L'impression d'avoir mal fait... La culpabilité, cette émotion désagréable dont on aimerait se débarrasser… Mais est-ce souhaitable ? D’où vient-elle ? Quelle est son rôle ? Comment trouver un équilibre avec elle ? Le tour de la question dans La tête au carré, l’émission de Mathieu Vidard avec des spécialistes.

La culpabilité, une émotion plutôt féminine
La culpabilité, une émotion plutôt féminine © Getty / Image Source

Avec Aurélien Graton, chercheur en psychologie, Yves-Alexandre Thalmann, psychologue, et Sébastien Bohler, journaliste.

La culpabilité, qu’est-ce que c’est ?  

C’est un sentiment plutôt désagréable qui peut prendre parfois beaucoup de place dans notre esprit. La culpabilité apparaît lorsque nous avons commis une faute, transgressé une règle ou fait du tort à autrui. 

C’est une émotion très subjective car la culpabilité part souvent d’une autoévaluation. Et c’est souvent le problème ! On peut même culpabiliser par rapport à soi-même : quand on ne fait pas assez d’activité physique ou si on mange trop d’aliments malsains. On peut aussi se sentir coupable alors qu’il n’y a pas lieu de l’être. 

Se sentir coupable : une utilité sociale

Dans le cerveau, on trouve l’empreinte cérébrale de la culpabilité à la jonction temporo-pariétale du cerveau. C’est la partie dont on se sert lorsqu’on se représente les états mentaux d’autrui. 

L’être humain est équipé pour ressentir cette émotion parce qu’elle a une fonction sociale bien précise. Dans la culpabilité, on se met un peu dans la peau de la personne qui a été lésée et on examine ça de son point de vue. C’est ce qui donne l’impulsion pour aller vers elle pour s’excuser, se justifier… La culpabilité a donc une dimension réparatrice. 

De la religion à l’écologie

Aujourd’hui on n’a plus peur d’aller en enfer mais plutôt de fiche en l’air sa santé ou de détruire la planète. En psychanalyse, on la retrouve souvent liée à la mère qui a souffert pour nous. On pense avoir cette dette envers elle, et si on n’en fait pas assez pour elle, on peut se sentir coupable.

Se sentir fautif envers autrui : à partir de trois ans

Selon Yves-Alexandre Thalmann, la culpabilité n’est pas une émotion primaire comme la colère ou la peur. Pour qu’elle apparaisse, il faut que la conscience de soi soit opérationnelle, souvent vers trois ans.

La culpabilité, une émotion qui dépend des valeurs de la société ou de la famille dans laquelle on vit

Comme elle est basée sur le ressenti, son apparition varie selon l’éducation qu’on a pu recevoir, la société dans laquelle on évolue. Chaque société, chaque famille a ses normes morales sur lesquelles on insiste plus ou moins. Ce qui explique qu’on ne va pas tous avoir les mêmes seuils de culpabilité. 

Plutôt les femmes que les hommes

La culpabilité s’observe plus chez les femmes que chez les hommes. C’est certainement lié à une éducation qui pousse les femmes à être plus en retrait. On pousse souvent les petites filles à être plus conciliantes, à partager. On leur demande si elles ont été assez altruistes… 

Alors qu’on le fait beaucoup moins avec les petits garçons. 

Adultes, les femmes vont continuer à se demander souvent si elles ont bien fait, si elles n’ont pas nui à un collègue, si elles ont bien élevé leurs enfants, si elles se sont bien occupées de leurs parents etc.

Derrière la culpabilité, la toute puissance parfois

Le "j’aurais dû" qui accompagne la culpabilité, c’est l’idée que la personne aurait pu agir autrement, que si elle s’était comportée différemment, les choses se seraient passées autrement… 

En fait, on préfère parfois se sentir coupable pour s’imaginer que l’on avait toutes les cartes en main plutôt que de se dire qu’on était impuissant. C’est le cas des femmes qui placent leur bébé en crèche à la reprise du travail. Elles culpabilisent avec l’idée, que si elles étaient là pour leurs enfants forcément, ça serait mieux pour lui. Or pas forcément, la socialisation de la garde collective a pu apporter plus à un bébé, et de toutes les façons, elles devaient reprendre leur travail.

Trop de culpabilité peut entraîner des maladies graves

Parfois des personnes victimes d’abus, ou des personnes qui ont provoqué un accident entrent dans des mécanismes de rumination. Leurs pensées évoluent entre surpuissance, et impuissance, bizarrement les deux, et risquent de développer des pathologies plus lourdes : de la dépression ou de l’anxiété. 

L’effet "Dobby"

Si des personnes se sentent extrêmement coupables et qu’elles sont privées de la possibilité de réparation, elles vont se sentir responsables de tout et en permanence, jusqu’à vouloir s’infliger du mal : scarification ou autres. C’est l’effet Dobby, l’elfe dans Harry Potter qui s’inflige des blessures en permanence. 

Le bon dosage de culpabilité

La culpabilité on peut s’en libérer, faire en sorte qu’elle n’envahisse pas tout, mais imaginer qu’on pourrait vivre sans est illusoire. Pour être constructive elle doit être limitée dans le temps, et à un objet « facilement » réparable, qu’on ait la possibilité d’agir pour faire diminuer ce sentiment. Sinon on rentre dans une culpabilité délétère. 

🎧  La culpabilité dans La Tête au carré

🎧 Je me sens coupable, dans Grand bien vous fasse

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