Ecoeuré par les mots anonymes, qu'ont reçu certains soignants de la part de leur voisinage qui leur demandait de quitter les lieux à cause du risque de contagion au covid-19, le médecin toulousain prend la parole.

Baptiste Beaulieu espère que les initiatives en soutien aux soignants se feront plus que la délation
Baptiste Beaulieu espère que les initiatives en soutien aux soignants se feront plus que la délation © Getty / Malte Mueller

Merci de me donner l'occasion de revenir sur cette affaire de tous ces soignantes et soignants qui reçoivent des petits mots de la part de leur voisinage. Vous savez, ce genre de petits mots : "Nous savons que vous êtes infirmier. Merci de ne plus utiliser les parties communes et, si possible, de partir habiter ailleurs le temps de l'épidémie".

Alors évidemment, vous vous en doutez, la plupart de ces mots ne sont pas signés. Ce serait trop difficile, sans doute, de signer de son nom. Et l'avantage avec l'anonymat, c'est qu'on reste très prudent et qu'on ne s'engage pas et qu'on ne se met pas trop en danger. 

Et puis, vous savez, la lâcheté, elle a tous les visages. Céline disait cette phrase qui est délicieusement d'actualité : 

Quand la haine des hommes ne comporte aucun risque. Leur bêtise est vite convaincue et les motifs viennent tous seuls.

Gageons que ces courageux anonymes sont de ceux qui tapent dans leurs mains tous les soirs à 20 heures. Et oui, ça ne coûte rien de taper dans ses mains. Sur une des lettres, on peut lire : 

Vous serez tenus pour responsable si quelqu'un de la résidence est contaminé. 

C'est quand même fabuleux, l'être humain ! 

Faire ça à des soignants qui ne sont pas confinés, qui mettent leur vie en jeu pour sauver celle des autres. C'est quand même quelque chose ! L'être humain est formidable ! 

Les soignants sont-ils comptables des êtres qu'ils sauvent ? Surtout pas. Mais qu'ils puissent à un moment donné, dans l'exercice de leurs fonctions, être porteurs du virus, et voilà tous les bienfaits que nous leur devons, vite oubliés. 

Les soignants vont soigner. C'est leur métier, ils le pratiquent avec honneur. La foule reste la foule, et la délation, c'est son déshonneur, elle la pratique avec passion. 

Et les périodes de grands bouleversements tels que la crise que nous vivons actuellement, toutes ces personnes-là agissent comme des enzymes, des révélateurs chimiques de la vraie nature humaine, sans le vernis de l'activisation : les gens tombent littéralement le masque. Ils montrent leur vrai visage.

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Alors me vient une utopie 

Et si nous donnions tort à la nature humaine ? 

Et si, face à ces rebuts humains, ces salopards qui ont toujours existé, on opposait plus de soutien pour les soignants, mais pas que pour eux. Tous les autres ! Je pense aux gens isolés, aux personnes fragiles physiquement ou psychologiquement, aux personnes âgées, à toutes les personnes en difficultés. Si on opposait à la crise actuelle, plus de compassion, ou plus d'encouragements ? 

L'autre jour,  j'ai découvert devant ma porte un panier rempli de produits frais : des œufs, du jambon, du saucisson, du pâté, des terrines, de la salade, des asperges fraîchement récoltées, du fromage frais. C'était Olivier Mongabure, le sympathique patron du J'go qui a un restaurant toulousain. J'ai appris qu'Olivier avait distribué d'autres paniers à d'autres médecins, en toute modestie, et en toute discrétion. 

Soyez comme Olivier Mongabure un héros discret

Des mots sur les portes de vos voisins soignants, ou alors seulement des mots doux. 

Et si vous voulez profiter de votre confinement pour cuisiner une quiche supplémentaire que vous pourriez porter sur le palier de votre voisin infirmier, aide-soignant ou sur le palier de votre autre voisin à qui vous ne parlez jamais, mais que vous soupçonnez d'être un peu isolé, un peu dépressif ou fragile ?

Faites-le en respectant les conditions d'hygiène et de distance sociale élémentaires, bien sûr !  

C'est de cette nature humaine-là dont on a besoin. On est tous capables d'être égoïstes, d'être veules et d'une lâcheté sans bornes. Mais pas aujourd'hui, pas maintenant. Les salopards ont déjà montré qu'ils sont là. 

Il faut que nous soyons cet autre qui ne s'abandonne pas à la peur, à l'égoïsme, à la veulerie, à la lâcheté. Il faut que nous soyons de ceux qui savent s'empêcher et se hisser au niveau de l'enjeu humain actuel. 

Ne soyons pas ce que les circonstances voudraient faire de nous. Soyons meilleurs, relevons le niveau, on vaut mieux que ça, l'être humain, vaut mieux que ça. Le personnel soignant du voisin âgé, isolé, dépressif ou fragile mériterait ça. 

Soyons toutes et tous des Olivier Mongabur ! 

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