Quand devient-on père ? Quel est son rôle pendant l’accouchement ? Que ressent-il à ce moment-là ? A-t-il le droit d’être déçu ? Quelques réponses à vos questions sur la paternité avec un sage-femme.

"Le véritable moment : c’est lors des trois tours qu’ils font sur eux-mêmes quand ils font connaissance avec le bébé"
"Le véritable moment : c’est lors des trois tours qu’ils font sur eux-mêmes quand ils font connaissance avec le bébé" © Getty

Benoit Le Goedec, sage-femme, co-auteur de Papa débutant (First) avec Lionel Pailles était l’un des invités de l’émission Grand bien vous fasse d’Ali Rebeihi consacré à la paternité. Il a donné son point de vue de spécialiste sur une des étapes majeures de la vie des hommes.

Quand devient-on père ? 

Cela dépend des hommes, et de l’attente qu’ils ont eue de la paternité. Certains disent qu’ils se sont sentis père dès l’annonce, dès le test de paternité, parce que c’était leur projet depuis qu’ils étaient enfants. D’autres c’est à l’échographie, parce que l’image matérialise un peu. Mais tous disent que ce n’est pas encore tout à fait ça raconte Benoit Le Goedec. Le véritable moment : c’est lors des trois tours qu’ils font sur eux-mêmes quand ils font connaissance avec le bébé. Quand ils l’ont dans les bras, et qu’ils le regardent dans les yeux. 

Le père proche des salles de travail c’est récent, mais pas encore bien vu

Auparavant, le père était absent des salles d’accouchement, un lieu très féminin : avec une sage-femme, un corps de femme… Aujourd’hui, témoigne Benoit Le Goedec, les hommes sont acceptés dans ces lieux de naissance, mais ils ne sont pas forcément accompagnés. Ils ne sont toujours pas vus comme l’un des acteurs de la naissance. Ils ne sont souvent que le compagnon de la femme.

Les sages-femmes ont encore du mal à aller vers l’homme. Il reste dans ce milieu des problématiques de genres et de relations sexuées. Et du côté de l’homme, les frontières sont difficiles à franchir : il ne se sent pas toujours à l’aise et se met en retrait. 

Or la présence des pères est indispensable lors de l’accouchement

Pour Benoit Le Goedec, c’est le gage d’une plus grande sécurité affective pour la mère. Il est l’enceinte autour de l’enceinte. Si la femme n’a pas de sentiment de sécurité et d’enveloppe, elle ne peut pas être à l’écoute d’elle-même et laisser faire. Il peut accompagner les choses, être à l’écoute de ce qui émane d’elle. 

L’énorme majorité des femmes aujourd’hui ne comprendraient pas que le père ne soit pas là, sauf cas de force majeure ou s’il s’agit d’une mère seule

Mais de toutes les façons, elles sont seules parce qu’en France, il n’y a pas une sage-femme qui s’occupe d’une seule femme qui accouche. L’homme doit exprimer de façon sereine s’il veut être présent et de quelle façon, parce qu’il sait que la femme l’attend. J'ai accompagné beaucoup de naissances à la maison donc dans un environnement tout à fait différent… L’homme est là, mais d’une toute autre manière. 

Les hommes auraient aussi besoin d’être accompagnés pendant la grossesse 

Dès que la grossesse devient visible, la femme change de statut social, très vite. C’est une femme enceinte, elle est déjà mère quelque part. 

Pour le père, c’est aussi un changement filial, et historique important. Pour accueillir l’enfant, il faut que l’homme ait fait du chemin. Mais les futurs pères vivent souvent l’arrivée de l’enfant dans l’intériorité. Il vit ça tout seul. Or il faudrait qu’il soit mieux accompagné.

Il faut savoir que 40% des violences conjugales démarrent dans le temps de la grossesse et du post natal et dans le syndrome du bébé secoué, c’est le père le premier criminel.

Il y a un accompagnement de prévention sur les différents types de violences à faire. 

On sous-estime l’angoisse des nouveaux pères 

Benoit Le Goedec : On n’imagine pas le bouleversement que ça puisse être pour lui. Comme s’il était à distance et que cela viendrait petit à petit ou en post-natal. On n’imagine pas les répercussions. Mais on se penche maintenant sur les épisodes dépressifs des nouveaux pères.

Et leur sentiment de solitude

Un jour, pour une conférence, j’ai interrogé quatre hommes dont les femmes avaient eu des accouchements difficiles. Leur seul point commun à tous: un sentiment de solitude en salle de naissance. L’impression d’assister à quelque chose sans comprendre…

C'est normal d’être déçu par le sexe du bébé parfois

Pendant la grossesse, le père, tout comme la mère, se projette, a des projets… Confronté à la réalité du sexe de son enfant, il peut être déçu. Ensuite, quand le père pose son regard sur l’enfant, souvent la relation se fait. Et il ne doit pas hésiter à faire part de sa déception. Mieux vaut un moment difficile, et passer à autre chose que de faire semblant longtemps. 

🎧  ECOUTER Grand bien vous fasse consacré à la question des pères

  • Lionel Pailles, journaliste et Benoit Le Goedec, sage-femme, co-auteurs de Papa débutant (First)
  • Aurélia Schneider, psychiatre, autrice de La charge mentale des femmes … et celles des hommes (ed.Larousse)
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.