L'été rime souvent avec ces nombreuses occasions qui se présentent pour faire des rencontres amoureuses. Certaines se traduisent par de grandes histoires d'amour, d'autres par des ruptures souvent très douloureuses et puis des râteaux dont on ne voudrait plus jamais entendre parler. Explications dans le Téléphone sonne

Un couple s'embrasse au coucher du soleil en plein été
Un couple s'embrasse au coucher du soleil en plein été © Getty / Carlos Ciudad Photos

D'après les propos de Philippe Brenot, psychiatre et anthropologue, directeur des enseignements de la sexualité à l’université Paris-Descartes et de Fabienne Kraemer, psychanalyste du couple, au micro de Fabienne Sintes

L'été, la saison des amours ? 

Dans un premier temps, les deux spécialistes présentent ce "particularisme estival". Ce qui fait que cette période est, pour beaucoup, propice aux aventures, aux rencontres les plus folles et passionnées

Philippe Brenot : "Il n'y a pas de petites et de grandes histoires d'amour. On voit, certes aujourd'hui, de plus en plus, des histoires qui redémarrent très longtemps après avoir commencé. Cela s'explique par le fait qu'il y a quelque chose d'intense dans l'été, quelque chose de particulier : on ressent souvent plus de stimulations, plus de sex-appeal dans l'air du fait qu'on n'a pas, pendant les vacances, les préoccupations et responsabilités du quotidien, ces freins à la disponibilité. Psychologiquement, les histoires pourront être plus intenses."

Fabienne Kraemer : "Les vacances d'été, ce sont des moments qui favorisent des rencontres qui n’auraient pas pu avoir lieu dans d'autres instants. Il faut profiter des vacances en alignant tous les plaisirs possibles. On peut se voir beaucoup en très peu de temps. On anticipe aussi cela toute l'année, on attend souvent beaucoup de cette période, on espère que l'été nous apportera du meilleur. D'ailleurs, les vacances c’est aussi un test indispensable pour les couples déjà formés antérieurement, pour passer des moments insolites et se redécouvrir." 

Les vacances d'été, c'est une bulle qui nous met à distance du quotidien, on peut donner une image de soi différente. C'est un moment hors contexte où on est des avatars de soi-même.

PB : "Il y a cette tendance, très présente, des "plans cul", c'est un phénomène très récent qui est devenu aujourd’hui un mode de vivre qui repose sur des expériences courtes. Beaucoup de personnes entendent vivre quelque chose de bref mais de passionnel sans engager de l'affectif. Ces courtes histoires estivales ne sont pas forcément anodines et peuvent au contraire se poursuivre. 

Il y a surtout, aujourd'hui, le polyamour : il va y avoir des stratégies différentes en fonction de chaque personne. Le moment de l'été, il y a de plus en plus de comportements personnalisés, et ce, depuis les années 1970. L'idée du couple est devenue plus courte dès le moment où on a libéré le mariage et où l'espérance de vie s’est allongée. Les histoires courtes prolifèrent." 

L'été, une période de dissociation entre l'amour et le sexe ? 

Ensuite, ils expliquent que l'été est représenté comme un moment hors contexte, si attendu psychologiquement toute l'année, que lorsque nous y sommes, l’excitation est double. C'est ce qui nous pousse à vouloir vivre une relation extraordinaire pour, en réalité, mieux se déconnecter de la vie active quotidienne organisée le reste de l'année :

FK : "C'est en tout cas une période où on est moins en prise avec la réalité, on est confronté à la réalité du corps, nous sommes dans la joie, on est sorti de son contexte habituel, il y a donc beaucoup moins d'uniformité avec les gens que l'on rencontre." 

PB : "L'été, il y a le choc amoureux : on vit quelque chose d'intense, c'est une rencontre psychologique, on vit des choses hors contexte habituel qui modifient notre esprit en atténuant les sensations négatives et qui augmentent justement les impressions positives. 

Les amours d'été intenses sont de véritables feux de paille

Mais, malheureusement, lorsque toute cette magie de la passion est retombée, dès lors que nous sommes rentrés, on a l'impression que l'autre est devenu une autre personne. C'est lorsqu'on est rentré que l'on s'aperçoit véritablement, après-coup, que ces moments d'été ont été si intenses de passion. C'est très fréquent que les couples formés pendant l'été viennent me dirent qu'ils n'ont plus rien à se dire". 

Ce que l'amour d'été révèle de l'idée de couple

D'après Philippe Brenot, l'été traduit un drôle de syndrome sociétal de notre temps, qui se vérifie chez beaucoup de couples : l'idée que cette performance sociale obligée - ce besoin d'épanouissement, d'un état passionnel continuel dans une relation - traduit un culte du couple idéalisé. Un paradoxe tant la saveur estivale est une période brève et qu'il est difficile, le reste de l'année de maintenir cette excitation sociale : 

PB : "À notre époque, la durabilité du couple est le premier sujet d'inquiétude des couples. La grande difficulté est de pouvoir passer de cette phase intense, souvent brève, à un amour plus durable. Il faut savoir faire rapidement le deuil de cette passion estivale, car la grande difficulté est de vivre un couple passionnel. C'est un effet de notre société qui nous montre, aujourd'hui, que des passions extrêmes. Il y a une espace image idéalisée de l'amour extraordinaire, l'amour passion, l'amour sexuel." 

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