Et si pour gagner en efficacité au travail… on dormait ? Dans cette société où tout doit bouger en permanence, le sommeil apparaît souvent comme un élément stable, trop stable, en particulier, la journée et au travail. Et si on changeait de point de vue ?

Comment décider son supérieur d'instaurer la sieste au bureau ?
Comment décider son supérieur d'instaurer la sieste au bureau ? © Getty / Sam Edwards

Retrouvez ici quelques pistes pour introduire le roupillon au boulot évoquées par Brice Faraut, docteur en neurosciences au Centre du sommeil et de la vigilance de l’Hôtel-Dieu, Frédéric Schiffter, philosophe et Alexandre Jost,fondateur de La fabrique Spinoza dans l’émission Grand bien vous fasse.

Nous sommes moins efficaces en début d’après-midi…

Brice Faraut : "Il faut sortir de la culpabilité de la sieste au travail. Les Français se lèvent en moyenne entre six heures et demie et sept heures du matin. En début d’après-midi, leur système d’éveil, les systèmes de stress les soutiennent moins. C’est un moment où la pression du sommeil monte, et physiologiquement, ils ont une petit baisse de la température centrale : ils sont moins efficaces. Autant qu’ils dorment : c’est le moment idéal pour avoir la meilleure sieste de récupération possible." 

... Or, la sieste booste l’efficacité !

Brice Faraut : "Le sommeil (dont la sieste) contribue fortement à un nettoyage du cerveau. Pendant la veille, on accumule plein de substances toxiques. Les hormones de stress font chauffer l’organisme". 

Au cours d’une sieste avec un peu de sommeil profond, on réduit l’activité du stress, les gens deviennent plus efficaces et donc plus performants.

Frédéric Schiffter : "La « sieste » vient du mot « sexta », la sixième heure après le lever du matin. Comme elle tombe après le repas de midi, on pense que c’est une affaire de digestion. Mais non : la sieste coupe la journée. L’art de l’adepte de la méridienne, c’est d’avoir deux journées en une avec un premier matin et un deuxième lever."

Mieux que les carottes, la sieste rend (vraiment) aimable

Brice Faraut : "La sieste courte (5 minutes) a des effets sur la vigilance, elle vous aide à ne pas être somnolent au volant, par exemple Et ça a immédiatement des effets sur l’humeur, ce qui est très agréable, lorsqu’on travaille en communauté."

La sieste existe dans des pays compétitifs

Brice Faraut : "Si en France, un tiers des actifs pratique la sieste, aux Etats-Unis et au Japon, ce sont 50% des employés qui la pratiquent. Au pays du soleil levant, état pourtant connu pour sa recherche de rentabilité, la sieste est même incluse dans les modes de vie professionnels au point que cadres qui ne la feraient pas seraient considérés comme des fainéants : s’ils n’en ont pas besoin, c’est qu’ils s’organisent mal et qu’ils ne font pas face de manière optimale à leur charge de travail."

La sieste limite le risque de tomber malade, donc d’arrêt-maladie

Brice Faraut : "La moyenne de sommeil des Français est passée sous les sept heures par nuit. Et la grasse matinée du week-end ne suffit plus à récupérer. Pire, en dormant trop le week-end, les Français seraient en « jet lag social ». Or avec le manque de sommeil, la résistance à l’insuline augmente. Pire : à mal dormir, on prend du poids. Un étude vient de démontrer qu’en dormant cinq nuits de cinq heures, on prenait 800 g de poids. Ce n’est pas lié au fait de manger plus parce qu’on est plus longtemps éveillé, mais à un système de récompense situé dans le cerveau qui pousse vers la nourriture. 

Se reposer en pleine journée a des effets anti-inflammatoires, mais permet aussi de consolider la mémoire. Pour son bon fonctionnement, elle a besoin d'éliminer les informations parasites, ce qui se fait pendant le sommeil. Dès six minutes de sommeil diurne, on améliore un apprentissage. Dans un étude récente : des étudiants devaient apprendre des choses rébarbatives en zoologie. Ils avaient le choix entre bachoter, ou bachoter et faire la sieste. Le soir ceux qui avaient mieux retenus étaient ceux qui s'étaient reposés. Mieux : une semaine après, seuls ceux qui avaient dormi en apprenant, s’en souvenaient."

Le repos diurne n’est pas du temps perdu : c’est gagnant-gagnant

Brice Faraut : 

En dix minutes de sommeil, la mémoire s’améliore, la tension diminue, l’attention augmente, l’humeur s’améliore… 

Donc ces dix minutes sont un gain de temps : c’est gagnant-gagnant. On gagne en vitalité et efficacité." 

Même les plus pragmatiques y viennent 

Alexandre Jost : "A la Fondation Spinoza, on milite pour instaurer un droit de 15 à 20 minutes au travail. Il serait inséré dans les négociations annuelles obligatoires et il y aurait une obligation d’aménagement de salles pour dormir.  Le cabinet de recrutement américain Robert Alf révèle que 64 % des cadres financiers, donc de personnes soucieuses de rentabilité, ne sont pas opposés à 20 minutes de sieste."

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