Hippolyte Girardot, Dominique Blanc, Emmanuelle Béart ou Pierre Arditi, s’affichent sur la filmographie de Yannick Bellon, réalisatrice singulière. Elle avait notamment signé un film choc en 1978, "L’amour Violé", et s’est distinguée en filmant des destins de femmes.

Yannick Bellon
Yannick Bellon © Capture "D'où vient cet air lointain"

Yannick Bellon sera à l'honneur lors des journées du Matrimoine à la Cinémathèque française à Paris. La cinémathèque projettera son documentaire sur Colette, et le documentaire qui résume sa vie de cinéaste, "D'où vient cet air lointain". "C'est une manière de marquer le don de ses archives à la Cinémathèque", explique Eric Le Roy, son légataire universel. 

Son parcours a croisé les Surréalistes, la guerre d'Espagne, la Seconde Guerre mondiale, et un premier amour nommé Jean Rouch. Contemporaine d'Agnès Varda, et morte la même année, en 2019, Yannick Bellon a construit une oeuvre singulière, à part des tendances de son époque, et indépendante. Elle s’inscrit plutôt dans une certaine forme de classicisme, et de cinéma humaniste, dans la veine des Julien Duvivier et d'André Cayatte. Pour assurer la production de ses films, elle a fondé la société de production Les films de L'Equinoxe. Malgré son talent et l'originalité de son travail, elle a souffert d'une moindre notoriété que les cinéastes de la Nouvelle Vague. Pourtant plusieurs de ses films ont été couronnés de succès et elle a marqué les années 70.

Primée à Venise dès son premier film

Issue d'une famille d'artistes, avec une mère photographe proche des Surréalistes, Yannick Bellon est parmi l'une des premières élèves de l'Idhec (Institut des Hautes Etudes Cinématographiques). Elle est couronnée d'un Grand Prix du Documentaire au festival de Venise, dès son premier tournage en 1947, "Goémons". C'est un film de vingt minutes sur la vie difficile des ramasseurs de goémons sur la petite île de Béniguet en Bretagne. 

Un film choc sur le viol en 1978

Le premier long métrage de Yannick Bellon sort en 1972, "Quelque part quelqu’un". Elle y filme un couple, Loleh Bellon sa sœur comédienne, et Roland Dubillard, parmi d'autres couples dans Paris en train de se métamorphoser. La ville est un personnage du film, et c'est un film original pour son époque. 

Le succès arrive pour Yannick Bellon avec "La femme de Jean", où Hippolyte Girardot joue son premier rôle. Elle met en évidence le parcours d'une femme qui, quittant son mari, choisit une vie autonome, non sans difficulté. Elle va devoir se réinventer, cesser d'être identifiée comme l'épouse de Jean, mais comme Nadine, individu en soi, avec un travail, et une vie sentimentale libre.

L'un des films les plus marquants de sa carrière reste "L'amour violé", tourné en 1978. Elle y filme le viol d'une jeune femme par quatre hommes, et les conséquences intimes, sociales et familiales qui en découlent. Pour la préparation de cette fiction, elle s’était documentée, avait rencontré des victimes, eu accès à des  documents de procédure pénale pour que son propos sonne juste. On retrouve Daniel Auteuil, dans le rôle d'un des agresseurs, et Pierre Arditi dans la distribution. Mais le film a suscité débats et polémiques. Pour Jean-Luc Godard,  Yannick Bellon est un "_véritable salope" car "elle jouit du viol tout en faisant jouir le spectateur"  _et pour Alain Robbe-Grillet son réalisme en fait "une incitation au viol". Peu importe ces salves de misogynie, "L’amour violé a été un triomphe, c'est son plus grand succès, et l'avocate Gisèle Halimi l'a soutenue", explique Eric le Roy. "Cela ne l'a pas atteinte, elle était solide, malgré sa timidité,  il y avait une force en elle extraordinaire".  Au contraire de ces réactions indignées et déniant la réalité et la justesse du propos, le critique Michel Pérez écrivait dans le journal Le Matin :"L’Amour violé sera un film utile, propre à susciter immédiatement le débat, une arme pour la lutte en faveur de l’indépendance féminine et contre les valeurs sexistes de la société ou nous vivons." "A l'époque", rappelle Eric Le Roy, "elle a fait la couverture de Elle. Ce film a vraiment été un événement". "L'amour violé" a été diffusé à la télévision la dernière fois il y a quinze ans sur France 3. 

Dans la filmographie de Yannick Bellon, on note aussi l'originalité du film "Jamais plus toujours". Devançant le cinéaste Olivier Assayas et son "Heure d'été", elle interroge le temps qui passe, et la trace que nous laissons. Ce sont les objets qui la raconte semble nous dire la cinéaste. Elle a fait "une compression" de ce film d'1h18, en une "vidéo" de 3 minutes, dans laquelle ne manque aucun plan du film, c'est une accélération pour être juste. 

Un documentaire sur et avec Colette elle-même 

Yannick Bellon a filmé Colette dans son appartement du Palais Royal à Paris. Au milieu de ses objets fétiches, de ses collections , on la voit dans sa vie de tous les jours, discutant avec Jean Cocteau, projetant encore écrits ou films à venir, évoluant dans son intérieur. L’écrivaine a contribué au script, et y joue son propre rôle. “Je n’ai plus l’âge d’être photogénique” y déclare l'auteur de la série des "Claudine" malicieusement. On est en 1952, deux ans avant la mort de l'écrivaine, et la cinéaste Bellon, elle, n'a que vingt-huit ans. Elle est la seule à avoir tourné un documentaire avec la participation de la mythique écrivaine. 

En 1984 elle tourne "La Triche", scénario dans lequel un inspecteur de police, père de famille, tombe amoureux d'un jeune musicien.  Le sujet est rare au cinéma à l'époque, mais le film n'est pas d'une grande réussite. Yannick Bellon a plus de succès avec "Les Enfants du désordre" en 1989, où  Emmanuelle Béart, joue le rôle d'une jeune femme toxicomane qui tente de se sortir d'affaire grâce au théâtre. Plus tard, en 1992, Dominique Blanc interprète le rôle principal avec Tcheky Kario dans "L'affût", aux accents écologistes. Dominique Blanc y incarne Isabelle, jeune femme retrouvant son village d'enfance à la campagne. Elle y rencontre un instituteur passionné d'ornithologie et qui entend s'opposer à la chasse aux oiseaux, et créer une réserve. 

Lors de la soirée hommage du 18 septembre 2020 à la Cinémathèque, Eric Le Roy présentera aussi "D'où vient cet air lointain", documentaire "autobiographique",  dans lequel elle raconte son enfance, ses inspirations et les événements qui l'ont marquée. 

La soirée consacrée à Yannick Bellon à la Cinémathèque française fait partie du programme des Journées du Matrimoine 2020. 

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