Alors que la période de Noël approche avec son lot de repas appétissants plus riches que d’habitude, le docteur Zermati et Héloïse Brion ont pris le contre-pied de l'idée reçue qui voudrait que l'on se surveille à cette période. Ils ont expliqué pourquoi dans l’émission "Grand bien vous fasse" d’Ali Rebeihi.

A Noël : profitez et ne culpabilisez pas !
A Noël : profitez et ne culpabilisez pas ! © Getty / Diana Miller

Le bon vivant n'a plus la cote... Jacques Dupont relativise dans un article du Point :

Le bon vivant est désormais pisté, corrigé, culpabilisé par un bataillon de spécialistes qui, chaque semaine clouent au pilori le gras, la viande, les sauces, et le vin. Il faudrait picorer des graines, bouffer des vieux légumes fibreux, s'enthousiasmer pour un gâteau 100% courgettes, et s'enflammer pour un steak au tofu ! 

Jean-Philippe Zermati confirme au micro d'Ali Rebeihi : "Le bon vivant a du mal à vivre parce qu'il est un peu bombardé d'injonctions. Il ne sait plus ce qu’il doit, ou pas, manger. Et ce qu’il ne mange pas, il ne sait plus pourquoi il ne doit pas le manger. Donc, cela aboutit à une espèce de cacophonie mentale qui crée beaucoup plus de stress que de tranquillité d'esprit".

La question de la prise du poids pendant les fêtes ne devrait pas se poser

Jean-Philippe Zermati explique : 

Cette inquiétude que l’on a vis-à-vis de ces repas de Noël, c'est un phénomène assez récent. Or ils devraient être considérés comme quelque chose de strictement normal : les Fêtes ont toujours existé. Les excès ponctuels aussi, et ça n'a jamais posé de problème."

Héloïse Brion renchérit : "D'ailleurs les gens ont tendance à prendre du poids à cause de ces injonctions : ils se sentent tellement coupables d'avoir mangé par exemple du chocolat que leur corps le retient beaucoup plus longtemps ensuite."

On commet une erreur en contrôlant mentalement son comportement alimentaire

Jean-Philippe Zermati : "Si on essaye de se contrôler pour perdre du poids, on commet une erreur. Le comportement alimentaire est normalement et naturellement organisé par deux systèmes : 

  • celui de la faim qui vous dit de quoi vous avez besoin
  • et celui des envies qui aide à avoir envie de ce dont vous aurez besoin. 

Un processus un peu magique ! Et ça marche très bien quand on quand on le laisse faire. 

Mais, si vous interférez avec du contrôle mental, vous empêchez ces systèmes de fonctionner. Les restrictions vont désorganiser les systèmes physiologiques de la régulation du poids. Et même, en vous contrôlant, vous risquez d'entraîner des troubles du comportement alimentaire. 

Bien souvent, ce sont les études qui le montrent, la surveillance stricte ne permet pas de diminuer le poids. On voit au contraire que les personnes qui sont dans ces schémas de régimes tout au long de leur vie ont finalement plus de poids qu'elles ne devraient avoir.

Pourquoi prend-on du poids ? 

Jean-Philippe Zermati :

On pourrait schématiser, et dire que finalement, quelqu'un qui grossit, c'est quelqu'un qui a plus d'envies que de besoins.

"Normalement, le cerveau détecte dans le corps un besoin d'énergie. Cela va stimuler ce système des envies en entraînant une stimulation de dopamine. La dopamine, c'est le médiateur du désir qui va vous pousser à rechercher l'élément dont vous avez besoin. Ce processus ne s'applique pas uniquement à la nourriture. 

Une fois que vous allez avoir consommé les aliments dont vous avez besoin, le désir va s'épuiser, à condition (et c'est là que tout se complique !) que ce que vous avez mangé vous procure suffisamment de plaisir. Si vous n'êtes pas en mesure d'éprouver ce plaisir, le désir ne disparaît pas. Mais si vous consommez des aliments qui vous font réellement plaisir, ils sont souvent pollués par des tâches d'inquiétude, de culpabilité qui viennent altérer ce contentement."

On peut manger vraiment de tout 

Jean-Philippe Zermati : "Aujourd'hui, dans les congrès ou dans les publications, plus personne ne dit que tel ou tel nutriment serait responsable plus spécifiquement de la prise de poids. Les scientifiques s'accordent sur le fait que ce sont des excès en calories, quelle que soit leur provenance qui vont faire grossir."

Se méfier "du rat qui est en nous"

Jean-Philippe Zermati : "Pendant les fêtes, quand que vous vous dites : « Je vais me faire plaisir, mais demain, promis, je ferai attention… » Cette simple phrase va vous faire manger. Il suffit de la prononcer, c’est magique : vous mangez deux fois plus !

Une expérience a été réalisée : on a dénutrit des rats. On les a ensuite laissés s'alimenter librement. En premier lieu, ce qu’ils ont fait, c'est de reconstituer les stocks d’alimentation, avant même de se nourrir. Et plus, ils avaient été sous-alimentés, plus les stocks étaient importants.

La peur du manque conduit souvent à la prise de poids. C'est une angoisse archaïque qui nous a protégés et nous a permis probablement de survivre. Dès lors que vous vous l’activez, vous mettez en place des comportements de stockage."

Manger jusqu'au rassasiement

Jean-Philippe Zermati : "Le rassasiement c'est le processus qui vous permet de manger la quantité dont vous avez besoin. Ce n'est pas vous qui décidez quand est-ce que vous êtes rassasié : c'est commandé par des processus internes. Si vous vous dites d'un côté : « Mange parce que ça te fait plaisir » et de l'autre côté : « Ne mange pas parce que ça va dans tes fesses ». Ces processus sont inopérants et c'est donc impossible de réussir de se rassasier correctement avec ces injonctions paradoxales.

Pour arriver à être rassasié, il faut être capable de profiter de ce qu'on mange. Cela veut dire être complètement présent à ce qu'on mange. 

Le plus grand distracteur de l'attention, quand on mange, ce sont les pensées de contrôle sur le poids : « Si je mange ceci ou cela, il faudra que j’en mange beaucoup moins demain ». Ces pensées vont vous voler votre attention et vont vous empêcher de profiter de ce que vous ressentez. Osons oser manger".

L'idée de poids d'équilibre

Jean-Philippe Zermati : "On a un poids d'équilibre qui peut se dérégler au cours de la vie. C'est le poids auquel vous ramène votre faim. Et il n'est pas forcément celui qui nous fait plaisir. Quand on grossit, on fabrique de nouvelles cellules graisseuses qui s'ajoutent aux précédentes et qui ne vont plus disparaître. Elles vont donc modifier le poids d'équilibre. 

Plus vous luttez contre vos envies de manger, plus vos envies augmentent. C'est un cercle vicieux. Votre volonté ne peut pas en permanence s'opposer à vos systèmes de régulation. 

Il faut donc travailler sur ce système des envies et de faire en sorte que les envies redeviennent l'expression des besoins. Vous allez manger moins, ce qui va produire une perte de poids. 

Le conseil bonus : 

Jean-Philippe Zermati : "Après un repas de fête, il est bon de faire une marche digestive." 

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