Que dire à son enfant s'il est triste en cette période de sortie de confinement ? A partir de quel moment faut-il s’inquiéter ? Si on a beaucoup parlé de l’angoisse des parents de laisser leurs enfants retourner à l’école, on a peu entendu les plus jeunes qui ne vivent pas forcément très bien cette sortie de la maison.

Le confinement est une situation à risque et il faut s'attendre à des retentissements prévisibles sur le plan psychologique, même si, pour le moment, nous disposons de peu d'études sur le sujet en France.
Le confinement est une situation à risque et il faut s'attendre à des retentissements prévisibles sur le plan psychologique, même si, pour le moment, nous disposons de peu d'études sur le sujet en France. © Getty / alfpoint Images

Les réponses aux questions des auditeurs de France Inter sur l’angoisse des enfants avec Richard Delorme, pédopsychiatre, chef du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Robert-Debré dans l’émission Le virus au carré avec Mathieu Vidard et Bruno Duvic.

Mathieu Vidard : Pourquoi les enfants ont-ils été les grands oubliés de la crise sanitaire ? 

Richard Delorme : « Il y a eu chez les adultes, un comportement de repli. Ils ont eu peur et sont sortis faire leurs courses ou leur jogging, ou ont télétravaillé.

Il y a un moment où ils ont oublié qu'ils avaient des enfants. On a un peu laissé les petits derrière les écrans ou faire leurs devoirs en autonomie. Et on s’est peu occupé de leur état émotionnel. 

Les études sont très inquiétantes, puisqu’elles disent que, quel que soit l'âge entre 4 ans et 15 ans, un tiers des enfants sont anxieux, ou un peu déprimés. »

Bruno Duvic : Y a-t-il plus de risques psychologiques à rester chez soi qu’à aller à l’école ? 

Richard Delorme : Oui, on doit avoir une pensée qui permet de comparer les risques sanitaires hors Covid-19. En tant que parent, le plus important pour son enfant, c’est sa vie affective, et comment il vit cette période. » 

Amaury, 12 ans, jeune auditeur :

Je suis inquiet pour mon père qui travaille dans un magasin saisonnier. […] J’ai peur pour ma famille où il y a des insuffisants respiratoires. Je n’arrive pas à dormir, je pleure parfois, je n’arrive pas à me concentrer. J’ai peur d’une deuxième vague. J’ai peur d’avoir le coronavirus. 

Richard Delorme : « Il faut connaître les mesures barrières. Les enfants ne sont pas sortis pendant longtemps, il faut vite leur enseigner les mesures barrières pour démythifier le Covid. C’est certes une maladie dangereuse, mais avec les gestes barrières - se laver les mains et mettre un masque -, le danger est moindre.

Pour sortir de ces préoccupations anxiogènes, il faut avoir de nouvelles perspectives. Il y a certes l’école ouverte à 15 ou 20% des élèves. Mais il y a aussi tout le reste des activités. Je prône la réouverture des centres de loisir, que les enfants puissent jouer, ou faire du sport en respectant les distances. Pour leur équilibre, on doit prioriser l’activité sociale. » 

Bruno Duvic : Que répondre à l’inquiétude des enfants sur la situation économique des parents ? 

Richard Delorme : « Je crois qu'il faut pouvoir discuter avec l’enfant. Et mettre les choses en perspectives, expliquer que des aides existent… C'est important de le faire parce que sinon, l'enfant reste bloqué dans son univers à la maison. ll entend ces informations stressantes, et comme l’adulte, il s’inquiète. »

Bruno Duvic : Quels sont les signes qu’un enfant ne va pas bien ?  C'est un élément important à surveiller pour les parents en ce moment.

Richard Delorme : « Je suis étonné par les difficultés qu'ont les parents et même les enfants à repérer les symptômes de l’anxiété et de la dépression. Je crois que ce qu’il faut repérer ce sont les signes de changement. Si un enfant devient plus collant, ou plus caractériel, s’il ne veut plus sortir… C'est très variable d'un enfant à l'autre. Mais en tant que parent, on doit avoir un radar qui s'ouvre et repérer ce qui est différent. On est des spécialistes de son enfant, on le connaît par cœur. Et ces modifications doivent nous alerter. »

Bruno Duvic : Il y a aussi beaucoup d'enfants qui ont sans doute beaucoup aimé cette période à la maison, avec des parents, à vivre des moments familiaux privilégiés...

Richard Delorme : « Oui, c'est une réalité, mais dont il faut se méfier. Cela a été vrai au début, c'est une évidence. Beaucoup d'enfants ont été heureux de ne plus aller à l'école et de pouvoir jouer aux jeux vidéo plus longtemps. Mais je ne suis pas persuadé que ce soit la réalité de la fin du confinement.

Moi, je suis médecin dans un milieu aisé avec des enfants qui n'ont aucun trouble psychiatrique, des familles qui vont bien, dont les parents ne sont pas au chômage… On m'appelle pour me dire : « Mon enfant pleure », « Il est énervé », « Je n'arrive plus à l’habiller le matin. »

Au début, on était content. Mais maintenant, on est perdus. »

Bruno Duvic : Que dire d’une petite fille qui n’arrive plus à manger ? 

Richard Delorme : « C’est assez fréquent, c’est la manifestation d’un stress aigu. On a fait des fiches sur notre site pedopsydebre.org. On a mis plein de conseils pour réintroduire l’alimentation et aider les familles. Et les choses vont rentrer dans l'ordre quand on va réintroduire de la quotidienneté.

Je crois qu'il faut qu'on cesse d'attendre en se disant qu'on voudrait revenir à avant. On voudrait  être de nouveau libre sans nos masques. 

Mais il faut plutôt qu'on soit libre avec nos masques, avec nos gestes barrières. 

Pour cela, il faut remettre de la quotidienneté, il faut repartir à l'école, sortir de cette inquiétude majeure qui fait que chez l'enfant, les stress sont manifestes.

Il y a un tiers des enfants qui ne vont pas bien. C'est pour ça que je milite pour un retour de la vie sociale des enfants. 

Bruno Duvic: Que répondre au témoignage d’un petit garçon devenu beaucoup plus collant, et colérique ? 

Ces changements d'humeur sont des signes d’enfant déprimé. On s'oppose aux gens qu'on aime, parce qu’on a perdu ses repères… Je suis pédopsychiatre et pour moi, la dépression est tout aussi grave que d'autres maladies. C’est pourquoi, je le répète, il faut que les enfants puissent retourner à l’école pour pouvoir se retrouver ensemble dans le respect des gestes barrières. 

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