Le nombre d'appels reçus par le 3919 a explosé depuis le début du Grenelle des violences conjugales. Comment fonctionne cette plateforme téléphonique destinée aux femmes victimes de violences ? En ce jour de manifestations à l'appel du collectif Nous Toutes, France Inter vous dévoile les coulisses du 3919.

Une trentaine d'écoutantes travaillent à la plateforme d'écoute du 3919, gérée par la Fédération nationale solidarité femmes.
Une trentaine d'écoutantes travaillent à la plateforme d'écoute du 3919, gérée par la Fédération nationale solidarité femmes. © AFP / Patrick Kovarik

C'est un bâtiment anonyme, au bord des voies ferrées, dans le 19e arrondissement de Paris. Au dernier étage, dans une ambiance feutrée, les "écoutantes", réparties dans de petits bureaux de deux ou trois personnes, réceptionnent les appels qui s'affichent sur l'écran de leur ordinateur. Nous sommes dans les locaux du 3919, la ligne téléphonique destinée aux femmes victimes de violences conjugales, "un lieu d'information, d'orientation, et avant tout d'écoute", insiste Françoise Brié, présidente de la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF), qui gère la plateforme. 

Cheveux poivre et sel, grands yeux noirs, Zeliha travaille au 3919 depuis un an et demi. Elle réceptionne chaque jour jusqu'à une quinzaine d'appels. "Il nous arrive de rester une heure au téléphone", glisse-t-elle. Pour la trentaine d'écoutantes de la ligne téléphonique, tout l'enjeu est de démêler les fils de chaque histoire. "Beaucoup d'appels commencent par des larmes ou des silences", explique Françoise Brié. Zéliha confirme :

"Souvent les femmes ne savent pas par où commencer. Elles nous disent qu'elles n'auraient jamais pensé se retrouver dans une telle situation, à devoir nous téléphoner."

Mettre des mots sur la violence et l'emprise

Ces appels, anonymes, confidentiels, sont souvent la première démarche, pour ces femmes victimes de violences conjugales, souvent empêtrées dans des sentiments de honte et de culpabilité. Beaucoup ne mettent pas de mots sur ce qui leur arrive. "Elles nous disent que leur conjoint les a insultées, mais que c'était de la colère, qu'elles ont reçu une gifle, mais que c'est du passé..." 

C'est alors le rôle de l'écoutante de rappeler que la violence est un délit, d'expliquer le phénomène d'emprise, les cycles de la violence, afin d'amener les victimes à une réflexion sur ce qu'elles traversent, élaborer une stratégie et faire le point sur les démarches possibles en tenant compte de la gravité des faits décrits. 

"Mais certaines ne sont pas dans une volonté de partir, de passer à l'action", constate Zeliha. "Elles veulent juste se renseigner. Elles sont aussi parfois victimes de chantage de la part de leur conjoint". À chaque fois, elles peuvent en tous cas être orientées vers une association de leur département. La suite, les écoutantes ne la connaissent jamais. "Cela peut être un peu frustrant, oui", concède Zeliha. 

"On accompagne, on donne tout ce qu'on peut, mais on ne sait jamais si l'appelante a effectivement entamé des démarches." 

Précarité économique

Les statistiques tenues par la Fédération nationale solidarité femmes montrent que 54% des appelantes ont entre 20 et 39 ans. 49% seulement ont un emploi, contre 70% pour leur agresseur. Pour Françoise Brié, "cela signifie qu'il y a une précarité économique, préexistante ou due aux violences, et que pour sortir de la violence, il faut aussi trouver une stabilité économique". Les chiffres montrent par ailleurs un faible taux d'appels en milieu rural, rapporté à la population. 

Si 72% des appels émanent des victimes elles-mêmes, 23% sont le fait de membres de la famille ou de proches : amis, voisins, collègues. "On a aussi parfois au bout du fil des policiers et des gendarmes", souligne Françoise Brié. Aux proches, il s'agit donc d'expliquer comment accompagner et soutenir la victime. 

"On sait qu'avant de quitter définitivement le domicile, une femme qui subit des violences va partir puis revenir sept à dix fois", rappelle la présidente de la Fédération nationale solidarité femmes. "Cela peut provoquer de l'incompréhension pour la famille, les amis. Il est donc important de leur expliquer le phénomène d'emprise, pour qu'ils ne ferment pas leur porte à la victime". 

Depuis le début le lancement du Grenelle des violences conjugales, le 3 septembre, le nombre d'appels reçus par le 3919 a explosé : 16 292 en septembre, 10 879 en octobre, contre autour de 5 000 habituellement. C'est le signe que la médiatisation de cette plateforme d'écoute créée en 1992 (et devenue le 3919 en 2007), porte ses fruits. Mi-septembre, Marlène Schiappa, secrétaire d'État en charge de l'égalité entre les femmes et les hommes, a déclaré souhaiter que la ligne téléphonique, actuellement ouverte de 9h à 22h en semaine, et jusqu'à 18h le weekend, soit joignable 24h sur 24. 

"Dans tous les cas il faut que les femmes s'emparent de ce numéro", répète à l'envi Françoise Brié. 

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