Déjà très sollicitée par ses enquêtes, la Brigade des mineurs doit faire face aux appels d'internautes inquiets : un mail leur annonce qu'ils sont poursuivis pour pédopornographie en ligne. Le destinataire est invité à régler une amende allant jusqu'à 18.000 euros. Une enquête préliminaire a été ouverte en septembre.

Des internautes visés par une escroquerie : un mail leur annonce qu'ils sont poursuivis pour pédopornographie en ligne
Des internautes visés par une escroquerie : un mail leur annonce qu'ils sont poursuivis pour pédopornographie en ligne © Getty / Dave G Kelly

"Je suis chef de la brigade de protection des mineurs (BPM), je vous contacte peu après une saisie informatique de la Cyber-infiltration pour vous informer que vous faites l'objet de plusieurs poursuites judiciaires", écrit une soi-disant commissaire divisionnaire dans l'entame de son mail, lui-même orné du logo de la Police judiciaire. L'objet des poursuites est détaillé dans la foulée : "pédopornographie, pédophilie, exhibitionniste (sic), cyberpornographie, trafic sexuelle". À la lecture des fautes et des formules judiciaires plus qu'approximatives, tout internaute averti cessera-là la lecture du document, qui ira tout-droit rejoindre les escroqueries du jour à la poubelle.

Certains destinataires, guidés par une volonté de prévenir la "vraie" Brigade des mineurs, ou par des secrets moins avouables, contactent cependant directement le service. "Nous avons, au secrétariat ou à l'État-Major des centaines, des milliers d'appels sur l'année, de gens qui réussissent à avoir le numéro et qui téléphonent pour demander ce qu'il en est. Cela ne prend que quelques secondes, quelques minutes [de leur répondre], mais c'est du temps perdu, déplore Christophe Molmy, arrivé en janvier à la tête de la "BPM". Par nature, si les gens téléphonent, c'est qu'ils ont une forme d'inquiétude. Je ne dis pas qu'ils ont consulté des sites pédopornographiques, mais ils sont inquiets. Nous leur expliquons rapidement que tout ceci n'est pas sérieux."

De 750 à 18.000 euros d'amende

La suite du mail aurait effectivement de quoi faire sourire, si, par naïveté ou mauvaise conscience, des internautes ne s'étaient pas vus extorquer des centaines, voire des milliers d'euros. Le destinataire est invité à "faire entendre par mail [ses] justifications, dans un délai strict de 72 heures". Passé ce délai, le commissaire divisionnaire prévient que son service se verra "dans l'obligation de transmettre son rapport à la procureure adjointe au tribunal de grande instance de Créteil et spécialiste de cybercrminalité". La liste des menaces qui en découlent va du mandat d'arrêt, au fichage comme délinquant sexuel, en passant par un argument massue, fautes incluses : "transmettre votre dossier à plusieurs chaînes de télévision nationale d'information pour une diffusion ou votre famille, vos proches et toutes la France entière verront ce que vous faites devant votre ordinateur". L'internaute qui, pris de panique, serait amené à répondre se voit alors proposé de régler, par virement ou coupon PCS une amende, allant de 750 à 18.000 euros.

Une enquête préliminaire a été ouverte en septembre 2020 par le parquet de Paris, et confiée à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP). "Cela fait beaucoup, beaucoup, beaucoup d'activités qu'il faut gérer depuis septembre 2020. La BRDP a déjà reçu plus de 1.000 signalements, et encore, ce ne sont que les personnes qui ont fait la démarche de signaler les faits sur la plateforme Pharos ou par d'autres moyens. À chaque fois, il faut faire une enquête, cela bloque un enquêteur. C'est parfaitement néfaste pour l'action de la police et de la justice", analyse Christophe Molmy.

Plus de mille signalements

Pour qui n'aura pas repéré les fautes et la syntaxe douteuse, d'autres indices permettent de déjouer l'arnaque, la plus évidente étant l'adresse à laquelle doit répondre l'internaute, en gmail.com ou hotmail.com, loin des standards de nos administrations. Autre critère, plus pointu pour les non-initiés : le logo "Police nationale" apposé sur le message, alors que la Brigade des mineurs dépend de la Préfecture de police, qui est une entité distincte. Les initiés noteront également l'adresse "Quai de Gesvres" à Paris alors que la BPM est désormais située dans de nouveaux locaux, au 36, rue du Bastion, dans le nord de la capitale. 

"Lorsque vous recevez un mail administratif, il ne comporte jamais de nom. Nous vous convoquons pour un service, mais nous ne vous donnerons pas le nom du chef de service ou du magistrat", précise Christophe Molmy. Certains escrocs vont jusqu'à prendre les noms de commissaires ou magistrats réellement en poste. Ces derniers se retrouvent alors à devoir, à leur tour, répondre aux sollicitations des internautes inquiets. Mieux vaut donc éviter de se lancer dans sa propre enquête. 

Enfin, et c'est la règle d'or : "On ne vous demande jamais de payer des milliers d'euros, comme cela, pour vous dédouaner". Ceux qui ont quelque chose à se reprocher auront allégé leur compte en banque. Pas leur conscience.