Il est sur la table des apéros de France et de Navarre depuis quelques années : le houmous. Cette recette à base de pois chiches a su séduire un public large mais le connaissez-vous vraiment ? Zazie Tavitian vous emmène sur ses traces, dans un nouveau voyage gustatif et, exceptionnellement, géopolitique.

Bol de houmous accompagné de citron et de persil. Ce plat délicieux cache des enjeux géopolitiques insoupçonnables.
Bol de houmous accompagné de citron et de persil. Ce plat délicieux cache des enjeux géopolitiques insoupçonnables. © AFP / Diana Miller

La cuisine est un voyage… Et celui-ci est une bonne raison de partir au Proche-Orient, et vous l’entendez, je reste assez vague sur le lieu de destination car je vais vous parler du houmous. Et il n’est pas facile de savoir où le houmous est né.

Le houmous, définition

Première chose, il faut savoir le nommer. Houmous se prononce _ROU_mous, car en hébreu comme en arabe, le "h" se prononce "r". Le houmous est une préparation à base de pois chiche réduite en purée avec du citron, de l’huile d’olive et du "tahiné" (une purée de sésame).

J’ai voyagé en Israël, où on en consomme beaucoup. Des chaînes de restauration se sont spécialement dédiées à ça. Là-bas, en général, les gens le consomment pour le déjeuner. C’est un vrai plat que l’on mange avec une pita bien chaude. Contrairement à la France, il n'est pas consommé à l’apéro.

D'où vient le houmous ?

Et bien je me garderais bien de vous le dire car huit pays en revendiquent la paternité et je ne veut pas me fâcher avec les Libanais, les  Israéliens, les Palestiniens, les Grecs, les Turcs, les Arméniens, les Syriens, les Jordaniens et les Égyptiens. 

Ce que l’on sait, en revanche, c’est que les premières traces écrites parlant de pois chiche dans des préparations culinaires remontent à la Mésopotamie du VIIIe siècle avant Jésus-Christ. Le pois chiche était alors cultivé dans le Croissant fertile pour être mangé. Le houmous comme nous le connaissons maintenant - c’est à dire le pois chiche cuisiné avec du sésame - daterait lui du XVe siècle où le mélange serait apparu dans différentes régions de l’Empire Ottoman.

Aujourd’hui, plusieurs pays disent que le houmous serait né chez eux et on parle même de façon récurrente dans la presse de "guerre du houmous" !

La guerre du houmous

Symboliquement, c’est bien plus qu’une simple purée de pois chiche. En 2015, Akram Belkaïd, journaliste, l’expliquait très bien dans un article publié dans le Monde Diplomatique et intitulé "La Guerre du houmous". S’approprier la paternité du houmous pour les Israéliens, c’est aussi une façon de s’ancrer dans la terre proche orientale, et donc légitimer leur présence

Ce produit, parce qu’il est de plus en plus en vogue dans le monde, est aussi une manne financière pour les pays qui l’exportent. Aux États-Unis, le houmous représente un milliard de dollars de chiffre d’affaire par an.  Donc le fait d’être reconnu pour le Liban ou Israël comme LE pays créateur du houmous, ça peut avoir aussi un intérêt financier…

Le houmous, c'est encore meilleur quand on le fait

Depuis un an, on constate que le houmous est vraiment très en vogue en France. A Paris, plusieurs « bars à houmous » (donc des endroits entièrement dédiés aux houmous) ont vu le jour l’année dernière. Et depuis plusieurs années, vous en trouvez dans les rayons des supermarchés.

Sinon, il y a une bonne solution pour manger un bon houmous, c’est le préparer chez soi. C’est vraiment très simple, il vous faut juste des pois chiche, du tahiné, du citron, de l’huile d’olive, du cumin et du persil.

Ma recette consiste à prendre des pois chiches secs, pas en boîte, et de les laisser dans de l’eau une nuit. Le lendemain vous les faites cuire une quarantaine de minutes. Vous les mixez avec un peu d’eau de cuisson, du tahiné, un demi jus de citron, du sel un peu de cumin. Ensuite, vous ajustez la consistance avec le reste de jus de cuisson et enfin vous le saupoudrez de cumin et persil. Il ne reste plus qu'à le déguster.

Et pendant que vous le mangez, je recommande également aux internautes un très bon documentaire de Trevor Graham qui s’appelle Make Humus not war, (Faîtes du houmous, pas la guerre). Le documentariste part sur les pistes du houmous en interviewant des Israéliens, des Palestiniens et des Libanais C’est vraiment de la géopolitique par l’assiette et en plus ça donne faim. 

Une dernière chose que l’on aura pu remarquer durant tous ce mois d'août, c’est que pour ceux qui n’ont pas les moyens  où l’opportunité de voyager il y a toujours moyen de voyager par l’assiette et c’est déjà une petite satisfaction, et en plus c’est plus écologique.

Articles liés
Vie quotidienne
Stroncatura, alici et pain
19 septembre 2018
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.