Si être frère et sœur n'est pas facile tous les jours, c'est une vraie philosophie, consistant en un apprentissage qui ne ressemble à aucun autre, pour mieux appréhender la vie en société : les disputes fraternelles sont indispensables pour mieux se construire soi-même. Explications dans "Grand Bien Vous Fasse".

Querelles entre frères et sœurs : pourquoi est-il bon de se chamailler en famille ?
Querelles entre frères et sœurs : pourquoi est-il bon de se chamailler en famille ? © Getty / skynesher

Invités de l'émission Grand Bien Vous Fasse, la journaliste, Gwenaëlle Boulet, la psychologue, spécialiste en développement de l'enfant et de l'adolescent, Nadège Larcher, et le psychopédagogue Didier Pleux, expliquent au micro d'Ali Rebeihi, dans quelle mesure les rivalités entre frères et sœurs peuvent être extrêmement bénéfiques au sein d'une famille, afin de mieux appréhender la vie en société.

Indispensables disputes entre frères et sœurs !

Les disputes entre frères et sœurs sont indispensables pour mieux se construire soi-même.

La famille constitue au départ un magnifique laboratoire pour apprendre à gérer les querelles et la vie en général : avoir un frère ou une sœur, c'est déjà apprendre à cultiver les différences

Car, dans chaque famille, les trois invités expliquent combien les conflits sont inévitables et surtout indispensables. Les chamailleries sont des étapes essentielles qui permettent aux enfants et aux parents de développer le lien fraternel, valeur fondamentale pour la vie en société.

Nadège Larché estime que le socle de base repose sur l'idée qu'il faut faire le deuil de cette famille rêvée que nous avons trop souvent tendance à idéaliser : "les disputes, la jalousie dans la fratrie, sont essentielles et font partie des ingrédients inhérents à la famille, des relations entre frères, sœurs et parents". 

Didier Pleux estime, lui, que les rivalités au sein de la fratrie sont positives car elles enseignent au bout du compte l'altruisme : "c'est l'occasion d'aborder l'acceptation inconditionnelle de l'autre, de dépasser sa jalousie en apprenant à écarter l'idée que l'une, l'un ou l'autre puisse être le chouchou. Il s'agit d'accepter tout simplement qu'il y ait parfois plus d'affinités avec l'un ou avec l'autre."

Le psychopédagogue explique que les relations parents/enfants ne sont absolument pas le fait d'histoires d'amour privilégiées, mais bien avant tout des histoires d'affinités qu'il faut apprendre à gérer.

"Il faut accepter, poursuit-il, d'être différent.e de son frère ou de sa sœur, dans son tempérament, dans ses centres d'intérêt etc…

S'il n'y a pas de conflit, de déséquilibre, de jalousie entre frères et sœurs en famille et dans la vie de tous les jours, l'apprentissage de la vie va moins de soi et est plus difficilement abordable.

Didier Pleux prend l'exemple de l'enfant unique qui risque, dit-il, "d'avoir des schémas simplistes de la vie, alors qu'en fratrie, l'enfant est obligé de s'accommoder de limites fraternelles, difficiles à assumer certes, mais qui vont lui permettre de s'élever, d'apprendre de nouveaux schémas de pensée, une équilibration supérieure". 

Gwenaëlle Boulet confirme ce code socioculturel majeur en considérant que la fratrie est un formidable laboratoire pour apprendre de la vie, à considérer que toutes les émotions sont légitimes et plurielles : 

Ça aide beaucoup d'avoir des frères et sœurs : ça pousse à mettre des mots pour apprendre à mieux reconnaître et à maîtriser ses émotions rivales et à se plier à des limites de comportement.

Si les enfants doivent apprendre à maîtriser, et accueillir, par eux-mêmes,  cette jalousie fraternelle, ce sont aux parents de leur indiquer le meilleur chemin possible

À condition aussi, que papa et maman soient eux-mêmes à l'aise avec l'éducation aux relations fraternelles. Autant que pour les enfants frères et sœurs, l'apprentissage des relations fraternelles apporte plus encore aux parents, tant ces derniers doivent éviter de nombreux pièges pour donner le meilleur exemple de fraternité possible.

Les bienfaits des querelles fraternelles chez les parents

Les querelles fraternelles font aussi évoluer… les parents.

Le fait est que la quantité d'attention portée par les parents à leurs enfants peut s'avérer contrariante pour l'ensemble de la famille à partir du moment où ils souhaitent faire preuve d'une totale égalité de considération avec la fratrie .

Gwenaëlle Boulet explique qu'ils font "une grosse erreur, bien plus préjudiciable au bien-être de la famille, car ils tombent dans un mauvais piège qui contribue à nourrir l'idée que les enfants vont, après coup, avoir tendance à se comparer et se déchirer pour être mieux traités et se démarquer de l'un et l'autre". 

Le risque pour le parent, d'après Nadège Larcher, "est de se mettre à compter à son tour. Le paradoxe, c'est que certains parents, en cherchant l'égalité, renforcent la concurrence en niant l'unicité de chaque enfant, ce qui ne fait que conduire à l’exacerbation des disputes"… 

On ne peut pas les traiter de façon égale en cherchant à éviter à tout prix les querelles entre ses enfants, on revient dans le cadre d'une famille rêvée où la dispute n'aurait pas sa place.

C'est parce qu'on ne donne pas les mêmes choses à chacun de ses enfants, que ces derniers finiront par effectuer un plus grand travail sur eux-mêmes, ce fameux apprentissage des liens fraternels, même s'il faut qu'ils passent par le conflit

Didier Pleux estime qu'il est très fâcheux "de vouloir absolument éviter d'aborder les côtés négatifs de ses enfants au profit de leurs côtés positifs, de ne regarder uniquement ce qui en fait des personnes soi-disant uniques. 

C'est en leur faisant assumer et reconnaître leurs défauts, leurs différences entre sœurs ou frères qu'ils auront plus de facilités à accepter et gérer les difficultés fraternelles, familiales et quotidiennes. 

C'est aussi ça l'apprentissage : faire comprendre à ses enfants qu'il est normal de ne pas être systématiquement en harmonie avec l'un.e et l'autre, même avec ses parents.

"Plutôt que de faire face à ces disputes, à ces vérités de comportement entre ses enfants, une famille essaie toujours de tempérer les déficits, ce qui crée au final des conflits bien plus  dramatiques dans les fratries".

Si elles permettent aux enfants d'une même famille d'apprendre à mieux se construire eux-mêmes, les chamailleries entre frères et sœurs permettent aussi aux parents d'améliorer leurs codes d'éducation et leur propre vie personnelle. 

Aller plus loin

🎧 RÉÉCOUTER - Frères et sœurs, comment gérer les conflits ? dans l'émission Grand Bien Vous Fasse

📖 LIRE - Didier Pleux (avec Colette Ollivier-Chantrel), Frères, sœurs, les erreurs à éviter dans la fratrie, paru aux Éditions Eyrolles

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