Alors que selon les chiffres de l'Insee publié en 2017, 11% des enfants vivent dans des familles élargies, pourquoi l'image du nouveau conjoint est souvent négative ? Comment faire pour que les beaux-parents trouvent leur place pour assurer l'autorité et le respect des règles communes ?

Comment faire en sorte que cela se passe bien ?
Comment faire en sorte que cela se passe bien ? © Getty / Westend61

Béatrice Copper Royer, psychologue, Catherine Sellenet, psychologue clinicienne et docteur en sociologie et Anne Chaplin, autrice d'un livre sur la famille recomposée, réunies autour d'Ali Rebeihi ont donné leurs conseils dans l'émission Grand bien vous fasse.

Ce qui se cache derrière « Belle-mère » et « Beau-père »

Catherine Sellenet : "C’est une difficulté dans la société à nommer les places. « Belle-mère », pour nous, c'est finalement deux personnes à la fois : la nouvelle compagne du père. Mais aussi la belle-mère dont on hérite lorsqu’on se marie. Toutes ces dénominations sont trompeuses. 

Belle-mère, d'ailleurs, voulait dire bonne, non pas belle."

Ces dénominations ont par ailleurs une mauvaise image forgée par les contes de fées et les romans. Qui ne se souvient pas de la "marâtre" de Cendrillon, figure de l'exploitation humaine ? 

Catherine Sellenet : "Je pense que tout notre imaginaire collectif a été nourri d'ailleurs de ces contes, que l'on pense à Cendrillon, à Blanche-Neige, d'où une très mauvaise image de la belle-mère. Mais aujourd’hui dans les livres jeunesse, elle a été totalement relookée. Elle est devenue une femme extrêmement sexy, par lequel le bonheur arrive, et qui, potentiellement, peut augmenter la taille de la fratrie."

Belle-mère ou beau-père : comment trouver sa place ?

Béatrice Copper Royer : "Je crois qu'il faut aussi qu'il y ait un dialogue en amont, très construit et constant, pour que chacun sache ce qu'il peut faire et notamment sur les règles familiales. Sur le plan du statut, le beau-père ou la belle-mère n’a pas son mot à dire dans l’éducation des enfants. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il n’a pas à se sentir responsable de l'enfant en tant qu'adulte, qu’il n’a pas à lui donner des indications ou des conseils sur son comportement et notamment sur des règles de vie familiales." 

Par ailleurs il est indispensable de soigner les transitions. Pour Catherine Sellenet : 

On a parfois l'impression que les couples ne sachant pas trop comment s'y prendre font cette présentation de l'autre, du nouveau beau-père ou de la nouvelle belle-mère autour de la table.

Or, il n'y a rien de plus symbolique, que de « faire famille » autour de la table. Ce n'est pas un moment qui va rester, qui va faire mémoire de façon très positive dans la tête des jeunes. Parce que c'est aussi autour de la table que se jouent tous les modèles éducatifs, par exemple toutes les transmissions de rites, et de rituels. 

Béatrice Copper Royer : "Présenter le nouveau compagnon, ou la nouvelle compagne autour d’une table, cela confronte d'emblée certains enfants à une représentation de la famille auquel ils n'étaient pas prêts.

Il vaut mieux y aller pas à pas. 

Il y a tout un apprivoisement à faire, un peu comme dans Le Petit Prince de Saint-Exupéry. Le message que passe le renard au Petit Prince sur cette espèce de proximité qui va se faire petit à petit, mais pas d'un seul coup."

Pourquoi la place du beau-parent peut être problématique ? 

Dans un « foyer traditionnel », les liens du sang empêchent la remise en question de la place des membres de la tribu. Dans une famille recomposée, les places sont inventées et les remises en question sont possibles.

Catherine Sellenet : "Dans la famille recomposée, les places sont toujours à négocier. Nous avons été surprises de voir l'émergence du terme "pluriparentalité" qui prône finalement l'émergence de figures parentales additionnelles qui s'entendent bien. Dans la réalité, ce n'est pas aussi évident et nous avons eu plus souvent l'impression qu'il y avait une matrice, et que globalement, les mères restent en position très dominante. Et finalement, il y a pour la belle-mère, une difficulté à prendre place dans cette configuration.

Béatrice Copper Royer : "Il y a aussi que les enfants ont très, très longtemps dans leur tête l'espoir que leurs parents s'en remettent ensemble. Donc, quand le père ou la mère se remet en couple avec quelqu'un, c'est une épreuve de réalité qui le contraint à penser la rupture. Donc, évidemment, ce beau-père ou cette belle-mère est d'abord vu quand même avec une certaine défiance."

Famille recomposée : le respect mutuel nécessaire, pas l'amour

Béatrice Copper Royer : "Non, parce que ça ne va pas de soi. Et d'ailleurs, l'enfant non plus n'est pas mis en demeure d'aimer le beau-parent. Moi, je dis toujours qu'il faut faire une très, très grande différence. Il n'y a pas d'obligation d'amour, mais il y a une obligation de respect. Quand on vit ensemble, on se respecte, mais on n'est pas obligé de s'aimer. Et l'amour est bien en surcroît. 

Catherine Sellenet

L'envie, c'est d'abord de recomposer un couple, ce n'est pas forcément d'aimer les enfants de l'autre.

Exemple avec le cas concret d'une belle fille adolescente qui refuse de parler à la nouvelle compagne de son père.

Béatrice Copper Royer : "13 ans, c'est un très mauvais âge, parce qu'effectivement, elle est en rivalité avec cette femme, mais elle la prend aussi pour cible de son opposition adolescente à sa mère. C'est beaucoup plus facile de s'attaquer à la belle-mère qu'à sa mère qu'elle préserve. 

L’entente va dépendre de l'attitude psychique de sa mère : comment est-ce qu’elle vit la recomposition familiale de son ex-mari ? 

Si la situation est tendue, que l’enfant fait preuve d’agressivité, il faut que le père, à ce moment-là, défende, sa compagne, qu'il monte au créneau et qu'il pose des limites à cette adolescente. 

Il doit justement pointer une très grande différence entre l'obligation d'amour et l'obligation de respect. Quand on vit ensemble, on se dit bonjour et merci. Ce n'est pas une contrainte insurmontable." 

Et la psychanalyste Catherine Audibert parle de complexe de la marâtre. Pour elle, la marâtre a besoin de l'autorisation du père pour créer des liens avec les enfants. Le père permet qu'une porte s'ouvre entre sa compagne et ses enfants.

Les grands-parents comme recours précieux

Béatrice Copper Royer : "Les enfants parlent souvent de leurs grands-parents lors des séparation. Ils ont besoin justement d'un lieu où ils peuvent penser à autre chose et dire ce qu'ils veulent, sans avoir le sentiment que leur parole va être utilisée, récupérée, dans un conflit entre leur parents."

Avec : 

  • Béatrice Copper Royer, psychologue, autrice de Et la famille recomposée ? ed.Solar 
  • Catherine Sellenet, professeur en sciences de l'éducation, psychologue clinicienne et docteur en sociologie, et autrice de L’enfant de l’autre ed.Max milo
  • Tel : Anne Chaplin, autrice de Famille recomposée, l’envers du décors ed. Librinova
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