Déjà en proie à l’une des pires crises humanitaires, le Yémen n’est pas épargné par le Covid-19. Médecins Sans Frontières appelle les Nations Unies à débloquer une aide d’urgence pour ce pays qui ne possède qu'une unité destinée au Coronavirus. Le responsable du programme Yémen à MSF lance un appel à l'aide.

MSF craint que l'épidémie de Covid-19 soit destructrice pour le Yémen
MSF craint que l'épidémie de Covid-19 soit destructrice pour le Yémen © AFP / Mohammed HUWAIS

MSF dispose d’un centre à Aden avec une centaine de lits. C’est l'unique structure consacrée au Covid dans le sud du Yémen. Au rythme où la maladie se propage, il risque d'être bientôt totalement dépassé.

FRANCE INTER : Comment affrontez-vous l'épidémie de Covid ?

MARC SCHAKAL, responsable adjoint du programme Yémen à MSF : "Le contexte du Covid au Yémen est particulièrement compliqué parce que c'est un pays qui est déjà meurtri par des années de guerre, et qui fait face à des tensions politiques récurrentes et par conséquent, il y a un manque de prise de décision politique et de stratégie politique autour de la réponse à apporter. Il y a déjà quelques semaines, ça a été un peu compliqué de se caler avec les autorités. 

On a réussi à ouvrir notre centre à Aden il y a à peu près deux semaines et depuis qu'il est ouvert, on reçoit beaucoup de patients. Il y a quelques jours, on avait déjà 178 admissions et presque 70 décès, ce qui est énorme. C'est un taux de mortalité d'à peu près 30% dans notre centre. C'est très inquiétant. On a très peur de l'effet dévastateur de cette épidémie dans un pays comme le Yémen, dont le système de santé est déjà affaibli par le contexte et avec un mode de vie qui fait que des précautions sanitaires ne sont pas prises de manière drastique. "

"Il y a des risques de propagation de l'épidémie assez importants au sein de la population." 

Connait-on les chiffres de l’épidémie ? 

"C'est très compliqué de confirmer des cas de Covid parce que les tests ne sont pas vraiment disponibles. Donc, on a des suspicions de coronavirus sans avoir de confirmations scientifiques. Mais les symptômes sont là. Le nombre de personnes qui travaillent dans le secteur de la santé, chez nous et ailleurs, qui sont absents ou qui sont malades ou qui présentent des symptômes de difficultés respiratoires sont nombreux. On doit jongler avec les difficultés à s'approvisionner en matériels de protection adéquats pour le personnel de santé, avec les difficultés en traitement et en prise en charge des cas et avec le manque de personnel ou le manque de formation du personnel. 

"Sans exagérer, on est débordé par le nombre de patients qui arrivent, le nombre de décès auxquels on fait face." 

"On craint vraiment que ce qu'on voit dans notre centre ne soit que le sommet de l'iceberg parce que dans la communauté, on a très peur que beaucoup de gens ne puissent pas arriver jusqu'à jusqu'au centre de soins et meurent dans la communauté avec en plus des risques de propagation autour des décès qui sont importants. Les enterrements sont en hausse. À Aden, entre le 1er mai et mi-mai, ils ont été multipliés par trois. Et dans la presse locale, ils ont enregistré plus de 800 décès dans la ville depuis le début du mois de mai. C'est un indicateur important. L’épidémie de Covid se répand particulièrement dans les centres urbains. Malheureusement, elle est largement non détectée ou non rapportée mais elle risque d'être dévastatrice."

De quoi avez-vous le plus besoin aujourd’hui ? 

"Je ne vous cache pas que c'est vraiment très, très difficile pour les équipes sur place. Elles sont soumises à des niveaux de stress importants, à devoir prendre des décisions cliniques difficiles parce que c'est une nouvelle maladie. Les protocoles ne sont pas toujours clairs. On fait du traitement symptomatique. On traite au fur et à mesure qu'on voit des gens arriver." 

"L’un de nos gros challenges, c’est l’approvisionnement en oxygène parce qu'aujourd'hui, c'est ça qui sauve des vies. On essaie de trouver des réservoirs plus gros pour avoir plus de capacité. "

On a aussi des difficultés d'approvisionnement en termes de matériel de protection. On arrive pour l'instant à faire tourner notre centre avec les capacités qu'on a actuellement. On est en train de prévoir l'augmentation de la capacité de ce centre, on va essayer de rajouter 40 lits. Clairement, si l'épidémie prend de l'ampleur au-delà de ce qu'elle est aujourd'hui, un centre ne suffira pas et il va falloir des ressources supplémentaires. 

"Il faut que la communauté internationale, les autorités, les organisations, les ONG mettent la main à la pâte."

"Il faut débloquer les ressources pour que le pays puisse prendre cette épidémie, débloquer des fonds pour payer le personnel de santé qui ne vient pas parce qu’ils n’ont pas les salaires qui arrivent à la fin du mois ou les primes. Je pense qu'il faut absolument augmenter les capacités du pays à répondre à l'urgence. L’épidémie risque d'être clairement hors de contrôle. On est vraiment inquiet. Il faut absolument un renfort en argent, en moyens, en personnels, sinon la population va en souffrir et en mourir."  

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