A l'heure où plusieurs mairies ont pris des mesures pour favoriser les mobilités douces après le confinement, une majorité d'habitants de grandes villes se disent favorables à une réduction de la place de la voiture, selon un sondage Ifop publié ce mardi. Mais les restrictions de stationnement ne font pas l'unanimité.

L'usage du vélo a fait un bond ces cinq dernières années selon l'enquête de l'Ifop.
L'usage du vélo a fait un bond ces cinq dernières années selon l'enquête de l'Ifop. © AFP / Thomas Samson

La crise sanitaire a chamboulé nos habitudes, y compris celles relatives aux transports. Après le confinement, de nombreuses villes ont pris des mesures pour favoriser les transports alternatifs à la voiture, comme des pistes cyclables en plus, parfois pérennisées. Selon un sondage Ifop, publié ce mardi, environ deux tiers des habitants des grandes villes se disent pour une réduction de la place de la voiture au profit des mobilités douces. 

Le sondage* dévoilé à l'occasion de la Journée mondiale sans voiture, est intitulé "Les mesures anti-voiture et la place de l’automobile dans les grandes villes à l’heure du COVID". Il a été produit pour le site Caroom.fr, un comparateur de mandataires auto.

Les citadins plus enclins aux restrictions de circulation

A la question : "Certains maires ont décidé de réduire énergiquement la place de l'automobile au profit d’autres modes de transports (ex : bus, vélo). Souhaiteriez-vous que votre municipalité adopte une telle mesure dans votre commune ?", 62% des habitants de villes de 100.000 habitants et plus se disent pour (c'est 49% sur l'ensemble des personnes sondées). 

L'Ifop s'est également penché sur le profil des personnes favorables aux restrictions de circulation, notamment leur proximité politique. 95% des sympathisants EELV partagent ce point de vue, c'est 75% du côté des sympathisants PS, 69% pour les proches de LREM, 63% pour ceux de LFI, 48% pour les sympathisants du RN et 38% pour LR. Les femmes et les jeunes sont plus représentés : 66% des femmes sondées sont favorables à la réduction de la place de la voiture, c'est 79% chez les 18 à 24 ans.

Plus de place pour les mobilités douces

Autre enseignement, la plupart des sondés se disent satisfaits de l'offre de transports en commun dans leur ville (55%). Mais ce n'est pas le cas pour tous les services. 61% sont mécontents en ce qui concerne les systèmes de véhicules en libre-service et 51% pour le nombre de pistes et de bandes cyclables. Dans les grandes villes, où l'offre est plus vaste, les usagers sont 55% à se dire satisfaits du nombre de pistes et bandes cyclables.

Et les citadins semblent justement plébisciter de plus en plus ce moyen de déplacement  : 15% déclarent se déplacer la plupart du temps à bicyclette pour aller au travail ou sur son lieu d'études, c'était 5% en 2015 ( 10 points indique l'Ifop). 17% indiquent se déplacer à pied (11% en 2015). L'usage de la voiture a perdu 15 points en cinq ans sur cette population. 29% se déplacent en voiture, camion ou fourgonnette au quotidien, contre 44% en 2015. "Transports publics trop chers, ou lieux de travail excentrés, ce sont principalement les ouvriers (52%) qui utilisent le plus leur voiture." indique le sondage.

La crise du Covid a pu accélérer ce report sur les mobilités douces. "Parmi les transports considérés comme les plus à risque, on trouve le train (68%), le bus (57%) et les deux-roues (46%), devant la marche à pied (31%), la voiture (15%) ou le vélo (14%)." résume le sondage.

Des conditions de circulation qui restent décriées

En revanche, même si les citadins sont enclins à plus de mesures anti-voiture, seulement 31% voient d'un bon œil l'offre de stationnement proposée dans leur commune. 74% se disent même défavorables à la diminution des places de stationnement dans la rue ou en sous-sol, et 54% défavorables au fait d'interdire la circulation dans le centre pour les véhicules diesel.

Plus globalement, les conditions de circulation génèrent plus de réactions négatives. 34% des automobilistes seulement se disent satisfaits, 39% des usagers des transports en commun et 35% des cyclistes.

L'explosion des "coronapistes" après le confinement

Beaucoup de grandes villes ont justement donné un coup d’accélérateur pour favoriser l'usage du vélo après le confinement, avec la création de "coronapistes" notamment à Bordeaux, Lyon, Marseille, Toulouse. D'autres villes, comme Besançon ou Saint-Etienne, ont en revanche déjà supprimé certaines d'entre elles.

A Paris, la maire Anne Hidalgo a annoncé le 16 septembre que les pistes cyclables créés après le confinement étaient pérennisées, soit 50 km d'axes habituellement réservés aux voitures, tout en continuant de plébisciter les mesures anti-voitures. Ainsi, elle a annoncé son souhait de d'abaisser la vitesse dans tout Paris à 30 km/h. La ville de Nantes a elle pris cette mesure dès la fin août. 

Selon le Monde, le nombre de passages enregistrés sur les pistes cyclables a ainsi grimpé de 67 % à Paris, entre la fin du confinement et la fin août, comparé à la même période en 2019. L’augmentation est de 26 % dans la métropole de Lille, de 24 % à Lyon, de 23 % à Dunkerque, indique le journal. Un succès qui peut également s'expliquer en partie par l'opération "coup de pouce vélo", un forfait de 50 euros pris en charge par l'Etat qui permet de faire réparer sa bicyclette. La mesure est officiellement prolongée jusqu'à la fin de l'année.

*Enquête réalisée auprès d’un échantillon de 1.017 personnes, représentatif de l’ensemble de la population vivant en France métropolitaine de 18 ans et plus, ainsi que d’un échantillon de 1.031 personnes, représentatif de la population vivant dans les villes de 100.000 habitants et plus, par questionnaire auto-administré en ligne du 14 au 16 septembre 2020.