Alors que trois à six millions de Français déménagent tous les ans, retour sur l’un des événements les plus stressants de nos existences avec Dr Marie-Claude Gavard, psychiatre et Claire Marin, écrivaine et philosophe. Elles étaient invitées chez Ali Rebeihi dans l’émission "Grand Bien vous fasse" consacrée au sujet.

Changer de maison un moment pas si anodin
Changer de maison un moment pas si anodin © Getty / Colin Anderson Productions pty ltd

Déménager, un moment délicat

Benjamin Franklin disait :

Trois déménagements équivalent à un incendie.

C’est dire le choc ! Déménager est un arrachement, comme « mourir un peu », et perdre une partie de soi, surtout s’il est contraint, que ce soit par les vicissitudes de l’existence, une séparation ou un licenciement. 

Comprendre ce qui se joue peut aider à faire de cette étape un moment moins angoissant. 

Des raisons du déménagement dépend la suite

Marie Claude Gavard : "Un déménagement, c’est une page qui se tourne. Souvent pour des raisons joyeuses : une nouvelle vie de couple, un mariage, l’arrivée d’un enfant. Si on change de maison suite à un deuil, un licenciement ou un divorce, au changement de maison s’ajoutent des sentiments difficiles souvent à gérer. Il faut en tenir compte."

Claire Marin : "Dans un déménagement, on est forcément confronté à notre mémoire, à notre passé, qui peut être douloureux. Dans le cas d’un deuil : la maison que l’on va quitter, habitée par la présence du disparu, change de ton, elle devient une maison hantée de souvenirs."

Comprendre ce qu’il se passe 

Claire Marin : 

Déménager, c’est investir autrement un autre lieu, de manière plus personnelle.

Le philosophe Gaston Bachelard dans La Poétique de l’Espace, dit que l'on recherche une maison natale, qu’on a toujours "espoir de se blottir, d’avoir la meilleure manière d’habiter". Changer de lieu de vie est une rupture. 

Les Français déménagent de plus en plus pour des raisons personnelles, professionnelles. Il y a aussi l’illusion qu’être nomade aurait quelque chose de léger, de joyeux… alors qu’être sédentaire serait être lourd, vieux etc. En réalité, cette instabilité des lieux personnels est dérangeante, déstabilisante. On a besoin de lieux qui fonctionnent comme des repères, des éléments stables.

Marie- Claude Gavard : "Le phénomène de l’ancrage se voit particulièrement dans les maisons secondaires familiales où les enfants retrouvent leurs amis à chaque été. Quand les parents ou grands-parents vendent la maison, c’est difficile et souvent vécu comme un deuil familial avec une impression de racines coupées."

Un moment pas anodin

Marie-Claude Gavard : "Déménager ne revient pas qu’à déplacer des objets. Dans notre tête, c’est une rupture avec ce qui s’est passé dans un lieu que l’on a investi que l’on va devoir quitter. Même quand la raison du déménagement est positive comme chez les néo-ruraux qui souhaitent passer à autre chose. Il y aura un moment d’adaptation à de nouveaux amis nécessaire, une réflexion à mener sur la réorganisation des sorties, un changement d’habitude avec les commerçants à effectuer."

Pendant un déménagement, s’attendre à un moment de remaniement

Marie-Claude Gavard : "Souvent à l’occasion de déménagements, on revisite son passé, les bons comme les moments difficiles. Cette période de tri ravive les souvenir. Si cette période de désencombrement matériel est trop mal vécue, si à chaque fois qu’on jette, c’est un traumatisme énorme, on peut parler d'un début de dépression."

Claire Marin : "Le tri, c’est une rupture. C’est souvent là que l’on voit que les objets sont très investis, qu’on l’on a on a du mal à s’en défaire."

Le déménagement n’a pas le même sens suivant les âges 

Marie-Claude Gavard : "À 20 ans, en changeant de maison, les portes de la liberté s’ouvrent : on s’approprie sa nouvelle vie alors qu’à 60 ans, à peu près l'âge de la retraite, c’est un chemin différent qui s’ouvre avec la responsabilité des enfants en moins. C’est le début d’un nouveau tête-à-tête en couple."

Déménager, quitter les témoins des grandes étapes de notre vie 

Alberto Heger :

Déménager ressemble surtout à un dé-tissage de fils psychiques, un dé-tricotage de liens.

Marie-Claude Gavard : "Heureusement il y a un retricotage ensuite ! On peut s’en souvenir quand on évoquera le passé avec tristesse. C’est encore plus difficile de se projeter positivement". 

Claire Marin : "On quitte ceux qui nous ont accompagnés, soutenus, ceux qui nous connaissent, ceux avec lesquelles les choses se font facilement. Habiter et habitude sont des termes proches. En changeant d’habitation, on doit changer ses habitudes. Or cette stabilité, cette confiance dans l’habitude, est précieuse. Quand on change de lieu, il faut rapidement recréer des habitudes de vie et des liens". 

Déménager peut être aussi une renaissance 

Claire Marin : "Parfois, arriver dans un lieu nouveau, neutre, peut être une forme de soulagement. On peut redémarrer à zéro, et se débarrasser d’un passé un peu lourd."

Aller plus loin

La docteure Marie-Claude Gavard, psychiatre, psychothérapeute, psychanalyste, est l'auteure de Mais qu'est-ce qui se passe dans ma tête ? 

Quand à la philosophe Claire Marin, elle est auteure de Rupture(s) 

🎧  ÉCOUTER | Le déménagement est-il synonyme de remue-ménage ?

📖 LIRE | Déménager solidaire et écolo

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