La situation d'isolement peut occasionner des troubles du comportement souvent invisibles chez les enfants, qui peuvent s'avérer dévastateurs si les parents n'installent pas de compréhension mutuelle pour leur apprendre à mieux maitriser leurs émotions et leurs incompréhensions. Explications au micro d'Ali Rebeihi.

Comment aider ses enfants à mieux vivre le confinement ?
Comment aider ses enfants à mieux vivre le confinement ? © Getty / PeopleImages

Invités dans "Grand Bien Vous Fasse", Bruno Humbeeck, psychopédagogue, chercheur à l'Université de Mons, en Belgique et Hélène Romano, psychologue clinicienne, docteure en psychopathologie, donnent aux parents tous leurs conseils pour aider les enfants à mieux gérer leurs émotions en période de confinement comme dans toute situation difficile : 

Être attentif aux comportements de son enfant

Comme l'explique Hélène Romano, "beaucoup d'adultes ont souvent l'impression que les enfants ne comprennent pas toute situation difficile alors qu'ils ont tout simplement d'autres façons de s'exprimer. Surtout, ils n'ont pas forcément le vocabulaire pour et vont donc avoir tendance à intérioriser ces effets tout en constatant que leurs parents sont inquiets. Ils vont donc d'abord le garder pour eux et ils vont manifester leur détresse par des comportements d'opposition, de retrait : ils vont cesser de jouer, ils vont être tristes, agressifs et colériques. 

Bien souvent, les adultes attendent que l'enfant se plaigne et vienne demander de l'aide pour intervenir. Il faut changer de paradigme, estime la psychologue clinicienne, c'est aux parents de s'ajuster à l'enfant, d'aller vers lui et de partager son ressenti.

Déjà que le confinement empêche les enfants de sortir et de bouger, une mauvaise compréhension ne peut que renforcer leur mal être, c'est pourquoi il faut être très attentif au comportement des enfants, qui sont à leur manière extrêmement anxieux". 

Partager ses émotions mutuelles pour plus de compréhension 

Il est important d'exprimer ses propres angoisses de parent à enfant. La mauvaise idée est de faire croire à son enfant qu'en tant que parent on n'a pas peur. Tout cela contribue à la représentation mentale d'une telle situation et dont dépend ensuite la maitrise du contexte émotionnel. C'est ce qu'explique Bruno Humbeeck :

"C'est mieux d'assumer ses émotions, son état d'anxiété parce que l'on va automatiquement rassurer ses enfants. Si l'enfant a peur, c'est bien en tant que parent d'exprimer en retour ses émotions. L'objectif étant de rendre le climat anxiogène plus ou moins confortable". Il s'agit d'installer plus de compréhension mutuelle pour moins d'anxiété.

Il faut pouvoir donner la possibilité à son enfant de nommer ses émotions tout en reconnaissant les siennes en tant qu'adulte

Ce à quoi Hélène Romano ajoute :

Les échanges émotionnels doivent être un levier relationnel entre parents et enfants

Ça ne sert à rien de mentir à son enfant et de lui voiler la face, c'est pire !"

Leur donner les armes pour mieux affronter les difficultés

Les deux psychopédagogues ajoutent que les enfants ne doivent surtout pas être laissés à leur propre sort sinon ils ne trouveront pas de ressources nécessaires pour se défendre à l'avenir : 

Hélène Romano : "C'est ce qui va les aider à affronter la réalité aujourd'hui comme pour demain. Si on s'obstine à éduquer ses enfants en leur masquant la réalité, ça les fragilisera psychiquement sans rien leur apporter et ils seront plus vulnérables pour faire face à la réalité de la vie. 

Combattre le déni de la réalité, c'est la meilleure des armes qu'on peut leur donner pour éviter les dégâts

Redéfinir les apprentissages du quotidien hors du champ scolaire 

Bruno Humbeeck explique ensuite que les parents doivent revoir nécessairement les apprentissages de développement de leur enfant. Après un traumatisme, il estime qu'il faut "concilier la quête de lien, à celle du sens et de la signification" : 

"L'enfant n'a pas seulement besoin du sens scolaire, il faut faire en sorte que toutes ses activités aient du sens pour lui et de la signification : qu'il s'occupe oui, mais qu'il s'occupe en faisant quelque chose qui aura du sens. C'est 'l'éducation implicite' : leur trouver quelque chose qui est de l'ordre de la continuité scolaire mais entrecoupée de divertissements en famille".

Attention à ne pas trop vouloir les rassurer non plus !

En effet, les parents peuvent d'un autre côté prendre tellement de précautions qu'ils en finissent par créer eux-mêmes un traumatisme qui n'était absolument pas présent dans la tête de l'enfant initialement. Bruno Humbeeck explique que l'enfant finit par se poser les questions qui ne sont pas les siennes, mais celles que le parent induit".

Hélène Romano appuie le psychopédagogue en estimant que "c'est aussi important que le parent reste détendu au maximum pour gérer sa propre angoisse. Si le contexte anxiogène est inévitable, moins vous ferez ressentir votre angoisse à votre enfant, moins il s'inquiètera". 

Des numéros pour vous aider

▶︎Le numéro "Allo enfance en danger" : 119 (et 119 119 pour les plus petits).

Aller plus loin

🎧 RÉÉCOUTER - Grand Bien vous Fasse - Les conséquences psychologiques du confinement chez les enfants

📖 LIRE - Bruno Humbeeck, "Pour en finir avec le harcèlement à l'école, au travail sur le Net" (éditions Odile Jacob)

📖 LIRE - Hélène Romano, "L'enfant face aux traumatismes" (éditions Dunod) 

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