Qu’il naisse à la maison ou à la maternité, l’enfant ne se souviendra peut-être de rien, mais pour les parents, l’intensité de l’expérience rend le moment inoubliable. Pourquoi choisir d’accoucher chez soi ? Qu’est-ce que cela change ? Comment cela se prépare-t-il ? Quels sont les risques ?

Accoucher à la maison ou pas ? Des spécialistes en débattent
Accoucher à la maison ou pas ? Des spécialistes en débattent © Getty / Westend61

Floriane Stauffer-Obrecht, coprésidente de l'Apaad (Association Professionnelle de l’Accouchement Accompagné à Domicile), Julie Nouvion, co-Présidente de la Maison de naissance CalM, à Paris et auteure de Naître au calme, à la découverte des maisons de naissance, Alexandra Benachi, vice Présidente du CNGOF (Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français) et Benoît Le Goëdec, sage-femme, auteur de Papa débutant (ed First) ont débattu dans l’émission Grand bien vous fasse de Thomas Chauvineau.

Un accouchement moins interventionniste

Comment se déroule un accouchement à domicile ? Si 99% des naissances ont lieu à l’hôpital, comment se déroule le 1% restant ? Floriane Stoffer Obrecht explique : "Quand une femme commence le travail de l’accouchement, elle appelle sa sage-femme qui la rejoint. Souvent cette dernière laisse faire le processus.

Les interventions sont rares car ces accouchements n’ont lieu qu’avec des femmes à bas risque, des parturientes en bonne santé, dont la grossesse est normale, avec un bébé qui se porte bien. 

Et d'autre part, les sages-femmes qui pratiquent ces accouchements à domicile ont développé des techniques. Elles leur permettent d’exercer une surveillance du travail non invasive. Un exemple ? Parmi les femmes qui accouchent chez elles, un tiers n'aura pas besoin de toucher vaginal pour que la sage-femme évalue l'avancée du travail."

Un choix qui s’inscrit dans un projet et fait la place au père

Julie Nouvion témoigne : "Je souhaitais un accouchement physiologique, un accouchement dans lequel on laisserait mon corps faire le travail. J'avais déjà un premier enfant qui était né en maternité, tout s'était très bien passé. Et j'avais envie d'un cran au-dessus dans la personnalisation de ce moment. 

Je voulais bénéficier de l'accompagnement global qui est une spécificité de l'accouchement extra-hospitalier, à domicile ou en maison de naissance. La sage-femme suit la femme enceinte et le couple pendant toute la grossesse jusqu'à l'accouchement et au post-partum. Cela permet de construire une relation de soins entre eux. 

La soignante est vraiment en confiance le jour de l'accouchement, dans un moment particulier, intime, et de grande vulnérabilité. Et avoir face à soi quelqu'un que l’on connaît fait toute la différence. 

Benoît Le Goëdec abonde en ce sens : « Le partenaire, le conjoint… Tout ce qui peut majorer la sécurité affective est bienvenu. Plus la femme est sécurisée, plus il y a d'amour, moins il y a de peur, et plus la neurophysiologie va permette un déroulement le plus naturel possible. Et plus c’est naturel, plus cela prend sens, et plus on peut laisser faire. 

Accoucher à la maison, quand ce n'est pas un projet qui fait sens mais quand c'est contre quelque chose, je ne crois pas que ce soit la bonne solution." 

Témoignage de Charline, auditrice : 

"Je sentais ta tête sortir, puis tout ton corps qui suit. Rapidement, je te vois glisser sur les serviettes disposées entre mes jambes. Je t’observe. Je crois que je ne réalise pas tout de suite que tu es là. Quelques secondes plus tard, je te prends dans mes bras. Ton papa pleure, je suis heureuse, tu es là, nous découvrons ton petit secret. Nous avons un fils ! "

Benoît Le Goëdec : "Ces accouchements à la maison nous mettent au cœur de l'humanité tout entière. Il y une émotion assez extraordinaire. Le lieu prend vraiment une autre couleur avec ce premier cri."

Mais un choix pas sans risque

Alexandra Benachi précise : "Je pense que chacun fait ce qu'il veut et qu’il ne faut pas obliger les patientes à accoucher dans des maternités. Il faut, en revanche, qu'elles soient parfaitement informées des risques. Et malheureusement, accoucher à domicile ou dans une structure non médicalisée en comporte. Si la patiente l'accepte, c'est son choix.

Mais il faut lui dire qu'elle risque, dans 20% des cas, d'être transférée en urgence dans une structure médicalisée, qu'elle risque de perdre son bébé s'il n'y a pas de pédiatre sur place.

Une fois informées, si les femmes font ce choix, cela les regarde. Mais ne me demandez pas de cautionner ce genre d'accouchement. 

La seule étude que nous ayons est le rapport d'étude de la qualité des soins prodigués en maison de naissance en France qui est paru en novembre 2019 portent sur l’étude de 650 patientes. Lorsque l'on fait une étude pour évaluer les risques, si les risques sont très faibles, il faut beaucoup plus de patientes pour réussir à démontrer une différence de risque entre l'accouchement à domicile et l'accouchement à l'hôpital. Malheureusement, cette étude ne permet pas de conclure sur les risques à accoucher à domicile. 

Ce que je retiens de cette étude, c'est que 22 % des patientes ont été transférées, dont 13% en urgence. C’est assez révélateur du problème de l'accouchement dans ces structures."

Floriane Steifer Obrecht pense qu'il faut prendre ces chiffres avec prudence : "Il y a vraiment une méprise dans les propos du médecin : 13% de transferts pendant le travail ne veut pas dire 13% de transferts en urgence. Selon les chiffres des sages-femmes françaises sur la période 2018/2019, si 13% de transferts ont lieu pendant le travail, moins de 1% l’était en urgence. Par exemple, en 2019, sur plus de 1000 femmes qui ont accouché chez elle, seulement quatre ont nécessité l’intervention du Samu. Donc, c'est quand même loin des 20% de transferts en urgence annoncés ! Il ne faut pas confondre le fait qu'on transfère des femmes, pendant le travail, par prévention, et parce qu'elles sont accompagnées par des professionnels rigoureux qui vont dépister le moindre problème et envoyer la femme à l'hôpital dès que nécessaire et la vraie urgence qui nécessite des soins immédiats."

Benoît Le Godec veut également nuancer : "Il faut aussi informer les futures mamans sur les risques d'un accouchement à l'hôpital, parce qu'ils existent. Ce ne sont pas les mêmes, parce que le plateau technique est là. Mais il y en a d'autres : celui d'avoir un accouchement plus médicalisé et de ne pas pouvoir tenir son projet d'accouchement. Et puis, on le voit avec l'émergence des violences sexistes en gynécologie. Elles sont majoritairement issues des lits hospitaliers."

Alexandra Benachi maintient : "Quand on accouche dans une maison de naissance, n'en déplaise aux personnes qui sont avec moi à l'antenne, c'est bien 22% des femmes qui sont transférées. Ce qui veut dire qu'une grande partie des femmes qui vont choisir d'accoucher dans une maison de naissance, ou chez elles, vont être transférées. Pourquoi ? Parce que la sécurité est quand même à l'hôpital. 

Et puis tout n'est pas médicalisé à l'hôpital. Quand cela se passe bien, le père a toute sa place. Si on veut mettre de la musique, on peut. Et sur le port du masque : n'oublions pas que l'infection a tué les femmes pendant des milliers d'années avant qu'on le mette !

La différence entre l'accouchement à l'hôpital et à la maison réside dans les moyens. À la maison, il y a une sage-femme, voire deux ! C'est vrai que dans les grosses structures, on manque de personnel. 

Sur les 489 maternités françaises, il y en a à peu près 50 qui ont un déficit de personnel. 

Le mieux serait de donner plus de moyens à l'hôpital et nommer plus de sages-femmes pour pouvoir faire des accouchements physiologiques en toute sécurité dans des structures hospitalières, plutôt que de faire des choses alternatives, peut-être plus dangereuses."

ÉCOUTER | L'émission Grand bien vous fasse, Naître à la maison.

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