L’heure des soldes a sonné. Mais a-t-on besoin d’acheter de nouveaux objets ? N’en a-t-on pas déjà de trop ? La réponse avec le psychologue Stéphane Rusinek, la coach en rangement Elvira Petit, et Arnaud Gonzague, journaliste à L’Obs qui a coordonné le dossier :"Se débarrasser de l'inutile"

L'accumulation d'objet : d'où cela vient-il ?
L'accumulation d'objet : d'où cela vient-il ? © Getty / fStop Images - Patrick Strattner

Ces spécialistes ont répondu à la question : "Qu’est-ce qui nous pousse à accumuler ?" dans l'émission Grand bien vous fasse présentée par Ali Rebeihi.

L’accumulation, la faute au cerveau

Arnaud Gonzague explique : "Si on en est arrivé à accumuler autant d'objets, c’est la faute à une époque, les Trente Glorieuses qui a engendré cette société qui a fait de la consommation et de l'accumulation plus qu’une marque sociale, c'est presque une marque identitaire.

A l’origine, cela relève de l'évolution. Il y a dans le cerveau humain une pulsion d'accumulation qui nous a permis de survivre. C'était un rempart contre la mort, la famine, et le froid.  

Ensuite, les publicitaires dans les années 1930 et 1940 ont compris que c'était un bouton qu'on pouvait titiller dans notre cerveau. Ces techniques commerciales ont fini par nous faire croire que l'on existait à travers les objets. C'est ce qu'on appelle la théorie du « soi étendu » : à travers les objets accumulés chez vous, vous donnez une certaine image de vous-même aux autres, mais aussi à vous-même. 

C'est tout le génie du marketing, c'est d'appuyer sur les bons boutons !

La conséquence ? Nous, les consommateurs, sommes en permanence dans une espèce de combat entre notre conscience qui nous dit « on a trop de choses » car on a tous le sentiment qu'on est dans une surabondance absurde, et nos pulsions : « oui, mais cette robe est pas mal du tout, et cette voiture est quand même mieux que celle de mon voisin »

Mais il ne faut pas culpabiliser. Ce n'est pas une question de morale.

C'est une question d'abord de fonctionnement biochimique de notre cerveau. Ensuite, rien ne nous empêche de reprendre la main sur notre pulsion avec notre conscience, et notre intelligence."

Une façon de gérer notre anxiété

Pour le psychologue, Stéphane Rusinek, cette fonction accumulatrice viendrait aussi de notre anxiété : "Acheter et conserver plein d’objets c'est de l'anticipation de ce qui peut nous arriver. Si un malheur survient, avec des objets, je gérerai. L’idée c’est « Je garde quelque chose au cas où il se passe quelque chose un jour ». 

Par exemple : « ce stylo, je ne vais pas le jeter même s’il ne fonctionne pas très bien, au cas où, les autres ne fonctionnent pas ».  Or on a beaucoup de troubles psychiatriques qui découlent de cette accumulation et de ce besoin d'accumulation. Donc, sous des dehors anodins, c'est quelque chose de très important qui se joue dans notre relation avec les objets."

Remplir une peur du vide 

Elvira Petit : "Dans ma pratique de coaching, je constate aussi une peur du vide existentielle. J’ai l’exemple d’une personne avec laquelle je venais de trier qui me demande : « Mais qu'est-ce qu'on va mettre à la place ? » Or, justement, on ne va rien mettre. On vient de trier, parce qu'il faut que nos intérieurs respirent. C'est exact qu'il y a des gens qui sont rassurés par l'objet.

Or posséder, ce n'est pas exister. Exister, c'est être.

C'est mon rôle d'expliquer aux gens que ce n'est pas parce qu'ils ont beaucoup de choses qu’ils seront plus importants, qu’ils seront socialement mieux intégrés, et qu’ils doivent garder que ce dont ils ont vraiment besoin. "

Un trop plein d’objets liés au passé

Arnaud Gonzague : "Lorsqu’on atteint un certain âge et que l’on commence à vouloir désencombrer son logis, on voit tout ce qu'on a accumulé au cours de sa vie. Ce qui est intéressant quand on est dans cette démarche d’allègement, on se rend compte que, par exemple, on aime plus ce masque africain, mais qu'il vous rappelle un super safari fait il y a 20 ans. 

Quel sens cela a de le conserver, puisque c’est du passé ? On constate que l’on n’aime plus cette corbeille avec des choses très moches dedans, mais c'est votre tante Untel qui l’a donnée… On voit aussi à quoi on est rattaché."

Une peur de choisir 

Arnaud Gonzague : "Ce lien des objets au passé nous oblige à choisir. Pour moi, cette peur du vide c’est surtout la peur de choisir. C'est plus facile d'être protégé par un bric-à-brac. C’est le syndrome Gaston Lagaffe : c’est rassurant de vivre dans cocon fait d’objets. Et cela nous permet de ne pas choisir."

Stéphane Rusinek : "Chaque choix entraîne quoi qu’il arrive un sacrifice, une perte. » 

Elvira Petit : "Souvent quand j’aide des gens à trier, je leur dit : Quand vous jetez ce vieux vase offert par grand-mère, ce n’est pas votre grand-mère que vous mettez à la corbeille. D’elle vous conservez un souvenir dans votre tête, ou votre cœur."

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