Conséquence de la fast-fashion, nous consommons de plus en plus de vêtements… que nous portons de moins en moins. Cela n'est pas sans conséquences sur notre santé ou notre environnement car l’industrie textile est la plus polluante après le pétrole. Voici quelques conseils pratiques pour changer la donne.

Les catalogues printemps/été & automne/hiver ont laissé la place à une collection par mois, voire par semaine. Beaucoup de vêtements, vite et pas cher. Une équation simple - mais dévastatrice…
Les catalogues printemps/été & automne/hiver ont laissé la place à une collection par mois, voire par semaine. Beaucoup de vêtements, vite et pas cher. Une équation simple - mais dévastatrice… © Getty / Camelia Dobrin

Nous consommons aujourd'hui, en France, 150 milliards de pièces de vêtements par, soit 600 000 tonnes de vêtements. Pourtant 70 % de notre garde-robe reste au placard… Une surproduction qui n'est pas neutre, ni pour la planète, ni pour notre santé. 

Des vêtements dangereux pour la santé…

Au début du mois, l'Anses (l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) alertait dans un rapport sur la présence de substances sensibilisantes ou même cancérogènes dans les vêtements et les chaussures. Christophe Rousselle, chef de l'évaluation des risques liés aux substances chimiques à l'Anses, précise : "Il s'agit de colles, de colorants, de dérivés du chrome et du nickel  dans les boutons et les fermetures, sans compter _les substances pour faciliter le transport et la conservation_.

Ces substances chimiques potentiellement toxiques sont utilisées pour obtenir certaines qualités de tissus, pour certaines teintures, ou encore pour obtenir des effets infroissables ou imperméables ; elles peuvent entraîner des maladies diverses, allant des irritations cutanées, des allergies jusqu'à des troubles de la reproduction voire d'augmenter les risques de cancers.  Par exemple, le traitement "infroissable" est souvent à base de formaldéhyde, une substance classée comme cancérogène pour l'homme par l'Agence Internationale de recherche sur le cancer et liée à la dermatite de contact allergique.

Majdouline Sbai est l'auteur d'Une mode éthique est-elle possible ? ; interrogée au micro de Valère Corréard sur France Inter, elle rappelle :

70% des vêtements produits viennent d'Asie du sud-est où il n'y a pas de de réglementation, c'est-à-dire qu'ils autorisent des substances qui peuvent être interdites aujourd'hui en France comme des métaux lourds pour teindre les vêtements par exemple…

Il faut donc impérativement laver le linge neuf avant le porter. D'autant que c'est aussi plus hygiénique : les vêtements avant d'arriver dans vos tiroirs ont été manipulés par de nombreuse personnes, surtout lorsque ces derniers sont achetés en période de soldes !

… et dangereux pour l'environnement, aussi

Laver ses vêtements neufs avant de les porter est donc essentiel pour notre santé. Malheureusement, c'est aussi une menace pour notre environnement. Selon une étude de la fondation Ellen MacArthur, une demi-tonne de micro-fibres de plastique provenant de nos vêtements est relâchée dans les océans avec les lavages. Cela équivaut à plus de 50 milliards de bouteilles en plastique. Ces micro-fibres sont ensuite ingérées par la faune aquatique, et au bout du compte, finissent dans notre assiette.

Par ailleurs, l'industrie textile dépend pour l'essentiel de matières non-renouvelables (ce qui représente 98 millions de tonnes par an, tout de même) : 

  • du pétrole (pour produire les fibres synthétiques), 
  • d'engrais (pour faire pousser le coton) 
  • de produits chimiques (pour produire et teindre les fibres textiles). 

Chaque étape mise bout à bout (la production, le déplacement, puis la destruction du surplus par combustion ou enfouissement) génère 1,2 milliards de tonnes de gaz à effet de serre par an. Majdouline Sbai souligne au micro de Valère Corréard :

La mode émet plus de gaz à effet de serre que le trafic aérien et le trafic maritime. 

Autre problème : l'eau. La production de textiles, notamment la culture du coton, nécessite environ 93 milliards de mètres cubes d'eau par an. Pour produire un tee-shirt en coton, ce sont 2700 litres d'eau qui sont nécessaires ! Et 11 000 litres d'eau pour un jean.

Pour une mode plus éthique, que faire ?

1 - Allonger la durée de vie des vêtements, par exemple en s'habillant avec des vêtement de seconde main. D'autant que les produits néfastes y sont beaucoup moins présents que dans des vêtements neufs puisqu'ils ont déjà été lavés.

2 - Porter ce qu'on achète - 70 % de notre garde-robe reste au placard et toujours selon le rapport d'Ellen MacArthur, plus de la moitié des textiles produits par la fast-fashion sont jetés en moins d'un an. Chaque année, dans le monde, les consommateurs de mode jettent pour 460 milliards de dollars de vêtements qui pourraient encore être portés !

3 - Être attentif lors des prochains achats 

  • Quelle matière choisir ?

Le coton est à éviter, trop gourmand en pesticides et en eau. Le polyester vient du pétrole : à éviter aussi… Mais il est temps de redécouvrir des matières anciennes, qui ont un faible impact sur l'environnement : le lin, le chanvre, l'ortie, la laine… qui demandent peu d'eau et surtout pas ou peu de pesticides.

  • Avoir l'oeil sur les étiquettes des vêtements

Souvent, la composition des vêtements n'indique que le pourcentage des matières assemblées dans le tissu, pas les solvants ajoutés… Mais quand il n'y a pas de solvant, en revanche, les marques le mettent en avant : privilégiez donc les labels écologiques « sans solvants »

  • Attention aux propriétés trop belles pour être honnêtes

Attention aux allégations "anti-odeurs",  aux propriétés infroissables ou imperméables… Elles suppose souvent l'utilisation d'un solvant dangereux pour la santé.

4 - Recycler les vêtements usés ou dont vous ne voulez plus.

5 - Envisager, peut-être, une garde-robe plus minimaliste ? Par exemple en suivant la méthode 333 qui préconise de choisir 33 vêtements maximum et de n'utiliser que ça pour s'habiller, pendant trois mois.

Aller plus loin

LIRE | le rapport de Greenpeace sur la toxicité des vêtements (2012)

LIRE | l'étude de la fondation Ellen McArthur sur la toxicité des vêtements (150 pages, téléchargeable gratuitement, mais en anglais) (2017)

LIRE | Sur le site de l'association ASEF (Association Santé Environnement France), vous pouvez trouver la liste des principales substances trouvées dans les vêtements et leurs effets

ECOUTER | Chaque samedi, Valère Corréard invite des personnalités à proposer des idées concrètes pour un monde plus durable… Il abordait samedi dernier la question vestimentaire.

ECOUTER | Le monde du textile travaille de plus en plus sur des tissus issus de biodéchets ou de plantes considérées comme des mauvaises herbes. Enquête d'Hélène Chevallier

LIRE | l'enquête européenne (en anglais) sur les conséquences du formaldéhyde dans les textiles (2007)

A SUIVRE | Le Ministère de la Transition écologique et solidaire a rendu obligatoire l’enregistrement des substances chimiques pour les professionnels (projet Reach). 

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