Alain Baraton, jardinier en chef du Domaine national de Trianon et du Grand parc de Versailles et chroniqueur sur notre antenne, était l'invité de l'émission "Boomerang" d'Augustin Trapenard. Pour sa carte blanche, il a plaidé pour une panthéonisation d'un jardinier qui, sous la Révolution, a fait épargner le Château.

Le jardinier Antoine Richard a permis d'épargner de la Révolution le Chateau de Versailles
Le jardinier Antoine Richard a permis d'épargner de la Révolution le Chateau de Versailles © Getty / Education Images/Universal Images Group

Alain Baraton : "Personne ne connaît cet homme, et c'est terrible ! J'ai suivi avec intérêt l'entrée au Panthéon de Maurice Genevoix le 11 novembre dernier, et j'ai appris à cette occasion qu'il reste encore dans ce temple près de 300 places ! 

J'ai aussi consulté la liste de ceux qui y reposent. Ils sont 80, 75 hommes et seulement 5 femmes. A ce propos, je ne comprends toujours pas pourquoi Louise Michel est absente de ce monument parisien. 

Je ne comprends pas non plus pourquoi il n'y a aucun jardinier !

J'ai vérifié. Il y a des militaires, des scientifiques, des philosophes, des résistants, des politiciens, quelques ecclésiastiques et un seul artiste : Joseph Marie Vian, un peintre mort en 1809, qui n'est connu de personne. De par les places vacantes, il n'est pas exclu, allez savoir, que la Patrie reconnaissante accueille demain sous sa voûte Rimbaud et Verlaine. Certains s'y emploient. 

En 2017, ici même sur cette antenne. J'avais suggéré la panthéonisation d'André Le Nôtre, le seul jardinier à jouir dans le monde entier d'une incroyable renommée. J'avais terminé mon propos en précisant que cet homme n'avait pris aucune décision contraire à l'intérêt général et qu'il nous avait légué des jardins où il fait bon se détendre, se reposer et méditer.

À ce titre, je clamais haut et fort qu'il méritait le Panthéon. Ma voix, Augustin, apparemment, porte peu. Il n'y a toujours pas de jardinier dans ce temple dédié aux gloires de la Nation. Je persiste et je signe. C'est injuste !

Si André Le Nôtre n'a pas mobilisé les foules, peut-être qu'Antoine Richard y parviendra ?

Il est, pour l'immense majorité des Français, un inconnu et c'est regrettable. Antoine Richard est le jardinier de la reine Marie-Antoinette à Versailles, en 1793, au plus fort de la Révolution. 

La Convention décide de morceler le domaine pour le vendre aux enchères. Si le projet aboutit, c'est la mort du jardin. Antoine Richard ne l'accepte pas.

Il en faut du courage en ce temps-là pour contester un ordre du pouvoir. Antoine a alors une idée : il plante dans les massifs des plantes, des pommes de terre et dans le parc, des pommiers. Puis il déclare solennellement que Versailles est devenu source d'alimentation pour le peuple ! Grâce au jardinier de Marie-Antoinette, le château et ses jardins sont épargnés. Antoine Richard, le sauveur de Versailles, c'est une évidence, mérite d'entrer au Panthéon !" 

Aller plus loin 

  • Qui était Antoine Richard ? 
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Antoine Richard (24 octobre 1735 – 28 janvier 1807), élève de Bernard de Jussieu, était le fils de Claude Richard, botaniste et jardinier de Versailles. Il devient l'adjoint de son père en 1773. Lorsque Marie-Antoinette transforme le jardin potager en jardin anglais, les collections sont transférées au Jardin du Roi, à Paris par Claude et Antoine Richard. En 1782, à la mort de son père Antoine devient le jardinier de la reine. Grâce à cette famille, le jardin botanique devient un lieu où sont réunies des plantes rares ou utiles recueillies à l'étranger. Antoine, Claude, ou Louis, son cousin, participent à  diverses expéditions scientifiques. Ils voyagent en Afrique et au Mexique, aux Baléares et en Asie Mineure. Ils herborisent en Écosse, en Irlande et en Hollande. De Cayenne, ils rapportent de la vanille et un curieux petit haricot rouge et doux.

Ses travaux sur le site de la BNF 

  • En savoir plus sur Alain Baraton 

Jardinier en chef du Domaine national de Trianon et du Grand parc du château de Versailles depuis 1982, Alain Baraton est également responsable du Domaine national de Marly-le-Roi depuis 2009. Chroniqueur sur France Inter depuis 2003 et sur France 5 depuis 2013, il a écrit de nombreux livres sur le jardinage, les plantes et Versailles.