Chaque famille est confrontée un jour à des événements plus ou moins douloureux : disparition d’un proche, cancer, changement de lieu de vie ou la perte d’un doudou. Doit-on en parler aux bébés ? Faut-il tout leur dire ? Quand et comment aborder ces questions délicates ?

Lire un petit livre sur le deuil pour mieux en parler avec son tout petit
Lire un petit livre sur le deuil pour mieux en parler avec son tout petit © Getty / Kraig Scarbinsky DigitalVision

Marie-Noëlle Clément, psychiatre, Anne Lucas, infirmière puéricultrice et Bernadette Lavollay, pédiatre et formatrice dans les maternités ont évoqué ces questions dans l’émission d’Ali Rebeihi Grand bien vous fasse consacrée à la parole délivrée au moins de six ans. Elles ont délivré quelques précieux conseils.

La perte du Doudou : ne pas dramatiser

Marie-Noëlle Clément : "Le doudou, c’est la première possession du tout petit, qui n’est pas lui. C’est dans son prolongement, mais c’est déjà un objet extérieur. Il lui permet de passer de l’extrême proximité avec la mère vers l’ouverture au monde extérieur. Tous les enfants n’ont pas de doudou, mais ceux qui en ont, quand ils le perdent, c’est vraiment dramatique." 

Comment en parler ? 

Marie-Noëlle Clément : "D’abord, ne pas raconter de fable. C’est d'ailleurs valable dans plein de domaines. On est tenté dans des moments très émotionnels de faire des métaphores : « Ton doudou est parti en voyage », « Doudou va faire un tour, il va revenir »… Or les tout-petits prennent les mots au pied de la lettre, si on leur dit qu’il revient, ils vont l’attendre. 

Il vaut mieux rester dans les mots de la réalité : « on a perdu ton doudou ; on va essayer de le retrouver…  mais si on ne le retrouve pas ne t’inquiète pas nous sommes là pour t’aider à t’endormir ». Donc il faut penser à beaucoup le rassurer, et ne pas le culpabiliser si c’est lui qui a perdu sa peluche préférée : il aurait l’impression d’être l’artisan de son malheur, ce n’est pas utile."

Anne Lucas : "Dans ma pratique, j’ai remarqué que parfois les parents sont plus catastrophés que le petit. Des mamans sont effondrées comme si c’était elle qui l’avait perdu. Or les jeunes enfants ont la capacité d’accepter la perte, et de pouvoir faire autrement, sans, ce que Winnicott appelait « l’objet transitionnel »." 

Bernadette Lavollay : "C’est pour le bébé la première expérience de la perte. La vie va être faite de pertes multiples plus ou moins importantes. On peut acheter deux doudous, si besoin."

Le déménagement : impliquer même petit

Marie-Noëlle Clément : "Un déménagement c’est quelque chose qui va vraiment changer des choses dans le quotidien. Les bébés y sont très sensibles. 

  • On peut lire un petit livre sur le sujet. 
  • On peut faire participer le petit enfant à l’événement en lui faisant faire un carton dans lequel, il va pouvoir mettre un ou deux jouets dans l’idée de lui donner un rôle actif dans ce qu’il est en train de se préparer. 
  • Pour l’aider à s’habituer à l’idée de ce changement : la visite des lieux, ou si on en a, des photos. 
  • S’il change de crèche, d’assistante maternelle, on peut organiser un petit événement pour se dire au revoir et rester en lien dans sa tête." 

Parler de la mort : en parler sans métaphore

Céline, auteure du blog Maman du XXIe siècle, auditrice, témoigne : 

Au moment d'un décès dans ma famille, j’ai attendu pour leur annoncer un moment de calme où je sentais mes enfants plus réceptifs. Ce délai m’a permis de digérer un peu la nouvelle. Pour les aider à comprendre, je leur ai parlé de fleurs qui se fanaient sans leur donner de détails. J’ai attendu qu’ils posent des questions. Je suis restée factuelle en évoquant le cœur qui ne bat plus. J’ai pensé aussi à associer à un contexte : on meurt lorsqu’on est très vieux ou très gravement malade. Je leur ai montré que moi aussi j’étais très triste. 

Marie-Noëlle Clément : "Le décès dans une famille est un grand bouleversement émotionnel. Il faut en parler aux enfants sinon c’est comme s’ils regardaient un film en langue étrangère sans les sous-titres. Ils voient que les gens s’agitent ou pleurent, sans comprendre ce qu’il se passe. C’est donc très important d’en parler. 

On peut faire participer les enfants aux obsèques : ce choix de participer dépend des familles, mais c’est une étape du deuil. Si on laisse l’enfant chez l’assistante maternelle pendant qu’il se passe cet événement si important, c’est le mettre à l’écart de la famille. Et les obsèques permettent de réaliser que le parent décédé n’est plus." 

Auculter la mort pour protéger ses enfants ? 

Marie-Noëlle Clément : "La mort fait partie de la vie. On a plein d’occasions d'en parler au quotidien : le papillon de nuit que l’on retrouve sur la table au petit matin. Comme cela, quand il survient dans la famille, on a déjà des pistes.

Anne Lucas : Les enfants ont surtout des questions sur l’après : « mais où papy est parti ? » Les mots posés à ce moment-là sont importants. Plus tard on va pouvoir parler du disparu pour se rappeler des souvenirs, et faire de la mémoire."

Bernadette Lavollay : "La mort, c’est le problème de la séparation. Il faut la vivre en vérité sans tous les détails qui ne sont pas nécessaires de donner aux tout-petits." 

Inutiles métaphores

Marie-Noëlle Clément : "On pense souvent que dire : « il est mort », c’est trop dur à entendre pour un enfant. En réalité, l’enfant n’appréhende pas de la même façon que nous la portée de la mort. La question de la permanence, de l’irréversibilité c’est quelque chose à quoi il n’a pas encore accès quand il est tout petit. Donc d’une certaine façon dire les choses directement est moins choquant pour lui que pour nous.

Avec « Papy parti dans les étoiles » ou « mamie est partie habiter au ciel », comme les enfants prennent les mots au pied de la lettre jusqu’à six ou sept ans, dans le cas de "Papy parti rejoindre les étoiles", on a vu des enfants regarder le ciel pour chercher leur papy." 

Anne Lucas : "On peut s’appuyer sur l’entourage si on se sent démuni. On a des grands-parents, des oncles, des tantes… qui peuvent nous aider." 

Bernadette Lavollay : "Les mots permettent de faire la différence entre la présence corporelle et la pensée. Même si la personne n’est plus là, elle peut être dans la pensée, dans le cœur. Ils permettent d’accepter la séparation."

🎧  ECOUTER | Grand bien vous fasse sur comment s'adresser aux tout-petits

Avec : 

  • Marie-Noëlle Clément, psychiatre, psychothérapeute, auteure de : Comment te dire ? paru aux editions Pocket
  • Anne Lucas, infirmière, puéricultrice
  • Bernadette Lavollay, pédiatre et formatrice en périnatalité auprès des maternités, auteure de Les vrais besoins de votre bébé paru aux Editions Les arènes
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