Il y a deux ans, la secrétaire d'État chargée de l'égalité hommes-femmes Marlène Schiappa jetait un pavé dans la mare en parlant des violences gynécologiques et en réclamant un rapport. Ses propos ont libéré la parole sur le sujet, mais pas forcément changé les pratiques.

Individuellement, des professionnels s'interrogent et changent leurs pratiques
Individuellement, des professionnels s'interrogent et changent leurs pratiques © Getty

Au début des années 2000, des blogs ont commencé à fleurir sur le sujet des violences gynécologiques, et sur les réseaux sociaux, les langues ont commencé à se délier. Mais c'est vraiment à partir du 20 juillet 2017, quand la secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes en a parlé publiquement, évoquant à l'époque un taux de "75% d'épisiotomies en France", que le sujet a vraiment pris sa place, relayé ensuite par des centaines, des milliers de femmes, qui ont témoigné de la violence avec laquelle elles avaient vécu un accouchement ou un examen gynécologique. 

Deux ans après l'émergence de ce sujet intime, les choses ont-elle vraiment changé ? Pas si sûr...

Militante féministe, Marie-Helene Lahaye a ouvert son blog, "Marie accouche là", sur les violences gynécologiques dès 2013, mais elle reconnait que l'audience a grimpé à partir de l'été 2017. Elle est depuis très consultée sur le sujet, tant par des femmes que par des obstétriciens et sages-femmes. Au départ dit-elle, la réaction des médecins a été violente. "Ils ont d'abord été dans le déni, et puis, ils ont fini par reconnaître que cette violence, les épisiotomies sans consentement par exemple, ça pouvait exister, mais ils se sont tout de suite trouvé une excuse : c'était à cause du manque de moyens dans les hôpitaux".

Pour Marie-Hélène Lahaye, le manque de moyens dans les hôpitaux est sans doute une partie du problème, mais une partie seulement. D'après elle, la représentation, très médicale et pathologique, de l'accouchement, a du mal à changer. 

Il y a toujours beaucoup de femmes qui se plaignent de ne pas avoir été écoutées, respectées. Pour la plupart des obstétriciens, l'accouchement, ça reste une femme allongée sur le dos les jambes écartées, à qui le médecin ou la sage femme disent de pousser. 

"La représentation n'a pas changé, même si individuellement, des professionnels ont envie que ça change. En fait, tout peut dépendre d'un chef de service, et de sa volonté, ou pas, de faire évoluer la pratique."

Individuellement, c'est vrai, de plus en plus de médecins s'interrogent et changent de pratiques. "Certains m'appellent même pour en parler", explique Marie-Hélène. Les collèges de médecins, de sages femmes, les enseignants aussi, mettent l'accent de plus en plus, disent-ils, sur le consentement nécessaire, sur les épisiotomies à éviter, sur l'importance d'écouter la mère.  

Quant aux femmes, elles sont plus informées aujourd'hui, et osent davantage dire non. Sans être forcément très entendues encore, explique Nathalie Charbonnier, sage femme en libéral :

C'est vrai que beaucoup de femmes veulent désormais s'approprier davantage leur accouchement et ne pas tout accepter, avoir plus le pouvoir sur ce moment de leur vie, mais celles qui s'y risquent, trouvent souvent encore de la résistance.

En 2016, on comptait encore 20% d'épisiotomies en France, avec des scores très disparates d'un établissement à un autre. D'après le Collège National des Gynécologues-Obstétriciens, le mot d'ordre aujourd'hui est de les éviter au maximum et de réduire le taux a 10%. C'est la recommandation de l'OMS.

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