Sneakers, baskets, tennis... "Superstar", "Stan Smith" chez Adidas, "Air Jordan", "Air max" chez Nike, "la Club C" chez Reebok pour ne citer qu'elles... On les retrouve absolument partout tant la basket marque un grand pas en avant dans le monde de la chaussure et dans la mode en général.

Pourquoi êtes-vous si bien dans vos baskets ?
Pourquoi êtes-vous si bien dans vos baskets ? © Getty / Mattia

Alors qu'en 2018, la sneaker représentait 47 % du marché mondial de la chaussure (Fédération Française de la Chaussure) et qu'en France une paire neuve sur deux était une paire de basket, la basket ne cesse de trouver pieds à ses semelles, séduisant aussi bien les jeunes que les seniors. 

Invités de Grand Bien Vous Fasse, l’anthropologue Abdu Gnaba, le journaliste Pierre Demoux et le sociologue Frédéric Godart expliquent le succès de la basket, fruit d'une révolution permanente en termes de mode vestimentaire : 

Du "Je suis droit dans mes bottes" à "Je suis bien dans mes baskets"

Abdu Gnaba :"Nous sommes passés du "je suis droit dans mes bottes" à "je suis bien dans mes baskets" et on comprend par là comment un artifice de mode, un objet de consommation telle que la basket, la tennis ou la sneaker symbolise l'évolution des mentalités des sociétés ! Voilà comment on est passé d'un conformisme et d'une valorisation qui passe par une rectitude à un modèle de "coolitude" où il s'agit d'aller à la recherche du confort. Au-delà de tout, elle nous amène à l'objet de consommation essentiel : le bonheur

"La basket signifie ce besoin de liberté, de différence qui rappelle la rectitude et donc le pied enfermé d'autrefois". 

Grâce à elle on peut désormais aller partout ! 

Pierre Demoux : "Née de la révolution dans la maîtrise du caoutchouc, ces chaussures se sont très vite révélées très pratiques pour un nouveau loisir, la pratique d'activités sportives qui nécessitaient des chaussures qui craignent un petit peu moins. C'est de la rencontre entre une maîtrise technologique et un nouveau besoin qu'est née l'utilisation des baskets. La volonté d'être à l'aise quand bien même, pendant longtemps, les chaussures avaient été pensées non pas pour être confortables, mais pour répondre à un code social.

Quand la basket a permis de démocratiser nos pieds

Pierre Demoux : Mais ce sont d'abord les classes supérieures qui arborent ce type de chaussures. Contrairement à aujourd'hui où on aurait plutôt tendance à penser que les basket sont réservées aux classes les plus pauvres, eh bien, à l'époque elles étaient réservées à ceux qui avaient les moyens de faire du sport

Assez rapidement, la basket s'est popularisée. Plusieurs phénomènes ont permis de démocratiser la basket. L'éducation physique s'est imposée à l'école, puis le sport est devenu populaire et possible pour toutes les catégories sociales dans le premier tiers du XXe siècle, de la même manière que les gens ont commencé à les porter pour la vie quotidienne. 

Frédéric Godart explique à son tour combien la basket raconte un effacement progressif des codes sociaux longtemps attachés à l'habillement en général : "La basket raconte une réduction du formalisme dans l'habillement et arrive aussi avec le déclin du costume, et la montée du jean... Elle fait partie d'un changement profond et permet de mieux comprendre que les individus sont de plus en plus liés à la mode. La sneaker a investi la mode elle-même, devenant une référence stylistique incontournable, riche dans la façon dont elle est travaillée. À tel point qu'elle a fini par s'imposer dans le monde du travail, remplaçant d'autres éléments vestimentaires dans le soulier

Choisir des baskets qui vous ressemble  

Abdu Gnaba souligne que "chacune des célèbres marques créent au départ un archétype, un personnage, un concept, une idée emblématique qui permet à tous ceux qui vont partager ces valeurs de s'y identifier : les consommateurs s'y projettent pour mieux en adopter le style

Ce à quoi Pierre Demoux ajoute qu'il y a "ceux qui sont très fidèles à tout ce que va promouvoir une marque, quand d'autres vont être plus volages, plus tendancieux, et vont choisir les modèles les plus plébiscités tels que la Stan Smith, la Converse ou encore la Air Jordan à tel point qu'à une époque il était impossible de faire un pas dans la rue sans en croiser une paire ! 

Ce sont vraiment plein de phénomènes différents qui jouent dans l'esprit des gens et créent cette convoitise pour une paire, une marque en particulier ou pour une autre". 

Néanmoins, Abdu Gnaba n'oublie pas de soulever cet effet pervers selon lequel les consommateurs de basket se sentent si bien avec qu'ils sont désormais poussés à se distinguer en arborant des modèles toujours plus rares et chères. La nouveauté elle-même est devenue une valeur tant de nombreux adeptes de baskets achètent parce qu'elles sont actuelles et neuves. Les consommateurs sont de plus en plus tendus vers cet objet qui leur échappe en permanence

Aller plus loin

🎧 RÉÉCOUTER - Grand Bien Vous Fasse par Ali Rebeihi 

📖 LIRE - Pierre Demoux, "L’odyssée de la basket, comment les sneakers ont marché sur le monde" (éd. La Tengo)

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