’images de plus en plus choquantes."

Des adolescents souvent piégés

Isabelle Filliozat : "Les adolescents tombent souvent sur ces films pornographiques par hasard. Les systèmes de blocages ne sont pas toujours très efficaces. Lors d’enquêtes, ils disent qu’ils sont tombés dessus trop jeunes, qu’ils ont été choqués, qu’ils ont eu du dégoût, parfois même ils ont pleuré. 

Ils ont ces réactions très fortes, mais dans le même temps, il y a cette excitation qui est automatique. On ne peut pas les blâmer, c’est un processus physique. Les jeunes qui en parlent expliquent qu’ils ont eu ensuite besoin de re-regarder pour arriver à rédigerer l’information et à calmer le jeu à l’intérieur d’eux-mêmes. Petit à petit, quelque chose qui était dégoûtant est devenu un plaisir, c’est le processus de l’addiction."

Porno et ados : quelles conséquences ? 

Samuel Comblez : « Je vois des jeunes qui ont vu des images porno que ça angoisse beaucoup : ils s’inquiètent de ce qu’ils vont devoir faire avec leur amoureux. Ils ne se sentent pas prêts à faire l’amour parce qu’ils imaginent que c’est ce qu’ils ont vu dans ces films, qu’ils devront faire. Comme ces films leur servent parfois de mode d’emploi, ils peuvent complexer parce qu’ils ne retrouvent pas leur corps à l’écran. » 

Sur le porno : que leur dire ? 

Margot Fried-Filliozat : "Il faut parler des images pornographiques, même si nous ça met l’adulte mal à l’aise. Les adolescents ont besoin d’être protégés : même à treize ans, ils sont encore jeunes. On ne peut les laisser seuls face à ces images, car elles font peur."

Samuel Comblez : 'Souvent, les enfants n’en parlent pas à leur parents parce qu’ils ont peur de les choquer, mais aussi d’être privés de connexion internet. Ils n’en parlent à personne et se retrouvent sans possibilité d’évacuer le choc que cela a pu créer. Abordez la question. Il faut qu’ils comprennent que ces images ne sont pas normales. 

On peut simplement leur expliquer que les images pornographiques sont des spectacles destinés aux adultes. 

Et même si le film a l’air d’être un porno amateur, c’est de la mise en scène. Ce n’est jamais la réalité. Les corps (chirurgie esthétique…), les postures (effectuées à l’aide de drogues…), tout est trafiqué. 

On peut aussi dédramatiser l’acte sexuel en leur disant simplement qu’en la matière il n’est pas question d’exploit à réaliser. On peut leur rappeler que la sexualité ne s’apprend pas, mais se découvre, et qu’elle se vit de façon très personnelle sans qu’aucun mode d’emploi soit nécessaire.»

Selon une enquête IFOP, 22% des adolescents ont reproduit une scène vue dans un film porno. Ces visions de films pornographiques impactent : les jeunes ont une vision déformée de la sexualité. Ils ne savent par exemple pas qu’on peut se parler pendant l’amour, puisque dans les films pornos, on ne se parle pas. Ils ignorent qu’on n’est pas obligé de faire crier son ou sa partenaire comme preuve qu’on a donné du plaisir… " 

Contrebalancer l’effet du porno

🎧 | ECOUTER : Grand bien vous fasse sur la sexualité des ados au temps de la pornographie en ligne

avec : 

  • Isabelle Filliozat et Margot Fried-Filliozat, psychothérapeute et co-autrices de Sexpérience (Robert Laffont) 
  • amuel Comblez, psychologue, auteur de La sexualité de vos ados (Solar)  
  • Tel : François Kraus, de l'IFOP 
  • Tel : Yaëlle Amsellem-Mainguy, sociologue
  • Tel : Philippe Brenot, psychiatre et sexologue
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