Pourquoi mangeons-nous trop parfois ? Que se passe-t-il quand nous nous tournons vers des "aliments doudous" ? Faut-il craquer pour gâteau qui nous fait envie lorsque nous sommes stressés ? Comment retrouver le chemin vers un rapport sain à l’alimentation ? Comment réussir son régime ?

Parmi les conseils données pour lutter contre le surpoids : savourer
Parmi les conseils données pour lutter contre le surpoids : savourer © Getty / Westend61

Tour de la question des kilos émotionnels avec Eudes Séméria, psychologue clinicien, et Patrick Sérog, médecin nutritionniste, tous les deux invités de Grand bien vous fasse l’émission d’Ali Rebeihi.

Les kilos émotionnels, ces kilos qui surviennent quand on n'écoute plus les signaux

Patrick Sérog : "Normalement, nous mangeons lorsque nous avons faim : la sensation qui accompagne le besoin de manger. Ce sont des signaux périphériques, comme par exemple, la chute de la glycémie qui produit un signal. Mais il y a aussi la leptine et une hormone fabriquée au niveau de l’estomac, la gréline, qui renseignent sur l’état de réplétion de nos adipocytes, ces fameuses cellules qui stockent le gras. Avec toutes ces informations, le cerveau va dire : « Oui, tu peux manger, tu as faim ! » Parfois l’émotion va provoquer une sécrétion hormonale qui va pousser à manger alors que nous n’avons pas faim".

Nous vivons dans des sociétés obésogènes…

Patrick Sérog : "Les sociétés obésogènes nous poussent à manger plus qu’il ne faut sans avoir vraiment faim. En 1950, quand on rentrait dans une épicerie on avait 400 produits alimentaires. Aujourd’hui, dans un supermarché, on en a entre 6 et 10 000. Il y a 543 000 aliments répertoriés dans la base openfoodfact_,_par exemple. Nous n’avons plus la possibilité de choisir sereinement notre alimentation. 

Eudes Séméria : "C’est global, on reçoit tous des injonctions à acheter des télévisions ou des voitures. Le paradoxe, c'est qu'il faut consommer et rester mince… Cela créé une dissonance cognitive. Regardez vos cuisines : ce sont des usines du XIXe siècle, il y a des machines partout. Il faut être rentable, il faut aller vite. Ne pas faire attention au temps que l’on prend pour cuisiner, or c’est du temps pour soi."

… Et dans le même temps, l’injonction d’être mince 

Eudes Séméria : "On souffre d’injonctions très paradoxales : il faut être mince pour être beau, pour être en bonne santé, mais il y a aussi l’incitation à consommer, à être gros dans le sens : « J’ai une grosse voiture, une grande télévision, une grande maison… » Comment trouver un équilibre là-dedans ? 

Il y a, au fond de nous, l’idée de grossir pour survivre - et surtout, de ne pas maigrir - modelée par la culture, les parents, ou par la société… Si on n’a pas compris ça, on ne peut pas maigrir durablement." 

Le surpoids, une façon de faire face aux enjeux ultimes de l’existence 

Eudes Séméria : « On mange parfois pour compenser nos angoisses face aux enjeux ultimes de l’existence : 

  • La mort et tout ce qui nous limite dans l’existence dans laquelle on est jeté. C’est quelque chose auquel on est confrontés très tôt, dans les premières semaines de vie. 
  • L’isolement et la séparation.
  • Le sens de la vie : c’est une question brûlante à laquelle nous sommes tous confrontés. 
  • La liberté et la responsabilité. Quand vous faites un choix, que vous devez vous renoncer à quelque chose d’autre. 

Face à ces quatre angoisses existentielles, on développe des mécanismes de défense qui peuvent entraîner un surpoids, une surconsommation… parce que c’est assez protecteur. Mais ça peut-être aussi l’alcool, ou obéir toute sa vie, pour ne pas se poser de question. »

Le surpoids n’est un problème que s’il y a souffrance

Patrick Sérog : « Il y a des personnes en surpoids pour lesquelles ce n’est pas dangereux, parce que cela reste raisonnable. Ils vivent bien sans régime. »

Questionner les excès 

Patrick Sérog : « Parfois des émotions positives peuvent nous pousser à manger. Être dans l’excès de temps en temps n’a aucune importance. Ce qui est mauvais, c’est de l’être souvent. 

Dans des réunions de famille où il y a profusion, on n’est pas obligés de toujours manger trop. Il faut quelques fois aller voir ce qu’il y a derrière : pourquoi obéis-je à ces injonctions familiales ? »

Stress et forte envie de manger un gâteau

Patrick Sérog : "Si on est stressé, que l’on a envie d’un gâteau, il ne faut pas l’éviter. Quand on a une pulsion forte, il faut l’assouvir tout de suite. Plus on va attendre, en se disant « Ce n’est pas bien ce que tu fais », plus la quantité que l’on va manger ensuite risque d’être importante. 

Ce qui est important, c’est de garder une structure des repas qui défend l’organisme contre tous les dépassements que l’on peut faire. Evidemment, si on prend tous les jours une ou deux tablettes de chocolat, on va grossir… Mais un peu de chocolat, ce n’est pas grave du moment que l’on garde le repas suivant. Souvent, les gens se disent : « j’ai trop mangé » et ils sautent le repas. Et là, on rentre dans un cycle infernal.  

Ensuite, il faut aller au-delà : se poser la question : pourquoi on craque tous les jours ? Il faut travailler sur soi, aller au-delà de la nourriture, peut-être que ça engage les relations avec la famille, avec la mère, le père… Ou un rejet du corps".

Aliment-doudou et "junk food"

Patrick Sérog : "Le cycle du don : c’est donner, recevoir, et rendre. Cela a été décrit par Marcel Mauss en 1929. Quand il est perturbé, des troubles peuvent apparaître. Il débute dès les premiers jours de la vie avec le bébé qui reçoit le lait. Et ce cycle va s’institutionnaliser toute la vie dans nos rapports humains. 

Un exemple : Hugo arrive chez le médecin en disant qu’il a tout essayé, mais qu'il n’arrive pas à maigrir. Je creuse avec lui. Il a été élevé comme un petit prince. A la fin de l’adolescence, il s’est rendu compte de tout ce que ses parents avaient fait pour lui. Par gratitude, il s’est mis à manger beaucoup, dont de la junk food pour rembourser une dette imaginaire. Mais il se retrouve coincé. Le jour où il a commencé à comprendre comment ça fonctionnait… Il a changé son mode alimentaire."

Eudes Séméria : "Pour maigrir, il faut « trahir » ses parents. Décider un jour que l’on décide selon ses propres principes, qu’on n’est plus un prolongement d’eux."

Comment bien commencer un régime

Eudes Séméria : "C’est une hérésie de se dire : « demain je me mets au régime ». Or, c’est parfois ce que dit le médecin aux personnes en surpoids en leur donnant un menu à respecter. 

Le surpoids procède de toute une histoire, de tout un passé, et cela va prendre des semaines ou des mois pour bien l’analyser. Souvent, il ne va ne pas falloir travailler que sur la nourriture mais aussi sur le rapport au corps. Énormément de personnes en surpoids évacuent leur rapport à leur corps. Peut-être que le fait de manger est une manière pour eux de lester le corps, de l’anesthésier, pour l’évacuer de leurs pensées et de leur conscience. 

Le bon moment pour modifier son alimentation, c’est quand on aura réussi à débrancher le réflexe archaïque de manger pour survivre et quand on aura aussi désamorcé des obéissances aux parents… Il faut faire tout ce travail avant."

Régimes : attention au cercle vicieux

Eudes Séméria : "On le fait tous. On se dit : « Je mange trop, je vais me mettre au régime. Je vais me restreindre. » Or on sait qu’en psychologie cognitive, c’est une spirale infernale. Parce que maigrir, ça ne marche pas à la volonté. La force de la volonté se heurte toujours au mur des émotions et des besoins réels. La volonté n’a donc un effet que très mesuré sur l’alimentation. 

Quand on se restreint, on se prive donc il y a un rebond derrière : on va remanger, donc on va se restreindre, etc. À l’arrivée, on assiste à un effondrement psychique. Pas de régime amaigrissant, sauf en cas d’urgence médicale."

Aller plus loin

🎧  ECOUTER | Grand bien vous fasse - Les kilos émotionnels

📖  LIRE | Les pensées qui font maigrird'Eudes Séméria paru chez Albin Michel 

📖  LIRE | Faites sauter les verrous qui vous empêchent de maigrir Patrick Sérog publié chez Marabout 

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