Téléphone portable, jeux vidéo, séries… Comment maitriser son attention alors que les tentations sont multiples de plus en plus séduisantes, et addictives ? A l'heure de la rentrée scolaire, on vous donne quelques astuces.

Comment rester concentrer
Comment rester concentrer © Getty / Morsa Images

Faire ses devoirs en visionnant des vidéos ou des photos sur TikTok, Instagram, ou Snapchat sont des pâtisseries alléchantes pour le cerveau de nos enfants et de nos adolescents. Mais pas seulement. La neuropsychologue Sylvie Chokron, et Anne de Pomereu, spécialiste de la transmission de l'art et la manière de mieux utiliser ses facultés cognitives ont délivré de précieux conseils dans l’émission d’Ali Rebeihi Grand bien vous fasse.

1- Arrêter de croire que notre cerveau est multitâche

Sylvie Chokron : "Notre cerveau ne peut effectuer simultanément deux tâches prenantes à la fois. On peut parler en marchant parce que la marche est une activité automatique. Mais si vous devez marcher avec des talons aiguilles sur du verglas… Vous ne pouvez plus parler en même temps ! 

Mais il faut le préciser néanmoins : nous ne sommes pas égaux face à l'attention. Certains ont plus de facilité à faire deux choses en même temps. Et il restera toujours des personnes meilleures en travaillant avec de la musique que sans. D'après des recherches récentes, leur efficacité viendrait d'une forte mobilisation de toute leur attention."

Anne de Pomereu : "Une étude citée par Mathieu Ricard dans mon livre a montré que plus quelqu'un s'engage dans le multitâche, plus l'ensemble de ses performances cognitives décline. Quand on fait une activité qui utilise les mêmes circuits neuronaux comme écouter la radio en faisant des multiplications, cela produit plus d’erreurs, de stress et de fatigue."

2- Se méfier des pièges qui nous sont tendus

Anne de Pomereu : 

Les réseaux sociaux sont devenus des pâtisseries pour notre cerveau. 

Tous ces sites nous proposent des renforcements positifs. Les "like" ne sont rien d'autre que du plaisir. 

Nous sommes devenus dépendants de ces stimulations. Comme une addiction, vous ne pouvez pas vous empêcher de consulter votre téléphone, même si vous êtes engagés dans une tâche agréable. 

De nombreuses personnes consultent leurs écrans pendant qu'ils regardent un film qu'ils aiment.

Nous avons basculé dans l'économie de l'attention. L’offre de divertissement est infinie et presque gratuite. Tandis que la demande n’est pas si extensible. Nous n’avons que 24h dans une journée et nous ne pouvons pas consacrer tout notre temps au web. 

La pépite est donc devenue notre attention. Les plateformes vont essayer de dérober notre attention pour gagner de l'argent avec.

3– S’accorder des moments de vagabondage mental 

Sylvie Chokron : "La surutilisation simultanée de tous ces outils numériques a supprimé le temps où l'esprit vagabonde, vers des envies… Les personnes ne se projettent plus dans l'avenir, ne mettent plus en relation des souvenirs avec ce que l'on va faire dans une semaine ou dans un mois." 

Anne de Pomereu : 

Or, c’est dans la pause, ces moments où on ne fait rien que l’on va reconstituer le niveau d'attention et ancrer tout ce qu'on vient de faire ou d’apprendre. C’est vraiment crucial.

4– Pratiquer la "douche tibétaine"

La "douche tibétaine", le conseil de Pierre, auditeur : "C'est un moment à prendre le matin. Cette véritable "douche interne" s'effectue en inspirant et en soufflant la fenêtre ouverte. 

On respire l'air de la nature ambiante et en bloquant un peu la respiration, on va vidanger le corps à tous les niveaux… Cela va chasser toutes les émotions négatives. Plus calme, on sera ensuite plus apte à garder notre attention.

Anne de Pomereu confirme l'efficacité de cette pratique : "Le stress est l'ennemi de l'attention : il enlève de la disponibilité intellectuelle. Et le contact avec la nature permet de remobiliser la concentration. On peut rajouter à cette "douche", la motivation. Arriver le matin à faire le point sur ce qui va nous donner envie toute la journée est très bénéfique."

5– Accepter qu’il soit difficile de se concentrer

Anne de Pomereu : "Il faut essayer de s’imposer une hygiène attentionnelle. La philosophe Simone Weil philosophe constatait notre énorme résistance à l'attention.

Accepter le fait que ce soit difficile permet de mener des actions. 

On peut commencer petit avec des stratégies du pas à pas, sans être très ambitieux, mais avec des objectifs que l’on est certain d’atteindre. Il faut sanctuariser des moments pas forcément longs, mais où l'on sait qu'ensuite on pourra basculer vers le plaisir. 

Pas de demi-travail, pas de demi-loisirs. C'est simple !"

6 - Être très attentif aux premiers signes de la distraction et éloigner les distracteurs

Sylvie Chokron : "L'attention est la capacité à inhiber les distracteurs et à sélectionner : amplifier ce qui est important et à supprimer ce qui ne l'est pas. Mais plus les sources de distraction augmentent, plus il est difficile de se concentrer. Ne pas hésiter à féliciter les enfants lorsqu'ils surmontent leur distraction."

A de Pomereu : "Sur la concentration, la volonté marche mal. Ce qui va marcher bien, c'est d'agir sur l'environnement : éloigner les distracteurs. Commencer par mettre son téléphone dans une autre pièce. Si on le met uniquement à côté de nous en mode avion, c'est réversible. Et la volonté ne va pas tenir le coup. Il existe aussi des boîtes dans lesquelles on peut ranger son téléphone pour un temps précisé à l'avance."

7- Pratiquer la méthode du Pomodoro 

Anne de Pomereu : "Je propose souvent cette méthode mise au point dans les années 1980 par Francesco Cirillo aux jeunes pas très motivés en situation d'apprentissage. Je conseille de découper le saucisson de l'attention en tranches plus fines.

Cela rend le travail de concentration plus digeste. 

Cette technique est le travail sous contrainte temporelle. Il n'y a pas plus difficile que de se mettre à la tâche si on ne sait pas quand ça va finir. Par exemple, on n'a pas très envie de se lancer dans un exercice de mathématiques, mais si on sait que dans 25 minutes, on a fini… Cela passe mieux. Premier avantage, cela facilite la mise en route puisque l'on sait que ça s'arrête dans un temps assez court. 

Ensuite, l'idée est que mieux vaut travailler en ayant plusieurs séances de 25 minutes séquencées avec des pauses entre les séances que de se lancer dans deux heures d'affilées, surtout quand on n'a pas une capacité d'attention et de concentration forte au départ. 

Petit inconvénient avec cette méthode, c'est qu'elle n'est pas adaptée à tous les types d'efforts. Il faut tester. Quand je travaille, je m'accorde des pauses. Et si je sais que je dois quitter ce travail à 18 heures parce que je vais au cinéma, je peux vous assurer que la séance entre 17 heures et 17 heures 45 sera efficace !"

8 - Le jeu libre

Anne de Pomereu : "Dans l'éducation de l'attention, il existe un élément fondamental : le jeu libre. Ce moment où l'enfant qui décide de ce à quoi il joue. Plus le jeu est sobre, moins il est sophistiqué, mieux ça marche. 

Il faudrait moins surcharger les enfants d'activités, et leur donner plus de temps pour le jeu. Cela développe l'imagination et c'est très favorable pour l'attention."

🎧 | ECOUTER Grand bien vous fasse sur la concentration

Avec : 

  • Anne de Pomereu, diplômée de HEC, elle est spécialisée dans la transmission de l'art et la manière de mieux utiliser ses facultés cognitives (mémoire, attention, concentration), et apprend à apprendre à des élèves de tous âges et niveaux. Consultante et formatrice en entreprise, elle publie A la reconquête de l'attention aux Editions Lattès (2021). 
  • Sylvie Chokron, neuropsychologue, directrice de recherche CNRS, auteure de Une journée dans le cerveau d'Anna : notre quotidien décrypté par les neurosciences aux Editions Eyrolles (2020). 

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