Montaigne évoquait la 'maladie des pierres' lorsqu'il parlait de la douleur qui accompagnait ses coliques néphrétiques. Dans le monde, une femme sur deux a déjà connu la cystite. Coup de projecteur sur les troubles urinaires qui peuvent rendre la vie difficile

Cystite, colique néphrétique, infection urinaire
Cystite, colique néphrétique, infection urinaire © Getty

Le rein, cet inconnu : cela pourrait être le sous-titre de l'émission Grand Bien Vous Fasse consacrée aux problèmes urinaires, parce que tout part de lui.

Au côté d'Ali Rebeihi pour nous éclairer : Corinne Isnard Bagnis, néphrologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière et professeur de néphrologie à Sorbonne Université, auteur de Miction impossible (ed Du Rocher) et François Desgrandchamps, chef du service d'urologie à l'Hôpital Saint-Louis

Les reins sont là pour assurer l'homéostasie du milieu intérieur.

Certes ! Mais encore ? "Pour faire simple, explique Corinne Isnard Bagnis, les reins permettent de maintenir à l'intérieur du corp un environnement stable, pour permettre à nos cellules de fonctionner normalement, même si nous, du coup, on fait ce qu'on veut. On est plus au chaud, plus au frais, on boit plus, on boit moins… Les reins s'adaptent." 

Tout au long de l'émission, ces deux spécialistes ont tordu le cou à quelques idées reçues.

Boire, oui, mais pas trop

Quelqu'un qui n'a pas de pathologie n'a pas à boire plus que sa soif.

L'un des grands messages que souhaite faire passer François Desgrandchamps est le suivant : "Quand vous avez des problèmes urinaires, prenez un verre gradué pour la cuisine et, pendant toute une journée, de 8 heures à 8 heures le lendemain, à chaque fois que vous urinez, notez l'heure et le volume. Et là, tout s'éclaire. 

Premièrement, le total. Beaucoup de gens, par la pression de la communication, croient qu'il faut boire beaucoup pour éliminer. Alors qu'un demi-litre suffit. Comme une vessie contient 250ml, si vous buvez 4 litres, vous allez uriner 10 à 12 fois par jour. Il n'y a aucune maladie derrière. C'est juste une habitude. 

En dehors de cas pathologiques, la soif suffit, sauf chez les personnes âgées qui perdent un peu la sensation de soif. Sinon, le corps est sensible à un verre d'eau : s'il manque 200 millilitres dans le corps, la soif arrive."

Un verre d'eau suffit à l'étancher.

Faire pipi en pleine conscience

Le corps s'habitue aux dysfonctionnements. "Depuis que je questionne beaucoup mes patients là-dessus, je découvre des trucs incroyables, reconnait Corinne Isnard Bagnis. Les gens qui se ne plaignent pas, parce qu'ils se sont habitués. Ça concerne tout le monde, mais c'est tabou."

Face à la cuvette des toilettes non plus, nous ne sommes pas égaux. La position du corps est essentielle.

  • Pour les femmes 

"Il faut s'asseoir correctement. Il faut descendre son pantalon. Il faut se détendre. Il faut être à ce qu'on fait, peut-être uriner en pleine conscience pour être sûre de bien vider sa vessie et de le faire correctement. "

  • Pour les hommes

"Les hommes urinent debout, c'est facile. Alors quand ils ont du mal pour uriner, comme par exemple, quand la prostate bloque un peu, on recommande de s'asseoir pour mieux se détendre, parce que les muscles du périnée dans lequel est le sphincter se contractent quand on n'est pas assis lourdement - donc on s'assoit lourdement. Et puis on attend. On pousse un peu avec le ventre." 

La cystite

800 000 épisodes annuels en France et 150 millions par an dans le monde. 15% des antibiotiques prescrits dans le monde le sont pour des infections urinaires. Une femme sur deux connaît dans sa vie une cystite. Voilà pour les chiffres. Mais une cystite c'est quoi ? 

Les explications de Corinne Isnard Bagnis : "C'est l'infection des urines de la vessie. Anatomiquement, chez la femme, l'urètre est relativement court et dans certaines situations, les germes qui sont sur le périnée de façon tout à fait normale et habituelle peuvent remonter à travers l'urètre dans la vessie et les urines peuvent s'infecter. Une des meilleures façons de prévenir les cystites, c'est simplement de vider sa vessie. C'est comme si on tirait la chasse à l'intérieur du corps. On vide les urines, ça lave l'urètre et ça évacue les bactéries."

Cependant :

Uriner après, avant ou pendant les rapports sexuels, ça ne sert à rien. 

François Desgrandchamps tord ainsi le cou à une idée fort répandue : "Il y a eu beaucoup d'études faites dans les universités américaines. Uriner après ne diminue pas le risque de cystite qui est lié simplement au coït parce que lors de la pénétration vaginale, l'urètre s'ouvre un petit peu et les sécrétions périnéale remontent. Donc, si vous urinez après, cela n'élimine pas le germe qui est déjà collé à la vessie." 

Autre idée reçue : la plupart des infections urinaires seraient liées aux habitudes et aux comportements. "C'est totalement faux, affirme le professeur, parmi les facteurs principaux, il y a les troubles du transit intestinal. La présence de germes (Escherichia Coli, toujours lui) sur le périnée est augmentée par la diarrhée, tout le monde le comprend, mais est augmentée beaucoup également par la constipation. La présence de selles dans le rectum fait elle aussi augmenter le nombre de germes sur le périnée. Ces germes sur le périnée vont, par contiguïté, contaminer le vagin, se loger dans le vagin, puis vont remonter dans la vessie. Soit, toujours, par contiguïté, soit suite à des rapports sexuels, comme expliqué plus haut. Mais donc il n'y a pas de problème d'habitude."

Une dernière : "La cystite n'est pas une maladie sexuellement transmissible affirme le professeur. C'est en fait une auto affection"

Les remèdes : La cystite se soigne généralement avec des antibiotiques. Corinne Isnard Bagnis regrette que "l'on prescrive des antibiotiques à large spectre, ce qui peut être un problème en terme de sensibilité là ou il faudrait essayer systématiquement de donner l'antibiotique à spectre restreint adapté à l'infection."

L'urologue souligne également qu'on ne sait pas aujourd'hui traiter la douleur qui accompagne bien souvent la cystite : "Des études montrent que si vous avez une cystite, vous pouvez attendre 24 heures et éventuellement ça passe. Parfois, le corps se guérit tout seul. Le problème, c'est la douleur. Et on n'a pas sur le marché de traitement qui fonctionne bien pour la douleur." 

L'hygiène des toilettes publique, de la responsabilité de tous

"Si on se dit qu'il faut pouvoir uriner quand c'est le moment, on doit pouvoir avoir des endroits où le faire en tout confort, s'agace Corinne Isnard Bagnis. Je trouve ça étonnant qu'on vive dans une société où on a tellement de confort et de luxe de certains côtés et qu'on ne soit pas capable, ou du moins qu'on ne mette pas en priorité - notamment dans les écoles, les universités, ou les hôpitaux - des endroits pour répondre à ce besoin essentiel dans de bonnes conditions. "

François Desgrandchamps en appelle au civisme : "Ça fait partie de l'éducation de chacun. Il faut laisser cet endroit aussi propre qu'on aimerait le trouver. Mais malheureusement, le Français n'est pas toujours très propre."

Les frénétiques coliques néphrétiques

Ça fait très, très, très mal

reconnait le docteur Corinne Isnard Bagnis. Ce mal qui a traversé les âges, on le sait aujourd'hui, est aussi lié à notre mode de vie et à notre alimentation : "Aujourd'hui, on a tendance à avoir beaucoup de maladies métaboliques qui augmentent considérablement le risque de calculs fabriqués à partir d'acide urique, qui souvent sont connectés et parfois peuvent faire découvrir un diabète. Donc, en fait, la manière dont on mange et surtout la manière dont on boit, évidemment, va avoir un impact important sur la fabrication des calculs. Ce qui est très différent, c'est aussi que à de l'époque de Montaigne, on n'avait pas exactement les mêmes moyens pour se débarrasser des cailloux. C'était une maladie mortelle."

De nombreuses croyances infondées et autres idées reçues entourent les coliques néphrétique. Petit florilège

"Par exemple, les gens arrêtent de manger du calcium. C'est stupide et ça n'a pas lieu d'être. C'est un diagnostic médical à partir de l'analyse des calculs, de la compréhension de la raison pour laquelle les calculs sont fabriqués. Et à ce moment-là, on travaille en général avec un diététicien ou une diététicienne pour adapter les apports alimentaires. Ce sont des cas très spécifiques."

Il ne faudrait plus manger de chocolat, d'oseille, d'abats... ? "Non. En général, souvent, ce qui est dangereux, c'est que ça peut masquer une vraie raison pathologique de faire des calculs qu'il faut trouver et qu'il faut prendre en charge. Il ne suffit pas d'arrêter de manger du calcium ou des abats ou de l'oseille. Si on fait des calculs, on a une chance sur deux de recommencer. Et indépendamment du travail des urologues avec lesquels on est vraiment en main dans la main sur ces sujets, c'est très important de comprendre pourquoi on a fait un calcul."

On mange trop et mal. C'est pour ça qu'on a des calculs.

Si on souffre de calcul, les deux spécialistes sont d'accord : "Là, il faut boire beaucoup. Les calculs dépendent de la concentration des sels minéraux qu'il y a dans les urines. Si vous multipliez par deux le volume d'urine, vous divisez par deux la concentration. Il n'y a plus de calcul."

Le mot de la fin reviendra au docteur Corinne Isnard Bagnis : "Il ne faut pas simplement boire beaucoup, il faut boire mieux. Il faut répartir les boissons. Et surtout, il faut boire le soir, dans ce cas-là. Il faut boire le soir et boire à chaque fois qu'on se lève pour faire pipi. Parce que la nuit, les urines sont beaucoup plus concentrées. Ça nécessite un accompagnement, il faut faire ça avec des professionnels. 

En résumé, lorsqu'on a déjà fait des coliques néphrétiques, il faut boire régulièrement, plusieurs fois par jour, au moins deux litres par jour et aller uriner, évidemment".

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