Depuis le milieu du siècle dernier la ménopause est assimilée à une maladie de carence. Or ce n'est pas tout à fait ça. Il s'agit effectivement de la fin des ovaires et de la sécrétion des hormones ovariennes, mais ce n'est pas la fin de tout !

Les désagréments de la ménopause
Les désagréments de la ménopause © Getty

0Cette notion de "maladie de carence" fait son apparition dans les discours médicaux dans les années 1950/1960 en même temps que les hormones et les recherches qui y sont liées.

Confrontée quotidiennement aux questions et inquiétudes de leurs patientes, les gynécologues Danielle Hassoun et Marie Veluire (qui est également sexologe) évoquaient dans Grand Bien Vous Fasse ce moment de la vie qui fait basculer les femmes dans une autre dimension.

"Une femme sans hormones n'est plus une femme, en revanche, si on lui donne des hormones, elle redevient une femme." C'est à peu près les termes qui étaient utilisés dans les publicités des années 1960/70, voir 1980, poursuit Danielle Hassoun,  jusqu'à ce que plusieurs études montrent que les traitements hormonaux n'était pas totalement anodins.

Avant la ménopause, la pré-ménopause

La pré-ménopause, ça ne veut rien dire

Marie Veluire le répétera plusieurs fois : chaque patiente est unique. En revanche le processus est le même pour toutes : les ovaires sécrètent toujours autant d’œstrogènes mais un peu moins de progestérone et c'est ce déséquilibre là qui va entraîner une irrégularité des cycles, potentiellement des douleurs dans les seins, des irritabilités plus importantes, etc.

"Pour y répondre", poursuit la gynécologue, "on va empêcher ce déséquilibre en donnant plus d'hormones, comme des macro-progestatifs ou alors la patiente va devoir 'faire avec' et c'est vrai que c'est une période vraiment très difficile."

"C'est très compliqué pour les patientes" confirme Danielle Hassoun, "et pour le médecin de savoir comment les aider au mieux."

Il faut donc distinguer la ménopause qui s'installe et la ménopause installée. La ménopause qui s'installe entraîne des symptômes particulièrement désagréables et pas obligatoirement faciles à vivre. Tous ces symptômes se calment, en général, lorsque la ménopause est installée. Parmi les plus connus il y a les bouffées de chaleur, la baisse de la libido, l'humeur dépressive…

Les bouffées de chaleur

Les deux gynécologues le reconnaissent humblement : ça reste un grand mystère.

"C'est une dérégulation au niveau des centres de la régulation thermique" explique Marie Veluire, "mais certaines femmes n'ont pas une seule bouffée de chaleur. Ça peut durer très longtemps ou ça peut s'atténuer. On ne peut pas prédire. Mais la majorité des femmes arrivent à mieux gérer les bouffées de chaleur".

"C'est important de rassurer", ajoute Danielle Hassoun, "on le vit mieux si on sait de quoi il s'agit, comment ça vient et que ça n'a pas de gravité au sens ou ça n'a pas de risque pour la santé. Mais c'est pénible et il ne s'agit pas de nier le symptôme, mais de l'apprivoiser."

La baisse de la libido

"Des études le montrent, la baisse du désir sexuel apparaît avec le vieillissement, c'est à dire après 60 ans et donc ce n'est pas dû à la ménopause en tant que tel", rassure Marie Veluire.

"Une chose est sûre cependant" poursuit-elle, "au bout de cinq ans de ménopause, sans traitement du tout, le vagin se rétracte, s’atrophie et sur le plan de la vie sexuelle, entre autre, ça a quelques d'inconvénients. Or il existe des moyens de faire que ça ne se produise pas"

Il faut oser en parler à son médecin

"Les médecins ne posent pas assez de questions sur la sexualité" ajoute Danielle Hassoun, "alors qu'il est important, sans être intrusif de poser un certain nombre de question sur la douleur, et notamment ce que l'on appelle la dyspareunie, la douleur au moment des rapports. Il y a des moyens d'y palier.

Ce sont des traitements simples pour lesquels il n'y a pas de contre indications. Ce sont des œstrogènes mais par voies locales, ce qui fait qu'il n'y a vraiment pas de contre indications et ça marche". 

L'humeur dépressive

Comme toujours ce genre de symptôme est plurifactoriels. 

"Il y a toute une série d'éléments qui interviennent à la quarantaine ou à l'approche de la cinquantaine, explique Danielle Hassoun, qui sont des éléments parfois extérieurs. Il n'y a pas que la carence hormonale, il y aussi la relation avec le compagnon, le départ des enfants, les parents qui ne vont pas bien, il y a toute une série d'éléments qui interviennent et qui font qu'effectivement on peut se sentir mal voire déprimé.

Et malgré les études, on n'a pas démontré que la carence hormonale entraînait une dépression. Ça peut entraîner une humeur dépressive pour toute une série de raisons, mais pas une dépression vraie."

Solutions hormonales

Interrogée sur le traitement hormonal substitutif, les deux praticiennes sont très claires :

Le traitement hormonal n'a de sens qu'à partir du moment ou il améliore la qualité de vie. S'il n'améliore plus la qualité de vie, il n'a pas de raison d'être.

"Tous les traitements autour de cette période-là doivent être complètement personnalisés. La balance bénéfices / risques doit être analysée pour chaque cas. Si la qualité de vie est altérée, ça se met aussi dans la balance parce que le risque du cancer du sein ou de la maladie trombo-embolique est quand même faible."

Plusieurs études ont montré que traitement hormonal marche très bien sur :

  • les suées nocturnes
  • Les suées nocturnes

"C'est à peu près les seuls symptôme sur lesquels on est sûrs qu'il y a un effet positif du traitement hormonal" précise Danielle Hassoun. "Tout le reste, c'est un peu illusoire : la peau, le vieillissement... on vieillit de toutes façons et c'est à accepter comme tel, même si ce n'est pas très agréable.

Donc il ne faut pas prendre le traitement hormonal comme une espèce de produit miraculeux. C'est un peu ce que les laboratoires pharmaceutiques ont essayé de nous faire croire. Ce n'est pas la réalité."

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