Un an après son lancement, quel bilan pour le Grenelle contre les violences conjugales ? Les associations dénoncent des résultats en demi-teinte; le gouvernement, lui, défend de réelles avancées et poursuit les annonces.

Le mouvement des collages dénonce le "coup de com" du Grenelle en novembre 2019
Le mouvement des collages dénonce le "coup de com" du Grenelle en novembre 2019 © AFP / MARIE MAGNIN

Le Premier ministre a fait lui-même le déplacement. Au côté de la ministre délégué à l'égalité entre les femmes et les hommes Elizabeth Moreno, Jean Castex a annoncé ce mercredi 1 000 places d’hébergements supplémentaires pour les femmes victimes de violences. Une nouvelle annonce pour entamer la séquence du bilan, un an après le lancement du Grenelle contre les violences conjugales. Mais sur le terrain, les associations dénoncent "une occasion manquée". Alors un an après, où en est-on des principales mesures ? 

"Un bilan en demi-teinte"

Pour les associations, le bilan de ce Grenelle est "en demi-teinte". Selon la présidente de la Fondation des femmes Anne-Cécile Mailfert, "sur le terrain il n’y a pas eu de changement en profondeur, en tout cas pas les changements que l’on attendait, et que les femmes victimes de violences attendaient. On est dans une situation qui malheureusement n’a pas beaucoup évolué". Selon un rapport publié ce jeudi par la Fondation des femmes, seulement un tiers des mesures annoncées lors du Grenelle ont été mises en place depuis un an, un deuxième tiers est en cours de réalisation, le dernier tiers n’est pas réalisé. "Et devinez-quoi, le tiers qui n’est pas réalisé c’est celui qui coûte de l’argent" ironise Anne-Cécile Mailfert. "Le tiers qui est réalisé ce sont des modifications législatives. On sait très bien que changer la loi ne coûte pas beaucoup d’argent. Sur les peu de choses qu’on avait gagnées il y a un nombre important de mesures qui ne sont pas mises en place", regrette-t-elle.

Au cabinet d’Elizabeth Moreno, on défend un bilan plus positif : 37% de mesures réalisées, 50% en cours de réalisation

Un "faux milliard" ?

Autre chiffre, autre débat, celui du milliard d'euros de budget annoncé par le gouvernements à l'issue du Grenelle. Selon un rapport sénatorial publié cet été, cette annonce n'est qu'un "tour de passe-passe budgétaire". Interrogé par France Inter, Eric Bocquet, sénateur PCF du Nord et co-auteur de ce rapport dénonce "une malhonnêteté intellectuelle" de la part du gouvernement. Selon lui, "l’essentiel des fonds annoncés dans ce milliard est le résultat du triplement des fonds alloués à des programmes de diplomatie culturelle et d’influence dans des pays étrangers". Au final, selon ce rapport, le budget alloué aux violences faites aux femmes en France n'a augmenté que de 20 millions d'euros grâce aux mesures du Grenelle. 

L’hébergement des femmes

C’est l’un des points qui fait le plus débat, celui aussi qui fait l’objet de nombreuses annonces. Encore une fois ce mercredi, le Premier ministre a annoncé 1 000 places d’hébergements supplémentaires pour les femmes victimes de violences, qui s’ajoutent aux 1 000 déjà promises lors du Grenelle. Sauf que ces 1 000 places, annoncées il y a un an, les associations n’en ont toujours pas vu la couleur, regrette Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes : "C’est le grand flou parce qu’on ne sait pas où elles sont, quelles associations ont eu le droit à ces 1 000 places, où sont-elles créées. Même la ministre est incapable de le dire". La ministre Elizabeth Moreno assure, elle, que ces places existent bien. Quant à savoir où, son cabinet indique qu'un audit est en cours pour que chaque préfet fasse remonter les informations. En clair on ne sait pas vraiment mais la réponse devrait arriver d'ici la fin novembre, promet le cabinet. Au total, 6 500 places seront ouvertes pour les femmes et les enfants, assure Elizabeth Moreno.

Le bracelet anti-rapprochement

Là encore, c’était une annonce phare du Grenelle. Ce bracelet, qui doit permettre d’éloigner les hommes violents de leur victime, n’a pas encore été mis en place. Il le sera "dans les toutes prochaines semaines", affirme le cabinet d’Elizabeth Moreno. Le gouvernement attend le feu vert du Conseil d’État pour débloquer les 1 000 premiers bracelets. Cinq juridictions doivent en bénéficier en premier : Aix-en-Provence, Angoulême, Bobigny, Douai et Pontoise. À terme, ces bracelets seront distribués sur tout le territoire, d’ici le début de l’année prochaine.

Le numéro 3919 disponible 24h/24

Avec près de 45 000 appel durant le confinement, ce numéro d’écoute a montré toute son utilité ces derniers mois. Ouvert pour l’instant de 9h à 19h du lundi au samedi, il devait être disponible 24h/24 d’ici la fin de l'année 2020 avait promis Marlène Schiappa. Finalement la mise en place effective est repoussée à l’été 2021, annonce le cabinet d’Elizabeth Moreno. 

Pour s’assurer du suivi des mesures, la ministre promet de réunir toutes les six semaines les groupes de travail formés lors du Grenelle, ainsi que des associations et des experts. Les premières réunions sont prévues ce jeudi 3 septembre, pour l’anniversaire du lancement du Grenelle. 

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