Le temps de réfléchir, une nouvelle pause philosophique de l’émission Grand bien vous fasse spécial Covid-19 pour nous aider à surmonter le confinement. Aujourd’hui, Martin Legros rédacteur en chef de Philosophie magazine évoque la pensée du philosophe américain Michaël Walzer.

Penser le confinement avec Michael Walzer, philosophe américain
Penser le confinement avec Michael Walzer, philosophe américain © Getty / Justin Paget

Pour Martin Legros, le confinement est une question de sphère. Le journaliste s’appuie sur la pensée du philosophe américain Michael Walzer. 

MARTIN LEGROS : "La première chose qui s’est modifiée avec ce confinement, c’est notre rapport à l’espace et au temps. Pour ce qui est de l’espace, je l’ai constaté en me voyant répondre au téléphone, et envoyer des mails dans une pièce tandis que ma femme s’enfermait dans la chambre pour passer un coup de fil. Avec ces espaces privés en pleine réorganisation, j’ai vu notre vie sociale envahir nos espaces intimes.

Il m’est alors revenu la pensée du philosophe américain Michael Walzer sur ce qu’il appelle les sphères d’activités : la santé, l’économie… Elles sont régies par des normes et des attentes différentes. Il est certain que si le pôle qui régit l’art se met à décider de l’éducation, on ne va retenir à des concours que des enfants beaux, ce qui ne fonctionnera pas. De la même manière si les catégories politiques interviennent dans le secteur scientifique, on n’y arrivera pas : on le voit avec Trump et la question de la chloroquine. 

Ce qu’il me semble, c’est qu’avec cette expérience du confinement, les sphères sont en train de bouger : on a vu des Etats qui intervenaient massivement pour sauver l’économie, ou la santé, il y a donc une reconfiguration en cours. 

J’ai l’impression que cette réorganisation des sphères les unes par rapport aux autres est déjà en cours dans nos vies privées : c’est ça l’expérience du confinement ! Comme si chacun avait été chargé de rapporter chez lui, une parcelle du monde en danger, et qu’il devait apprendre à faire coexister cette parcelle avec ses proches. 

Le philosophe Michael Walzer emprunte à Blaise Pascal une image métaphorique

On a beaucoup vu ces temps-ci cette citation du mathématicien et philosophe moraliste français : « Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre ».  Il disait aussi que la société était composée de chambres différentes avec des règles distinctes. 

Donc tout se passe comme si on devait prendre sur soi de préserver dans son espace intime les différentes chambres qui composent le monde commun en attendant sans doute que cette expérience produise une nouvelle articulation des différentes chambres. 

On va sans doute consacrer d’avantage d’énergie à la santé et peut-être à l’éducation, espérons-le en tous les cas, et prendre en charge autrement l’économie, ou gérer autrement la production des biens. Tout cela aura germé dans la manière dont nous aurons dû chez nous dans le confinement réorganiser ces chambres de la société. "

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