À rebours de la morale et d’idées reçues, la philosophe Mériam Korichi, prône un usage raisonnable de "l’embellissement". Elle était, avec le comédien Bernard Le Coq, invitée sur le plateau de "Grand bien vous fasse", l’émission d’Ali Rebeihi. Extraits.

Est-ce mal de mentir ?
Est-ce mal de mentir ? © Getty / Peter Dazeley

Selon le Larousse : 

Le mensonge, c'est donner pour vrai ce que l'on sait être faux 

Au départ de sa réflexion sur la vérité, un petit mensonge véniel : la philosophe Meriam Korichi a seulement triché de deux ans sur son âge. Elle a culpabilisé, et a vu sa conscience se transformer en tribunal.   

Meriam Korichi : "Nous sommes imprégnés d'une rhétorique théologique et morale qui condamne le mensonge de façon absolue. Mais je me suis rendue compte en lisant les ouvrage de philosophes (de Kant à Saint-Augustin) que la pensée était très encadrée et qu'ils condamnent tous de manière catégorique le mensonge sans faire d’exception. 

Pour eux, mentir, c'est très grave. Que ce soit sur son âge ou pour un crime commis, c'est quasiment équivalent. Ce qui est très important pour un philosophe moral, c'est de regarder ce qui motive le mensonge. Et le mobile est foncièrement mauvais, quelque soit l'objet. Et c'est un problème ! 

Toutes les définitions élaborées, philosophiques, sérieuses du mensonge incriminent l’écart entre ce que l’on a dans la tête, ce que l’on sait (pour saint Augustin, ce serait plutôt ce que l'on a dans le cœur) et ce que l’on dit à l’extérieur. 

Autre problème : on ne connait pas vraiment la vérité. Or quand on ment on est potentiellement un accusé. Or tout le monde ment ! Il faut arrêter avec cela. Dire qu’on dit toujours la vérité est une défense. C’est une façon de maintenir à distance la personne qui vous accuse de mensonge. Accuser quelqu'un de mentir, c’est comme s'immiscer dans l’esprit de l’autre. La première réaction, instinctive, c'est de l'expulser et de s'en défendre ensuite mordicus. Mais souvent derrière dans ces histoires de "mensonges" : c'est l'intimité, le rapport avec l'autre que l’on interroge." 

Franchise et vérité

MK : "Vouloir la vérité à tout prix est compliqué. Souvent on confond vérité et sincérité. Ce qu’on appelle "vérité" peut se confondre avec "sincérité", l'absence de complaisance ou au contraire de la complaisance. Par exemple : quand une amie sous prétexte de sincérité vous balance que vous êtes mal habillé, quel est l’intérêt ? Souvent, sous couvert de vérité, on revendique une sincérité pour prendre le pouvoir sur la personne

Et surtout, c'estl'expression d'une pure opinion qui ne concerne que la personne. Et cela n'a rien à voir avec la vérité."

Accepter les (petits) mensonges

MK : "C'est une manière de ne pas acculer la personne à ne pas provoquer un sentiment de culpabilité chez la personne. C’est refuser ce débordement moral, cette tyrannie pour laisser la place à cette puissance que recèle la possibilité de raconter des histoires que les artistes, les comédiens, les faiseurs de films et de livres exploitent un maximum. Il y a beaucoup d'extravagance dans l'humanité et autant la connaître et en prendre toute la mesure. 

Autre avantage : plus besoin de se faire pardonner. Si quelqu’un a été blessé par un mensonge, en fait, c'est surtout le rapport entre les deux individus qui se répare. C'est tout à fait autre chose !"

En revanche, ne pas se mentir à soi-même

Bernard Le Coq, présent lui aussi sur le plateau de Grand bien vous fasse, a souligné que le mensonge doit être limité. Pour lui, le mensonge nécessaire existe, dans les cas de guerre par exemple, où quelqu'un se fait attraper par l'ennemi et ne doit pas dénoncer ses camarades. Là, la personne est bien obligée d'apprendre à mentir. "De manière générale, on peut raconter des salades à tout le monde, mais dans la mesure où cela n’a pas trop d'effets négatifs. 

Il existe de grands mensonges idéologiques qui ont effectivement donné dans l'Histoire des choses tout à fait épouvantables, mais pour les mensonges du quotidien, il faut se connaitre et ne pas se mentir à soi-même. Savoir à quel point vous avez tel ou tel défaut, tel et tel comportement qui est susceptible de blesser les autres. Il faut avoir un peu de lucidité sur soi-même… Mais ça peut prend du temps et même peut-être une vie de se connaître !"

🎧 ECOUTER | Est-ce forcément mal de mentir ? - Grand bien vous fasse

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