Le "bon vieux temps" a-t-il existé ? Pourtant, il y avait la mortalité infantile, de la peste, de la famine, des hivers meurtriers… Retour sur une idée reçue avec Pierre-Antoine Delhommais, co-auteur d'"Au beau vieux temps", qui était invité de la "Bande Originale" de Nagui.

C'était mieux avant... Quelle est la part de nostalgie fantasmée d'un côté et de réalité de l'autre dans cette phrase ?
C'était mieux avant... Quelle est la part de nostalgie fantasmée d'un côté et de réalité de l'autre dans cette phrase ? © Getty

Si vous aviez le choix, à quelle époque vous auriez aimé vivre ? La question a été posée aux Français :

  • 70% ont répondu : à une époque passée
  • 5% dans l’avenir 
  • 25% à l’époque actuelle

Même si la question est un peu biaisée à cause du mot "époque", on trouve nettement une nostalgie du passé. Selon Pierre-Antoine Delhommais, invité dans La Bande originale, c'est parce que nous avons construit un roman national très beau, d'où sont soigneusement effacés les épisodes les plus noirs. les Français "sont particulièrement pessimistes, et ont une vision très idéalisée du passé"

De Louis XIV, ils préfèrent se souvenir du faste de Versailles, du génie de la littérature classique et oublient la grande famine de 1693-1694 pendant laquelle 1,5 million de Français meurent de faim. 

Le syndrome d'une vieille nation

Il y a quelque part dans l’inconscient collectif, l’idée que la France a été une grande nation, aujourd’hui sur le déclin. 

Si Pierre-Antoine Delhommais s’est lancé dans l’écriture d’Au beau vieux temps,  c’est par lassitude d’entendre « les chantres du "c’était mieux avant", les Eric Zemmour, les déclinistes diffuser cette fake news selon laquelle, les gens étaient plus heureux, qu’ils vivaient mieux avant. ». 

La nostalgie individuelle est normale : on regrette sa jeunesse, par exemple. Mais c’est plus embêtant c’est quand la nostalgie est instrumentalisée à des fins idéologiques ou politiques. Dans certains programmes d’extrême droite, "on voit nettement la nostalgie d’une période blanche, pure, celte, sans immigrés venus d’Afrique…"

"C'était mieux avant" : une idée reçue

Auparavant, les personnes suivaient les saisons, avaient des fruits et des légumes locaux, sans pesticides, issus du potager. Or, la nourriture du passé, comme le reste est idéalisée. On entend les critiques gastronomiques nous parler avec des trémolos dans la voix de la "cuisine d’antan". Or, jusqu’à il y a un siècle, le menu quotidien du paysan, donc de la majorité des Français, c’était une soupe unique monotone, au chou ou aux fèves dans laquelle on trempait un morceau de pain de seigle rassis. Les gens mouraient de faim, vraiment. Les expressions "crever de faim", "crever de froid", qui sont aujourd’hui des images, étaient il n’y a pas si longtemps des expressions à prendre au sens propre ! On se raconte trop souvent l’Histoire de France au prisme des privilégiés. 

Avant, les Français vivaient dans la peur : Satan, se faire dévorer par les loups, de la disette, l’étranger de passage, la maladie… 

Qui parle encore la variole ? Or elle a provoqué la mort de 400 millions personnes dans le monde au XXe siècle. Puis elle a été éradiquée. 

Et s’il n’était pas mort de maladie, le paysan français risquait souvent de mourir sous les assauts ennemis… Depuis 1945, il n’y a plus eu de la guerre sur le sol français. 

Comment expliquer qu'on regrette un temps passé souvent pire ? 

Prenons l’exemple de la corruption. L’opinion générale pense que les hommes sont plus corrompus que jamais, or c’est l’inverse. C’est le paradoxe de Tocqueville : plus un mal devient rare, plus il est jugé insupportable. 

Ce qu’on acceptait avant parce que c’était très répandu, on ne l’accepte plus quand il se raréfie. 

Un principe que l’on peut appliquer à la violence. On pense vivre aujourd’hui dans une époque violente, or c’est faux. Au Moyen-Âge ou en 1900, le taux d’homicide était trois fois plus élevé. Si on met l’accent dessus, c’est souvent un moyen d’instrumentaliser, de faire peur. 

Aller plus loin

🎧  Ecouter la Bande originale qui évoque le livre de Pierre-Antoine Delhommais

Au beau vieux temps paru aux Editions de l'observatoire.

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