Stations vides, vélos abîmés ou inutilisables, etc. Tous les utilisateurs de Vélib, les vélos en libre-service à Paris, ont constaté la dégradation du service, depuis le début de la grève dans les transports. Voici cinq chiffres pour comprendre.

Pendant la grève l’opérateur Smovengo peine à remplir les stations de Velib malgré un renforcement de ses équipes sur le terrain
Pendant la grève l’opérateur Smovengo peine à remplir les stations de Velib malgré un renforcement de ses équipes sur le terrain © Radio France / Isabelle Piroux

Il suffit de se balader dans les rues de la capitale pour le constater. Le service Vélib’ Métropole est dégradé et même bien au-delà. Difficile de trouver du premier coup un vélo en bon état (avec ou sans assistance électrique). Un coup les freins, un coup la chaîne, un coup le pneu ou bien impossible de débuter la location : il y a toujours quelque chose qui ne va pas. 

Cela vaut ce que ça vaut, mais nous avons fait notre propre test, près de la Maison de la radio. Sur chacune des trois grosses stations situées à proximité, en période creuse de la journée, il nous a fallu essayer au moins quatre vélos à chaque fois - sur les 10 à 15 bicyclettes présentes - avant d’en trouver un en état de fonctionner et de rouler plus de 100 mètres. 

Alors concrètement, comment le service, mis en place dans la douleur par Smovengo depuis deux ans, a-t-il résisté (ou non) à la grève ? Si l’entreprise se vante d’être “le seul service public de transport à avoir fonctionné” pendant la grève (depuis le 5 décembre 2019), le parc de bicyclettes n’en est pas moins en très mauvais état. Voici cinq chiffres ou données clé qui peuvent expliquer cette détérioration. 

Les vélos utilisés trois fois plus que d’habitude

Premier constat est presque évident : les vélos ont été utilisés bien plus que d’habitude. Les transports en commun fermés, les rues de Paris embouteillées, les Vélib ont en effet représenté une réelle alternative pour les parisiens. Au total, alors qu’un vélo roule en moyenne 15 km par jour en temps normal, les services de Smovengo ont calculé qu’ils avaient parcourus environ 50 km quotidiennement, pendant la grève.

Ils soulignent que près de 5,2 millions de courses ont été effectuées pour, globalement, plus de 15,8 millions de kilomètres parcourus depuis le 5 décembre. 

Des trajets 50% plus longs

Autre usage inhabituel pour les vélos de Vélib Métropole : la durée des courses. Selon les chiffres fournis par Smovengo, les trajets ont été rallongés de plus d’un kilomètre. De 2,3 km en moyenne par trajet, les vélos ont été utilisés pour des courses de 3,5 km en moyenne

Tout le monde s’est tourné vers Vélib et il y a eu une multiplication des usages et de la durée des usages, face à laquelle nous avons dû nous réorganiser”, confirme Jacques Greiveldinger, directeur général de Smovengo. 

À peine deux vélos sur trois disponibles

Conséquences de la grève et de l’usage intensif des vélos : les dégradations. Les classiques provoquées par l’usage intensif du vélo ou bien les plus originales entraînées par l’abandon des vélos déjà abîmés ou les chocs. L’une des solutions pour éviter d’avoir trop de vélos à réparer a été, selon Smovengo, de retirer de la circulation un certain nombre de vélos au bout d'une utilisation plus courte que d'habitude. 

Nous avons pris la décision, conjointement avec le syndicat [à l’origine de la délégation de service public, NDLR] de baisser le nombre de vélos sur le terrain pour maintenir entre 10 et 11 000 vélos, parce qu’avec cet usage intensif on savait qu’on ne pourrait maintenir une quantité suffisante” détaille Jacques Greiveldinger. Question de sécurité aussi, car un vélo abîmé est un vélo dangereux. 

Le patron de Smovengo assure qu’il y a donc actuellement toujours environ 10 à 11 000 vélos disponibles et concède que ce chiffre a pu parfois passer sous cette barre symbolique selon les jours et les moments. Avant la grève, 16 000 vélos étaient en service sur 19 000 au total. 

Selon le site velib.philibert.info, qui collecte et analyse les données de Vélib Métropole, il y en avait par exemple jeudi 23 janvier à 18h environ 8600 en stationnement, sans compter donc ceux en cours de location. La courbe fournie par le site permet par ailleurs d’observer clairement la chute du nombre de vélos disponibles depuis le 5 décembre, date du début de la grève. 

Nombre de Vélib électriques ou mécaniques en circulation selon le site velib.philibert.info.
Nombre de Vélib électriques ou mécaniques en circulation selon le site velib.philibert.info. / Capture d'écran

Entre 8000 et 9000 vélos à réparer

Au total, l'exploitant explique avoir, dans ses ateliers, entre 8000 et 9000 vélos à réparer ou en cours de réparation. “Nous réparons autour de 500 vélos par jour et nous allons mettre les bouchées doubles pour les réparer au plus vite et apporter le meilleur service aux Franciliens”, assure Jacques Greiveldinger. 

L’entreprise a été confrontée à plusieurs difficultés : le nombre, d’un coup, très important de vélos à réparer ; les bouchons qui coinçaient les équipes de maintenance lors de leurs déplacements dans Paris ; et la difficulté pour les agents eux-même de se déplacer jusqu’à l’atelier. “Notre stratégie a été de maximiser les réparations au plus vite sur le terrain”, assure M. Greiveldinger qui doit par ailleurs revoir l'objectif de 19 000 vélos en circulation fin janvier qui lui était fixé par le syndicat Vélib' Métropole. 

Cet usage intensif réduit aussi la “durée de vie” du vélo entre deux réparation. Lorsqu’elle est d’un peu plus d’un mois en temps normal, un vélo ne passe pas plus de deux semaines sur le terrain avant d’être bloqué ou retiré du circuit. 

12 000 pneus réparés depuis le début de la grève

Pour avoir une idée du surcroît de problèmes liés à la grève, il sufit d'examiner l'évolution du nombre des crevaisons de Velib': les ateliers Vélib ont eu à réparer 12 000 pneus crevés depuis le 5 décembre. En temps normal, ils n’auraient dû en réparer que 3 000. 

Contactés à ce propos par France Inter, d’anciens salariés expérimentés de JC Decaux (l’ex-prestataire chargé du service Vélib), et licenciés par Smovengo après le passage de relai, jugent les vélos conçus comme “trop fragiles”. “Même Uber avec ses vélos Jump n’a pas commis une telle bévue”, expliquent ces salariés très actifs sur Twitter

Les principales défaillances sont les pneus, les chaînes et les dérailleurs. Mais on utilise des pièces standards du marché du vélo libre-service. C’est juste que l’usage qui en est fait est énorme… Le résultat est inévitable”, se défend le directeur général de Smovengo. “Je ne pense pas que l’on puisse dire que ce soit un problème de choix technologique. Nous n’avons pas fait du low cost parce qu'on savait bien que, in fine, on paierait beaucoup plus cher en maintenance”, conclut-il.

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